La terrasse extérieure et la piscine de la Maison Salvador Dalí à Port Lligat, en Catalogne
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La façade de la bicoque blanchie à la chaux irradie sous le soleil, lequel aime aussi se mirer à loisir dans la mer. De loin, la maison-atelier si chérie de Salvador Dalí à Port Lligat, en Catalogne, ressemble à un tableau si ce n’était la grappe de visiteurs qui, dès le matin, font la queue à l’entrée. Le privilège de visiter ces lieux pittoresques se comprend dès le seuil franchi, où l’ambiance se teinte tout de suite d’une pointe de folie : un immense ours naturalisé vous accueille crocs dehors. Quel cirque : bienvenue chez Dalí !
Vue du port de la maison Salvador Dalí à Port Lligat, en Catalogne
© Alamy / Hemis / Claude thibault
La famille du peintre, notables de Figueras, située à quelques kilomètres dans les terres, voyait d’un mauvais œil la relation que leur rejeton avait nouée avec Gala, une femme mariée (au poète Éluard), de dix ans son aînée, et déjà mère. Chassé, le couple trouve refuge dans les années 1930 au sein d’une petite maison de pêcheur au bord de l’eau à Port Lligat, tout près de Cadaqués où le môme Dalí passait ses étés. Le paysage de son enfance, sa « matrice » ! C’est aussi là qu’à l’été 1929, le jeune homme de 25 ans avait eu le coup de foudre pour Gala, laquelle accompagnait Éluard et un ami galeriste chez lui.
Au départ, ce n’était qu’une petite pièce d’à peine cinq mètres carrés, encombrée de filets de pêche. Au fil des années, comme l’oiseau fait son nid, le couple agrandit la minuscule propriété en y accolant des constructions, si bien que l’ensemble constitue aujourd’hui une étrange demeure en colimaçon accrochée en bas d’une colline plantée d’oliviers. Ils y passeront beaucoup de temps jusqu’à la mort de Gala en 1982.
Chambre à coucher de Gala et Dalí à Port Lligat, en Catalogne
© Alamy / Hemis / Japhotos
On visite seulement sur réservation, et par groupe de huit personnes, ce fol antre du couple Gala-Dalí. Mobilier, sculptures, miroirs, objets insolites, des cygnes, des aigles, des oursins, des escargots, cohabitent au milieu des bouquets d’immortelles séchées, les fleurs préférées de Gala. Ces végétaux ayant poussé au cap de Creus alentour imprègnent les murs d’une odeur épicée. On passe avec le même délice de la chambre à coucher (murs blancs, literie rouge et bleue), à l’atelier encombré de boîtes de couleurs, de palettes et de pinceaux, de lunettes aux verres bicolores (vert et rouge pour obtenir une vision en relief), et de postes de radio.
À gauche, vue de la fin de la piscine et terrasse de la maison Dalí à Port Lligat. À droite, les têtes de métal sur le toit.
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Puisque vous êtes chez un grand peintre, partout dans l’encadrement des fenêtres, on aperçoit la mer et les îles rocheuses de la baie – Port Lligat est un tableau vivant. Au dehors justement, le clou de la visite a pris la forme d’une piscine phallique flanquée de becs de cygnes crachant de l’eau, agrémentée de grands-voiles, d’un canapé rose fuchsia, et de publicités gonflées à bloc pour les pneus Pirelli. Dans les jardins, des œufs (obsession toute dalinienne) se font bronzer la coquille, tout comme la carcasse d’un géant fabriqué avec les restes d’un canot de pêcheur. Ci-gît l’âme échouée de Dalí, en plein soleil !
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