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Reportage

À San Francisco, une villa Médicis 2.0

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Publié le , mis à jour le
Fin août, était inaugurée la villa San Francisco, première résidence française d’artistes aux États-Unis nichée sur les hauteurs de la ville. Entre les œuvres de JR et d’Agnès Varda, on s’y interroge sur le rôle de l’artiste dans la société. Un lieu de rencontres, à l’heure du repli sur soi, qui réinvente le modèle de la célèbre villa Médicis à Rome.
Vue de la Villa San Francisco (au premier plan)
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Vue de la Villa San Francisco (au premier plan)

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© Villa San Francisco / Photo Matthieu Meynier

« Wide open on the future », tel est le slogan de la villa San Francisco, première résidence française d’artistes aux États-Unis, inaugurée le 25 août. Le message est donc clair : à l’heure de la distanciation sociale et de la fermeture des frontières, la villa souhaite ouvrir de nouvelles perspectives d’avenir et encourager le dialogue au sein de la société, en utilisant la voix des artistes. Initiative partagée du consulat général de France à San Francisco, des services culturels de l’ambassade et de la French American Culture Society (ONG américaine promouvant des projets culturels et éducatifs franco-américains dans la région), l’objectif affiché est d’y créer la villa Médicis du XXIe siècle. Un lieu transdisciplinaire installé sur les hauteurs de San Francisco mais activable au-delà de ses murs. Un lieu qui replace l’artiste au cœur de la société et qui illustre le renouvellement des mobilités géographiques et artistiques de notre époque.

Pourquoi San Francisco ? « Au moment de la création de l’Académie de France à Rome par Colbert au XVIIe siècle », explique Gaëtan Bruel, conseiller culturel à l’ambassade de France aux États-Unis, « l’Italie était le lieu qui s’imposait pour accueillir une résidence. Aujourd’hui nous pensons que ce sont peut-être plutôt les États-Unis, chaudron du monde qui arrive, sur un mode utopique ou dystopique. Et San Francisco est un territoire qui concentre tout le potentiel de promesses, mais aussi d’inquiétudes, des États-Unis. » L’institution espère ainsi aller plus loin que ses consœurs du réseau des résidences artistiques françaises à l’étranger qui – outre la villa Médicis – compte la Casa de Velázquez, ouverte à Madrid en 1920, et la villa Kujoyama, inaugurée à Kyoto en 1992. Elle a pour ambition de mener des artistes au cœur de ce lieu stratégique qu’est la Silicon Valley, afin de les réinviter à la table des grands enjeux contemporains. Car si la région porte les innovations technologiques qui ont défini les transformations sociétales des vingt dernières années, San Francisco compte paradoxalement peu d’endroits où penser ces transformations, notamment dans les domaines culturels et artistiques.

Entrée et salle à manger de la villa San Francisco aménagés par le studio Mortazavi et décorés des photographiques de JR
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Entrée et salle à manger de la villa San Francisco aménagés par le studio Mortazavi et décorés des photographiques de JR, 2020

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Collages photographiques • Studio Mortazavi / © JR

« Il est essentiel que les artistes participent pleinement aux débats qui agitent notre société et contribuent à leur interprétation. »

 

Les premiers invités français de la villa compteront ainsi Alain Damasio, auteur de science-fiction engagé qui se définit comme un technocritique, et Mohamed Bourouissa qui s’interroge : « L’intelligence artificielle peut-elle croire en Dieu ? » Car l’idée est de s’imprégner du tissu technologique de la Silicon Valley, mais aussi de le remettre en question. La villa se veut bien plus qu’un lieu physique dédié à la création. L’appartement, mis à disposition par le consulat général de France pour accueillir les artistes en résidence, a été rénové par le studio du designer californien Amir Mortazavi. « Pensé par des artistes, pour des artistes », selon les termes du maître d’œuvre, il est en lui-même une invitation au voyage : de son intérieur graphique et coloré qui marie les œuvres de JR ou Agnès Varda aux meubles minimalistes d’Yves Béhar ou Jesse Schlesinger, à sa vue plongeante sur la ville. Mais il est avant tout une invitation à s’immerger dans un territoire, à aller à la rencontre des artistes et intellectuels locaux, des entreprises et de la culture de la région.

Juliette Donadieu, attachée culturelle à San Francisco
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Juliette Donadieu, attachée culturelle à San Francisco

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© Photo Florence Tison

La collaboration et l’échange sont bien au cœur de la mission de la villa San Francisco. Comme l’indique Juliette Donadieu, attachée culturelle à San Francisco et cheville ouvrière du projet : « Il est essentiel que les artistes participent pleinement aux débats qui agitent notre société et contribuent à leur interprétation. Leur langue, celle de l’imagination radicale, est nécessaire pour réinventer les villes de demain et les rendre aussi inclusives et créatives que possible. » Dans ce cadre, elle a d’ailleurs mis en place un jumelage culturel et artistique entre Oakland et Saint-Denis, villes périphériques qui partagent les mêmes défis liés à la gentrification, mais aussi une forte vitalité artistique. En invitant des artistes français à s’imprégner de ces enjeux uniques lors de leurs 4 à 6 semaines de résidence, la villa San Francisco espère avoir un impact fort. Et en attendant de pouvoir les accueillir, crise sanitaire oblige, ce sont des artistes locaux qu’elle héberge lors de micro-résidences de quelques jours. « Devant des défis complexes et communs à différents pays, telles la domination du numérique, l’intelligence artificielle ou encore la reconnaissance de la diversité dont nous sommes constitués », ajoute Gaëtan Bruel, « il nous faut réfléchir à des réponses communes qui prennent des formes artistiques. »

San Francisco vu depuis la villa San Francisco
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San Francisco vu depuis la villa San Francisco

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© Villa San Francisco / Photo Matthieu Meynier

Si cette villa est une première pour la France aux États-Unis, elle s’appuie sur des années d’expérience dans le pays. Et comme le précise Gaëtan Bruel : « Ce n’est que le début ! Nous voulons inventer une nouvelle forme de mobilité artistique. Avec la villa San Francisco nous avons posé la première pierre de ce travail : il y en aura d’autres. Nous sommes en train de créer un véritable réseau de résidences artistiques aux États-Unis. » Ainsi les initiatives locales existant déjà – les résidences Large Scale à Marfa (Texas) et Méthode Room à Chicago –, pourraient prendre une tout autre ampleur. Une autre villa devrait également être spécifiquement dédiée aux jeux vidéo, à l’image animée et à la réalité virtuelle, tandis qu’une plateforme commune à toutes les résidences valorisera ces nouveaux outils de création. Car si l’ancrage territorial est important, ce projet de réseau de villas se veut nomade avec des programmes transversaux. Ce n’est plus le lieu, mais l’accompagnement de la démarche de l’artiste qui est placé au cœur de la résidence, l’objectif étant de confronter humblement des points de vue, en prenant aussi la meilleure part américaine. Ou comment, dans un contexte politique et social polarisé ne laissant souvent que peu de place à l’échange, recréer un art de la nuance.

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Villa San Francisco

Retrouvez dans l’Encyclo : Agnès Varda

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