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Collection Lambert - Avignon

¡Viva Villa! : un festival d’artistes en surchauffe

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Publié le , mis à jour le
La Villa Médicis à Rome, la Casa de Velázquez à Madrid et la Villa Kujoyama à Tokyo : que font réellement les artistes français dans ces résidences étrangères ? Loin de tout, ils s’affairent durant une année à faire éclore leurs projets, finalement exposés lors du festival ¡Viva Villa!. Et si cette édition 2020 se trouve écourtée pour cause de pandémie, une visite en vidéo nous immerge dans ce bain bouillonnant de création, entre performances, peintures, art vidéo et dessins…
Miroslaw Balka, “Heaven” (2010), Collection Lambert, Avignon
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Miroslaw Balka, “Heaven” (2010), Collection Lambert, Avignon, 2020

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© Franck Couvreur

Ça n’a jamais autant bouillonné dans un hôtel particulier du XVIIIe siècle. Dans cet écrin bourgeois qui abrite la collection Lambert en Avignon, souffle un vent d’insolence porté par les œuvres d’une cinquantaine d’artistes. Et pourtant, rien ne s’est passé comme prévu : l’épidémie de Covid-19 a confiné le monde et doublement isolé ces artistes au sein de leurs résidences étrangères. Tout comme il y a presque deux cents ans lors de l’épidémie de choléra à Rome, qui obligea les pensionnaires français de la Villa Médicis à s’y barricader : « Enfin tout cela se terminera. Un peu de courage et nous verrons la fin » déclarait le sculpteur Jean-Marie Bonnassieux dans une lettre intime en 1837 – un épisode du passé introduit par l’historienne de l’art Sara Vitacca, qui expose des portraits de ces anciens confinés dès l’entrée du parcours.

« Jerónima » (2020) Leticia Martínez Pérez pour le festival ¡Viva Villa! 2020
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« Jerónima » (2020) Leticia Martínez Pérez pour le festival ¡Viva Villa! 2020

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©Louise Quignon Hans Lucas

Nous voilà donc prévenus : tout a été chamboulé, mais les artistes n’ont pas suspendu leur activité pour autant… Après la fermeture de son atelier de céramique, Leticia Martínez Pérez s’est ouverte à la pratique de la peinture sur soie, délivrant une fantastique vision tout en textile et coloris acidulés du Jardin des délices de Jérôme Bosch. On se régale devant ce terrain de jeu soyeux un tantinet baroque ! Puis certains ont trouvé l’inspiration dans leur atelier fermé, rideaux déployés, le soleil filtrant par la fenêtre, comme en témoignent les grands dessins d’intérieur de Thomas Andrea Barbey [ill. ci-dessous]. Pour d’autres, il s’agissait de faire appel à leur imagination pour pallier l’interdiction de sortie : le dessinateur Clément Fourment s’est mis à improviser au fusain l’ambiance d’un festival espagnol annulé, pour « inventer un personnage qui cherche la lumière ».

Et la lumière pénètre bien ici, dans toutes les salles de la collection Lambert. Celle qui éclaire Benjamin Karim Bertrand fait saillir ses muscles tendus, rythme son intense chorégraphie hantée par les fantômes de son passé et par la lutte écologique. Une performance qui révèle sa « vie minuscule », pour reprendre le titre du roman de Pierre Michon, également choisi pour intituler cette édition de ¡Viva Villa!, largement préoccupée par la condition humaine. Au sous-sol, on s’enfonce dans les profondeurs d’un monde tantôt politisé tantôt érotique, parfois poétique. Des films se jouent, comme celui de Samuel Gratacap, dans lequel un jeune migrant libyen rencontre des adolescents romains, et « les embarque vers un ailleurs ». C’est bien de notre actualité dont il est question, avec son lot de difficultés sociales…

Performance “Vestiges” (2018) de Benjamin Karim Bertrand au festival ¡Viva Villa! et “Intérieur III” de Thomas Andrea Barbey
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Performance “Vestiges” (2018) de Benjamin Karim Bertrand au festival ¡Viva Villa! et “Intérieur III” de Thomas Andrea Barbey, 2020

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© Louise Quignon Hans Lucas

Un formidable coup de pouce artistique doublé d’échanges humains et de découvertes culturelles…

¡Viva Villa! ouvre les frontières de l’art : les médiums s’y mêlent et les narrations s’y enchevêtrent, à l’image de ces planches de bande dessinée accompagnées de toiles géantes ou de ces fusains illustrant une saynète de cire… La raison de ce foisonnement des dialogues, de cette diversité ? Sûrement l’effet de groupe qu’impose la résidence, car « la résidence, c’est avant tout le bénéfice humain » se confie le dessinateur Clément Fourment, qui a pu s’initier à la céramique grâce au talent d’une pensionnaire de la Casa de Velázquez, et développer plusieurs techniques de gravure.

Sous l’influence de ses pairs, un plasticien s’est même lancé dans la couleur après des années à magnifier le noir, quand d’autres talents se sont associés le temps d’une performance, mêlant musique contemporaine et sculpture. Sans relâche, les artistes (ils sont aussi écrivains, compositeurs, architectes…) ont potassé, innové, fusionné pour brasser leurs savoir-faire.

Introduction à l’exposition “Les Vies minuscules” par Sara Vitacca qui présente les portraits des pensionnaires confinés au XIX<sup>e</sup> siècle face à ceux de 2020. À droite, “La soif des ardents” (2019-2020) de Clément Fourment
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Introduction à l’exposition “Les Vies minuscules” par Sara Vitacca qui présente les portraits des pensionnaires confinés au XIXe siècle face à ceux de 2020. À droite, “La soif des ardents” (2019-2020) de Clément Fourment

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© Louise Quignon Hans Lucas

Car une année de création offerte, avec un suivi rapproché et des opportunités en or, c’est une expérience qui se mérite : « Sur des centaines de candidatures, seulement treize sont sélectionnées, selon leur talent et leur projet, qui doit être cohérent avec le rapport à la ville », indique Fabienne Aguado, directrice des études artistiques à la Casa de Velázquez. Mais que ce soit bien clair « ce n’est ni une école, ni un lieu d’exposition. Notre rôle est de les guider dans leur pratique », tient à préciser Charlotte Fouchet-Ishii, directrice déléguée de la Villa Kujoyama. En bref, la résidence à l’étranger est un formidable coup de pouce artistique doublé d’échanges humains et de découvertes culturelles…

Vue de la Casa de Velázquez
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Vue de la Casa de Velázquez

Certains artistes semblent à peine en nécessiter, tant leur pratique est déjà bien rodée. C’est le cas de la créatrice Jeanne Vicérial, qui mélange sculpture, mode et textile pour mettre en scène des corps féminins tout de fils vêtus, selon une technique bien à elle : « J’ai développé un procédé – le tissage musculaire – qui permet de recréer des muscles à partir d’un fil pour en faire des enveloppes anatomiques. » Grâce à une bourse de recherche menée en parallèle de sa résidence, elle a pu mettre au point un robot capable de réduire considérablement son temps de travail (passant de sept heures à sept minutes). Mais ses étonnantes silhouettes filaires exposées à la collection Lambert sont bel et bien le fruit de son travail manuel… En dessous, des fleurs luxuriantes en guise de poumons, boyaux et cœur battant. Explication : « À la Villa Médicis, nous avions la chance d’avoir un grand parc fleuri. Et c’était le printemps pendant le confinement. » Il fallait donc s’efforcer à cueillir le jour pour que fleurisse l’inspiration !

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Les Vies Minuscules - Festival ¡ VIVA VILLA ! 2020

Du 24 octobre 2020 au 10 janvier 2021

www.vivavilla.info

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Visite en vidéo :

Retrouvez dans l’Encyclo : Jérôme Bosch
Retrouvez l'article dans la sélection Test sélection!

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