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Reportage

À Cognac, la Fondation Martell prend vie avec les “Ateliers du faire”

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Publié le , mis à jour le
Il souffle un air de nouveauté sur Cognac, jolie ville de Charente entourée par les vignes. La Fondation Martell, du nom du fabricant de cognacs vieux de trois siècles, fait petit à petit son nid avant son inauguration définitive en 2021. Avec, depuis cet été, des Ateliers du faire flambant neufs, qui accueillent artistes et artisans en résidence.
Fondation d’entreprise Martell
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Fondation d’entreprise Martell

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© C.K. Mariot

Nathalie Viot a de la chance. Martell lui a laissé « carte blanche » pour faire de l’ancienne usine de mise en bouteilles de leur cognac un lieu d’art excitant, festif, pluriel. Une page vierge, ou presque, pour la directrice qui nous accueille un beau jeudi d’août : il s’agit ici de s’inscrire dans un bâtiment singulier et immense, temple moderniste édifié en 1928 sur le modèle d’une ziggourat de cinq étages. Celui-ci a été en activité jusqu’en 2005, avant que les lignes d’embouteillage ne déménagent à Rouillac. La marque décide alors d’ouvrir ce site au public par le biais d’une fondation d’entreprise. En 2016, une première œuvre de Vincent Lamouroux est installée directement dans la friche non aménagée, annonçant ainsi la couleur de la programmation qui s’ensuivrait : audacieuse.

Un long chemin a été parcouru depuis. L’agence bordelaise d’architecture Brochet Lajus Pueyo a rénové le bâtiment avec élégance, respectant ses lignes modernistes et harmonisant sa façade. Les habitants de la région ont appris à connaître ce nouveau lieu de la vie culturelle charentaise, notamment grâce au restaurant installé sur le toit : en une saison, l’Indigo reçoit plus de trois fois la population de la ville de Cognac ! Entièrement en plein air, le lieu est beau, grand, presque tape-à-l’œil dans son luxe (un écriteau nous rappelle l’obligation d’une « tenue correcte » avant d’y monter), mais vivant, car peuplé d’œuvres commandées tout spécialement, comme la grande fresque Dreaming the real blue de Mario D’Souza.

Nathalie Talec, Shine a light
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Nathalie Talec, Shine a light

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© C.K. Mariot

Revenons au rez-de-chaussée. Là, le lustre de céramique et de verre Shine a light de Nathalie Talec accueille les visiteurs avec onirisme et démesure. Comme tout ou presque ici, il a été fabriqué en collaboration avec des artisans du coin. Puis, dans l’escalier qui nous mène aux Ateliers du faire – soit des espaces dédiés à l’expérimentation et aux savoir-faire (ceux-ci seront occasionnellement ouverts au public) – les hautes baies vitrées sont couvertes des œuvres autocollantes semi-translucides de Samplerman, mix d’images façon comics et de culture populaire, nous rappelant la proximité de la capitale de la bande dessinée Angoulême. L’immense table en bronze Cène de Guillaume Bardet nous plonge ensuite dans le principe de l’ « agora » revendiquée par le premier étage, table autour de laquelle se croisent, discutent et mangent les artistes venus en résidence… Comme un indice des événements à venir ; nous voilà au cœur du sujet.

Guillaume Bardet, Vue de “La Cène”
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Guillaume Bardet, Vue de “La Cène”

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© Fabrice Gousset

Les Ateliers du faire sont neufs, et les artistes que nous croisons sont les premiers à les investir. Ils y travaillent le bois, le textile, la céramique, le verre et ont à leur disposition toutes sortes d’outils de pointe. La Fondation Martell les accueille pour quelques semaines, leur offre gîte et couvert, et les rémunère. Nous rencontrons le céramiste Clément Petibon et la verrière Mathilde Caylou, venus ensemble pour approfondir une relation naissante : « Nous sommes tous les deux dans des recherches de texture, et heureux du résultat de notre travail ici », nous glisse Clément Petibon.

De l’autre côté du mur, un céramiste chinois et un DJ sud-africain discutent et rient. C’est Zhuo Qi qui a appris à Mo Laudi – venu pour un concert annulé à cause du Covid-19 – à modeler des objets en terre. Ils ne s’étaient jamais rencontrés, mais ont spontanément travaillé ensemble et conçu une série d’assiettes et de bols portant les noms de James Baldwin ou de Rosa Parks, figures majeures de l’anti-racisme. Mo Laudi confirme : « Enfant, je voulais faire de la sculpture. Maintenant que les statues racistes tombent, je me suis rappelé ce rêve… » Et de jubiler devant les formes imparfaites qui naissent de ses mains débutantes, exposées dans de grandes cases face à la terrasse.

Jerszy Seymour et Ornaghi & Prestinari, “Chambre” et “Salle de bain”
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Jerszy Seymour et Ornaghi & Prestinari, “Chambre” et “Salle de bain”

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Photo C.K. Mariot/ © Jerszy Seymour / © Ornaghi & Prestinari

Bientôt, il y aura dans les étages supérieurs (pour le moment, entièrement vides) un Univers des savoirs et un espace de coworking et d’événementiel. Il ne reste plus que quelques mois pour que la Fondation Martell soit complète ; en attendant, rendez-vous au rez-de-chaussée, où la réjouissante exposition de design Places to be prend place jusqu’en 2022. Inspirée par le plateau de jeu du Cluedo, Nathalie Viot a conçu un parcours divisé en onze pièces de vie, chacune confiée à un designer différent. De la cuisine très organique de matali crasset à la bibliothèque politique de la Cubaine Jenny Feal en passant par la salle de bain autonome du Canadien Jerszy Seymour, la proposition est ludique et interactive : le visiteur est invité à s’allonger sur le lit (Ornaghi & Prestinari), à plonger ses mains dans les nuages textiles de la salle de jeux (Yuan Yuan) ou à monter sur l’escalier tournant (Anima Ona)… Une exposition (gratuite !) qui démontre avec brio l’exigence et la qualité d’une fondation ouverte à tous les publics et tous les usages. Et au bouillonnement naissant, mais bien réel.

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Places to be

Du 25 juin 2020 au 2 janvier 2022

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