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Antonin Hako, la liberté en étendard

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Publié le , mis à jour le
Installé au pied des tours de la Défense et de Nanterre, il a agité des drapeaux peints à heures fixes durant tout le confinement, et célébré la liberté retrouvée avec une montgolfière aux flancs recouverts de couleurs : Antonin Hako, peintre volontiers performeur, nous raconte son art comme acte de foi.
Antonin Hako dans “Objets non identifiés”
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Antonin Hako dans “Objets non identifiés”, 2020

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© Photo Salim Santa Lucia

Jeudi 11 juin, 18 heures – soleil d’été et ciel bleu. Le temps parfait pour visiter Sans sursis, dernier volet du projet Au Zénith les rêves de l’atelier autogéré Le Wonder à Nanterre, qui investit son toit plat pour une dernière exposition avant déménagement. Le collectif d’artistes sera resté un an dans ces anciens bureaux voués à la démolition et plantés au pied d’un impressionnant décor – d’un côté, la beauté douce et étrange des tours Nuages d’Émile Aillaud, pourfendeur des lignes droites du Corbusier, et de l’autre, la surface glacée des banques de La Défense. Partout, le vertige, la tension entre quartier d’affaires et logements. « Comment faire passerelle ? » s’est rapidement demandé Antonin Hako (né en 1989), revenu d’Argentine après deux ans d’absence lorsque le Wonder a posé ses bagages à Nanterre.

Antonin Hako, « Objets non identifiés », première envolée au cours de l’exposition collective « Sans Sursis » au Wonder
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Antonin Hako, « Objets non identifiés », première envolée au cours de l’exposition collective « Sans Sursis » au Wonder, 2020

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Performance, montgolfière peinte • Photo Salim Santa Lucia

« L’artiste se caractérise avant tout par un corps vivant et vibrant d’émotions fortes, de pensées bouillonnantes, d’engagements. L’œuvre vient, advient dans le prolongement de cette dynamique du vivre. »

Antonin Hako

La réponse a émergé durant les mois de confinement, et trouvé son apothéose avec sa montgolfière peinte, Objets non identifiés (2020), qui a attendu ce jeudi soir qu’on vienne, à plusieurs, la gonfler et la retenir pour qu’elle ne s’envole pas, et déploie son paysage de formes. Lorsqu’elle se montre, c’est sous les hourras des visiteurs et des voisins, fous de joie devant cette émergence poétique. Car cette montgolfière est aussi un « au revoir » aux habitants des tours, avec qui Antonin a échangé durant des semaines grâce à un site créé spécialement pour l’occasion (aujourd’hui désactivé), et via des apparitions rituelles, chaque matin et chaque soir, un drapeau de son invention à la main. Car c’est ça, pour lui, être artiste : « L’artiste se caractérise avant tout par un corps vivant et vibrant d’émotions fortes, de pensées bouillonnantes, d’engagements. L’œuvre vient, advient dans le prolongement de cette dynamique du vivre. »

Portrait d’Antonin Hako lors d’un Parkour
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Portrait d’Antonin Hako lors d’un Parkour

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Photo Michel Nguie

Fils d’un percussionniste et d’une danseuse (« Il jouait, elle dansait »), Antonin a pu très tôt laisser libre cours à ses envies. « J’ai toujours dessiné et peint, et puis j’ai fait beaucoup de sports extrêmes, de sports de glisse. » Dès l’adolescence et jusqu’à ses 25 ans, il pratique le skate, le snowboard, explore Lyon et l’Île-de-France en y faisant du parkour (une discipline acrobatique qui s’exerce en ville et demande de s’aventurer sur les obstacles et le mobilier urbain). « C’est tout un rapport à l’architecture, au mouvement du corps qui s’inscrit dans le théâtre de la ville. » Synthétique, Antonin a les idées claires sur sa pratique : « J’aime la ville et ses architectures superposées. Peut-être me redit-elle ce que je cherche : faire passer les formes et les couleurs de la diversité à l’harmonie. » Il faut ainsi tenter, en regardant ses peintures, d’y voir la « trace » d’un moment, d’une émotion qui l’a traversé. La trace aussi d’un corps qui peint, un corps pris dans la danse de la création.

Antonin Hako, Les Géants
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Antonin Hako, Les Géants, 2018

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Installation à Buenos Aires • Photo Huemul Estudio

« Tout procède d’un étonnement renouvelé face au réel. L’art est un moyen d’avoir prise sur ce qui m’échappe. »

Antonin Hako

Ses références se situent d’ailleurs du côté de la scène et de la musique : il cite le chorégraphe israélien Ohad Naharin, un autodidacte qui « prône la liberté de mouvement », et la Coréenne Eun-Me Ahn, qui fait monter sur scène danseurs professionnels et dilettantes aux « gestes très quotidiens ». Et résume : « Exprimez-vous, n’attendez pas la technique. » Mais alors, pourquoi avoir choisi la peinture ? Parce qu’elle lui donne la « possibilité d’exprimer un état d’être, et de le figer, comme une photo au temps suspendu ». Là, il nous montre des peintures réalisées sur des stores trouvés dans les rues de Buenos Aires, stores dont il dérange l’arrangement des lames pour bouleverser les motifs peints. Filmé durant l’une de ces performances aux gestes saccadés, il détaille : « Ce jour-là, j’étais préoccupé. » Quelques mois plus tard, les motifs récurrents de ses peintures ont accouché de formes sculpturales monumentales, des bâches de chantier cousues et gonflées d’air qui envahissaient l’espace (Les Géants, 2018) : « C’est à l’image du doute que je traversais à cette époque. »

L’art comme acte de foi, il l’affirme et le répète. C’est bien plus qu’une image : croyant en Dieu et lecteur de la Bible, il évoque : « Tout procède d’un étonnement renouvelé face au réel. L’art est un moyen d’avoir prise sur ce qui m’échappe. » Peignant sur toiles de spi transformées en drapeaux, du bois, du verre, du cuir, des bâches, se contraignant à différents exercices formels (peindre sur des feuilles qu’il assemble ensuite, puis reproduire la composition obtenue en une minute sur une toile de plus de deux mètres de haut), Antonin Hako rend grâce à un état de vivre éveillé. Il paraphrase le poète François Cheng et ses propos sur la beauté, qui « n’est pas un simple ornement mais un signe par lequel la création signifie que la vie a du sens. »

À gauche, vue de l’atelier d’Antonin Hako au Wonder Zénith à Nanterre et à droite, “Naufragé.e.s”, photo action, sur le toit du Wonder
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À gauche, vue de l’atelier d’Antonin Hako au Wonder Zénith à Nanterre et à droite, “Naufragé.e.s”, photo action, sur le toit du Wonder

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Photos Nadia Paz

Chez Antonin Hako, tout fait corps : le lieu de vie, le lieu de travail, le collectif, les voisins, l’entraide, le partage, l’horizontalité.

Passé par un BTS de communication visuelle et un CAP de couture, Antonin Hako a tracé sa route en solitaire, provoquant le destin. C’est ainsi qu’il s’est retrouvé il y a trois ans à Buenos Aires sans lieu où dormir – il y a rencontré un artiste, lui a promis son savoir-faire en organisation d’atelier collectif (il venait de quitter Saint-Ouen, où le Wonder avait réussi ses premiers ateliers autogérés) en échange d’un placard, qui deviendra son espace de vie et d’atelier. Moins de deux mètres carrés, gratuits, aménagés au millimètre près pour vivre et créer pendant huit mois ! Chez Antonin Hako, tout fait corps : le lieu de vie, le lieu de travail, le collectif, les voisins, l’entraide, le partage, l’horizontalité. « Mon mouvement de création engage tout mon être. Je n’ai jamais séparé mon « vivre », c’est-à-dire ma façon de vivre, de mon acte créateur. Les deux sont interdépendants : l’un se nourrit de l’autre et réciproquement. » Et sa peinture, performative, abstraite, chante et danse mais réserve ses secrets… Comme une prière.

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Wonder/Liebert - Bagnolet

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