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Artiste à suivre

Morgane Porcheron, à fleur de bitume

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Publié le , mis à jour le
Rencontrée à la sortie du confinement, Morgane Porcheron fait l’éloge du sauvage qui pousse au pied des murs, et confronte matériaux de construction aux pissenlits et aux euphorbes de nos cités bétonnées. Portrait d’une artiste à suivre.
Morgane Porcheron, Angle vivant (détail)
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Morgane Porcheron, Angle vivant (détail), 2020

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Terre cuite • 40 x 15,5 x 15 cm • © Morgane Porcheron / ADAGP, Paris

Morgane Porcheron
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Morgane Porcheron

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© Photo Adrien Thibault

Les avez-vous remarquées, ces petites feuilles sorties du sol pendant le confinement ? Comme les ciels clairs et les oiseaux revenus dans les villes, les plantes sauvages ont été le signe d’une nature victorieuse, qui « reprend ses droits », a-t-on dit, sur des années de pollution, de désherbage et d’insecticides. Coquelicots, brins d’herbe et cardamines ont ainsi pointé leur nez entre les pavés et aux angles des rues, faisant la joie des passants attentifs… Et d’une artiste confinée, qui les regarde et en a fait le motif de son travail depuis plusieurs années. Éloignée de plus d’un kilomètre de son atelier montreuillois, Morgane Porcheron (née en 1990) a décidé de poursuivre ses travaux en cours en transformant sa terrasse en lieu de travail, et a ainsi continué de cueillir ses matériaux dans les rues de Paris.

Morgane Porcheron, Dessin de la série « Pellicules urbaines »
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Morgane Porcheron, Dessin de la série « Pellicules urbaines », 2020

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Feutre, crayon de couleur, frottage • 24 × 32 cm • © Morgane Porcheron / ADAGP, Paris

En 2014, une année d’échange à Shanghai lui donne le goût des grandes villes, et la fait déménager à Paris, où elle entre en quatrième année d’études aux Beaux-Arts.

« J’ai très bien vécu cette période ! J’ai eu le temps de lire, de dessiner, de créer… Sans calendrier, et sans stress. » Café en main, l’artiste semble en effet parfaitement heureuse. Elle nous reçoit un vendredi de mai, dans le jardin fleuri de son atelier collectif. Le soleil est haut et brillant, propice aux confidences autour d’une table de jardin. On apprend qu’elle a grandi à la campagne, dans l’Ain, avant d’entrer au collège à Lyon puis, à 19 ans, aux Beaux-Arts de Toulouse (« j’avais besoin d’une petite école »). Qu’elle dessine depuis toute petite et qu’elle a adoré fréquenter assidument les expositions pointues de l’IAC (Institut d’Art Contemporain) de Villeurbanne, voisin de son lycée. En 2014, une année d’échange à Shanghai lui donne le goût des grandes villes, et la fait déménager à Paris, où elle entre en quatrième année d’études aux Beaux-Arts.

Morgane Porcheron, Série “Angles vivants” et Série “Sols fragmentés” (détails)
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Morgane Porcheron, Série “Angles vivants” et Série “Sols fragmentés” (détails), 2020

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Terre cuite • © Morgane Porcheron / ADAGP, Paris

Amoureuse de l’art minimal et de ses formes strictes, Morgane Porcheron utilise des matériaux de construction (plâtre, béton ou treillis métalliques) pour y faire pousser des graines de fèves.

Là, concurrence et mauvais esprit ne découragent pas sa passion pour la sculpture et l’installation – et si elle est obligée d’avoir toutes sortes de petits boulots pour survivre (de la surveillance d’expositions à l’animation d’ateliers pour enfants), elle tient bon avec un rêve : « Devenir professeure en école d’art : j’aime la fraîcheur des étudiants qui ont plein d’idées ! Pouvoir suivre leurs recherches serait passionnant. » En attendant, sa pratique se peaufine avec une très nette cohérence : amoureuse de l’art minimal et de ses formes strictes, Morgane Porcheron utilise des matériaux de construction (plâtre, béton ou treillis métalliques) pour y faire pousser des graines de fèves – comme pour son installation Construction structurée de 2019, deux formes géométriques de terre crue petit à petit transfigurées par la poussée des plantes – ou y emprisonner des branches séchées (Forêt contrôlée, 2018).

Dans l’atelier, dont l’espace est divisé pour accueillir sept jeunes plasticiens, elle nous montre ses tous derniers travaux : des mauvaises herbes modelées en terre cuite et malicieusement accrochées à de véritables tuteurs de jardinage, ou encore le début d’un carrelage, promis à une taille monumentale, dont chaque carreau a pris l’empreinte d’un sol herbeux, bitumeux – et énigmatique. « J’aime qu’il faille un peu chercher ! ». C’est donc le temps passé à contempler qui fait naître la forme… Et c’est en effet penché comme sur un livre que l’on tente de déchiffrer les petites traces de cet « anodin, inframince » dont elle nous parle avec tant d’amour. Qui veut entrer en résistance contre un paysage urbain « aseptisé, contrôlé et industrialisé ».

Morgane Porcheron, Pavement bousculé
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Morgane Porcheron, Pavement bousculé, 2020

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Terre cuite sur pelouse • 52 × 40 × 2,5 cm • Photo Maïlys Celeux-Lanval / © ADAGP, Paris

C’est quand elle nous parle de sa lecture du philosophe Emanuele Coccia (né en 1976)  et de « ce passage sur les racines, sur le non-vu et le souterrain végétal » qui l’a tant marquée qu’une question nous vient : son travail ne mettrait-il pas en évidence, à la façon de la psychanalyste Clarissa Pinkola Estés dans son ouvrage culte Femmes qui courent avec les loups : histoires et mythes de l’archétype de la femme sauvage (1992), une « force naturelle, instinctive, riche de dons créateurs et d’un savoir immémorial » propre aux femmes ? Non, répond-elle étonnée, avant d’ajouter ne pas vouloir poser « un visage sur une œuvre ». Prête à s’effacer, voire même à observer les visiteurs passer sans les voir devant ses œuvres discrètes – secrètes –, Morgane Porcheron reste une éternelle amoureuse des failles, des brins volés, des racines rebelles. Et nous laisse repartir plus éveillés dans Montreuil, l’œil ouvert sur la ténacité des pousses post-confinement.

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