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Vue des travaux au Grand Palais, Paris
© Photo Patrick Tourneboeuf / Tendance Floue / RMN-Grand Palais, Paris
Une révolution au Palais. C’est ce que propose le nouveau président de la Réunion des musées nationaux-Grand Palais. Une fois son colossal et coûteux chantier de rénovation achevé en avril prochain pour les Jeux olympiques, l’édifice emblématique de l’Exposition universelle de 1900 sera repensé totalement dans ses espaces et sa programmation.
Qui sera résolument festive, accessible, jouissive, et surtout fera vivre le lieu de jour comme de nuit, tout au long de l’année. Explications en exclusivité.
Didier Fusillier au travail avec les artisans.
© Photo Timothée Chambovet pour Beaux Arts Magazine.
Dans quel état avez-vous trouvé le Grand Palais à votre arrivée, l’été dernier, et serez-vous prêt à le livrer, comme prévu, pour les Jeux olympiques et paralympiques ?
Le Grand Palais est à l’heure actuelle en travaux dans la totalité de ses espaces. Il faut imaginer une structure plus grande (72 000 m2) que le château de Versailles (67 000 m2), entièrement désossée. Plus de fenêtres, plus un seul câble, plus rien. Il s’agit d’un chantier phénoménal, relancé par Chris Dercon, mon prédécesseur, piloté par François Chatillon, l’architecte en chef des monuments historiques, et ses équipes, sur lequel travaillent plus de 800 personnes, des ouvriers qui percent les dalles au marteau-piqueur, des électriciens, des compagnons du devoir, des peintres et des artisans qui réparent les mosaïques… Tous travaillent en même temps, sous la direction de Daniel Sancho, directeur du projet, et des meilleures entreprises françaises, tant sur de minuscules objets d’1 cm2 que sur d’énormes volumes de béton. Sur un chantier normal, le travail est organisé par phases. Ici, c’est impossible en raison de la tenue de notre calendrier, avec une livraison impérative pour les Jeux olympiques. Et nous sommes dans les temps.
Quelles sont les principales difficultés de ce chantier hors catégorie ?
En 1897, le Grand Palais a été construit en trois ans. Mais rénover et mettre aux normes d’aujourd’hui, en seulement quatre ans, ce bâtiment de 40 m de hauteur dont le poids en acier équivaut à celui de la tour Eiffel n’est rien d’autre qu’un défi fou. Par exemple, l’édifice n’était doté que de deux monte-charges. Désormais il y aura 42 ascenseurs. Pour installer ces circulations verticales, il a fallu percer l’ensemble des planchers d’un bâtiment qui n’a pas été construit pour accueillir le poids d’une telle installation. C’est ce qui fait, parmi d’autres nombreux exemples techniques, la complexité de cette rénovation. Sachez aussi que nous ne possédons pas les plans exacts de la construction originelle, montée dans une réelle urgence par trois architectes différents, chacun intervenant sur une partie de l’édifice. Imaginez également que la nef est désormais équipée d’un système de chauffage et de refroidissement ultramoderne par le sol qui fonctionnera sur une hauteur de 3 m – car la verrière ne peut pas être chauffée. L’enveloppe du Grand Palais sera donc inchangée, mais son aménagement intérieur sera totalement neuf.
Didier Fusillier est depuis le 1er septembre le nouveau directeu de la Réunion des musées nationaux Grand Palais. Ce n’est pas lui qui a initié les travaux mais il s’est jeté à corps perdu dans cette entreprise titanesque.
© Photo Timothée Chambovet pour Beaux Arts Magazine.
Au cours de ces travaux, avez-vous fait des découvertes ?
En dégageant l’espace de la nef, nous avons retrouvé des verrières qui avaient disparu sous des plâtres ou divers éléments de maçonnerie. Elles ont été restaurées et le résultat est spectaculaire tant la luminosité est phénoménale. Toute la zone des balcons était encombrée de mille éléments dont elle a été libérée. Cezanne et Matisse, alors qu’ils étaient jeunes artistes, ont participé, parmi d’autres, au décor des caissons des voûtes ou créé d’autres éléments que nous retrouvons peu à peu. Toutes ces œuvres seront désormais visibles. Les nouveaux châssis de fenêtres sont de pures merveilles, mais nous avons aussi retrouvé des matériaux extraordinaires, des plinthes, des parquets en chêne… L’ensemble sera de toute beauté.
Quel sera le calendrier d’ouverture du Grand Palais et ses différentes étapes ?
Première étape : le 19 avril, avec la livraison d’une partie du Grand Palais pour les Jeux olympiques. Deuxième étape : le 8 septembre, à la fin des Jeux paralympiques, date à laquelle le bâtiment sera partiellement refermé. Les grands événements habituels (salons ou défilés de mode) qui se déroulent pour l’instant au Grand Palais Éphémère) auront bien lieu ici mais nous reprendrons le travail sur certaines galeries situées autour de la grande nef. En juin 2025, nous accueillerons les premières expositions organisées en partenariat avec le Centre Pompidou, au moment où il sera à son tour fermé pour travaux. Troisième étape : en 2026–2027, ce sera l’ouverture du Palais de la découverte, dans l’aile ouest. Donc, une fois que tout aura démarré, les événements s’enchaîneront, comme une gare où se succèdent les départs de trains. Et ce sera magnifique !
Projection 3D du Nouveau Grand Palais. Cet impressionnant vaisseau de 72 000 m2 pourrait contenir tout le château de Versailles ! Et son poids en acier équivaut à celui de la tour Eiffel.
© Chatillon Architectes.
« Comme dans une centrifugeuse, vous y serez ballottés de droite à gauche, dans une sorte de maelström de possibilités mâtiné d’une pointe d’excentricité. »
Vous venez du spectacle vivant, vous avez été le directeur artistique de Lille 3000 et vous dirigiez jusqu’à présent l’Établissement public du Parc et de la Grande Halle de la Villette, où vous avez démultiplié les activités, expositions, concerts, spectacles, etc. Quel est votre projet culturel pour le Grand Palais ?
Dorénavant, un grand nombre d’espaces seront gratuits d’accès, comme le Grand Salon, dédié aux enfants, la Rotonde ou le jardin, où vont s’installer deux restaurants. Les enfants trouveront dans ce jardin ce qu’ils n’ont pas le droit de manger ailleurs, des Chamallows par exemple, parce qu’il faut parfois aller audelà de ce qui est permis. La nef accueillera toujours les grands défilés de mode mais aussi les salons comme Paris+ par Art Basel, Paris Photo, etc. Ces événements seront maintenus parce que c’est précisément le lieu dont Paris a besoin pour ce genre de choses. En revanche, il s’agit de revenir à l’essence du Grand Palais, qui n’est pas un musée mais a plutôt été conçu comme un « Palais des fêtes », dont l’architecture et les décors donnent l’impression d’assister à un grand bal. Nous voulons répondre à ce cadre totalement exubérant par une programmation foisonnante.
C’est-à-dire ?
Comme dans une centrifugeuse, vous y serez ballottés de droite à gauche, dans une sorte de maelström de possibilités mâtiné d’une pointe d’excentricité. L’idée est de proposer un programme hors norme du fait de la taille de l’espace. Vous pourrez y découvrir de grandes expositions, organisées avec le Centre Pompidou, dans deux espaces conséquents (1 800 m2 et 700 m2), mais aussi, comme je le disais tout à l’heure, le Palais de la découverte, le Grand Salon, ainsi que des galeries où seront présentées les expositions non programmées par le Centre Pompidou. La nef sera elle-même une nouveauté, avec un espace gigantesque de 12 000 m2 et d’autres, un peu plus modestes, de 3 000 m2. Je souhaite y proposer deux saisons importantes : la première, automne / hiver / printemps, dédiée aux grands salons et aux expositions d’envergure ; la seconde, juin / juillet / août, totalement inédite et baptisée « Le Grand Palais d’été », au cours de laquelle la nef sera séparée en trois parties, avec possibilité d’utiliser ces espaces de manière différenciée.
Le rédacteur en chef de Beaux Arts Magazine et le maître des lieux sur le chantier, début décembre 2023.
© Photo Timothée Chambovet pour Beaux Arts Magazine.
Vous voulez donc démultiplier l’offre culturelle dans le cadre de ce « Grand Palais d’été » ?
Disons que le Grand Palais ne sera plus utilisé de la même manière. On n’entrera pas forcément par le même endroit qu’avant, on ne ressortira pas obligatoirement par la porte d’où on est arrivé. Du côté de l’entrée monumentale sur la gauche, se déroulera un événement très jeune et festif. Au milieu, une arène de performances artistiques, des concerts, de la danse, du théâtre, des expositions performatives. Sous la verrière, on jouira du jour et de la lumière jusqu’à 22 heures. Il y fera jour même la nuit si la lune est au rendez-vous ! Nous avons voulu créer cette connexion directe avec les éléments naturels : le spectacle se termine ou commence quand la nuit tombe. Pour tout cela, pas besoin de débauche de matériel comme dans les grandes salles de spectacle, ce sera beaucoup plus intimiste. Un autre espace sera dédié aux artistes. À mon arrivée, j’ai mis en place un collectif artistique, sous l’autorité d’Agnès Wolff, notre directrice de la production, qui se réunira toutes les semaines afin d’examiner les propositions reçues, sachant que nous ne produirons pas nous-mêmes les expositions.
« Je n’ai expérimenté cela nulle part ailleurs. J’aimerais que le public ressente l’énergie de cet espace-temps si singulier. Qu’il ne vienne pas au Grand Palais pour deux heures, mais pour y passer une journée entière. Ou même s’y perdre. »
Avec quel budget allez-vous financer ce projet ?
Il n’y a pas de budget artistique à proprement parler. Nous devons dégager 83 % de ressources propres, ce qui est conséquent. Il faudra donc trouver d’autres ressources, générer des recettes à partir des succès que nous espérons obtenir, bénéficier du soutien de nos partenaires, comme le Centre Pompidou, mais aussi des mécènes qui nous accompagnent. C’est cet équilibre difficile et précaire que nous allons devoir trouver, sachant que près de la moitié du coût des travaux est financée par le Grand Palais lui-même. Un emprunt d’environ 200 millions a été souscrit, remboursable à partir de 2025 et sur vingt-cinq ans, à hauteur de 10 millions par an.
Quel est votre projet pour la Réunion des musées nationaux (RMN), qui pilote notamment un ensemble d’activités pour 18 musées aussi divers que le musée d’Archéologie nationale, à Saint-Germain-en-Laye, le musée de Cluny ou le château de Pau ?
La RMN est une constellation de plusieurs éléments et date de 1895. À cette époque, le Louvre lui-même n’avait pas d’autonomie et l’on ne considérait pas les musées de la même manière. Ils étaient destinés avant tout à préserver les œuvres qui s’y trouvaient. On avait donc créé cette grande administration, qui gérait toutes ces institutions. Dans les années 1990, les grands musées ont progressivement pris leur autonomie. Les 18 lieux dont vous parlez, dits SCN (Service à compétence nationale), trop petits pour être des établissements publics, sont gérés par le ministère de la Culture. Le rôle de la RMN est de fédérer ces musées dont s’occupent de formidables équipes. Elle joue donc un rôle d’animation, de facilitation de création d’expositions, de gestion des boutiques et des billetteries. Mon ambition est de moderniser davantage la RMN, notamment en multipliant les synergies dans un esprit affirmé de service public.
Didier Fusillier au travail avec les artisans en charge de la restauration des mosaïques
© Photo Timothée Chambovet pour Beaux Arts Magazine.
Plus qu’une simple rénovation, le Nouveau Grand Palais sera-t-il le deuxième grand projet culturel d’Emmanuel Macron, après celui de Villers-Cotterêts ?
C’est en effet le président de la République qui a engagé ce projet durant son premier mandat. C’est lui, également, qui m’a nommé, sur proposition de la ministre de la Culture, Rima Abdul Malak, à partir des intentions dont je vous ai parlé. Et autour de cette réflexion : sur une ligne géographique où se trouvent déjà tous les grands musées parisiens, entre Bastille et le Grand Palais, que peut apporter cet endroit ? Imaginer un projet d’épanouissement intellectuel, de rencontre de l’autre autour d’une proposition artistique ou simplement physique, voilà ce qui m’a toujours plu ! Par exemple, pourquoi est-ce que je rêve d’organiser une parade ? Parce que c’est la forme artistique la plus populaire qui soit, totalement gratuite, où chaque spectateur est placé au même niveau, dans la rue, et voit la même chose parce que la parade passe devant tout le monde. Opposer sans cesse, comme on le fait aujourd’hui, la culture dite « noble », celle des grandes expositions, à des propositions un peu farfelues destinées à ceux qui ne comprendraient rien à l’art n’est pas ma vision de la culture. Alors à nous d’être malins et de donner envie ! À nous de créer ce lieu où l’on souhaite entrer sans forcément savoir ce qui s’y passe.
Un Grand Palais de désir, de découverte et de démocratie culturelle, en quelque sorte ?
Et d’épanouissement, parce que fréquentant moi-même cet endroit tous les jours, il me semble que c’est le seul bâtiment où je sens le temps passer. On voit le jour tomber et, tout à coup, il fait nuit alors qu’on est à l’intérieur. Je n’ai expérimenté cela nulle part ailleurs. J’aimerais que le public ressente l’énergie de cet espace-temps si singulier. Qu’il ne vienne pas au Grand Palais pour deux heures, mais pour y passer une journée entière. Ou même s’y perdre.
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