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Portrait de Floryan Varennes devant son œuvre « L’assemblée » (2021)
Collection FRAC Occitanie Toulouse ©Phoebé Meyer
En plein montage à la Maëlle Galerie, Floryan Varennes retrouve les matériaux qu’il affectionne tant. L’artiste, né en 1988, soigne le moindre détail de sa première exposition personnelle dans une galerie parisienne. Lui qui chérit la transparence du verre, l’éclat brillant du métal et l’iridescence du cuir traité époussette chaque surface. Ses dernières pièces (produites entre 2019 et 2022) portent en elles plus de dix ans de travail autour de la notion de care. Perfectionniste, l’artiste, qui aime à travailler de projet en projet avec une équipe de confiance, veille jusqu’aux dernières minutes à la mise en lumière de ses œuvres. La même précision se lit dans le contour de ses armes fabriquées en verre, que l’on croirait fraîchement sorties d’usine, et dans ses propos dont il pèse chaque mot.
Floryan Varennes, Amours Toujours, 2022
Ensemble de pièces en verre • © Yohann Gozard
Dans l’une de ces pièces, on reconnaît tout de suite une lance de joute, comme au temps de la chevalerie. Les armes que Floryan Varennes reproduit – fléau, masse ou encore flèches –, sont employées comme les témoins d’une violence alors extrêmement codifiée. On ne se bat pas contre n’importe qui ni n’importe comment au Moyen Âge : « À l’époque, chaque corps social avait en fait accès à ses propres armes. Ce sont des objets qui racontent comment la violence s’est profondément transformée », explique l’artiste-chercheur qui passe une partie de son temps le nez dans les archives des bibliothèques.
Dans l’art de Floryan Varennes, le combat en corps à corps se mue en jeu amoureux.
Alors que nombre d’artistes et penseurs proposent aujourd’hui des relectures queer du Moyen Âge, Floryan Varennes investigue depuis une dizaine d’année sur la représentation du genre et des rapports amoureux au-delà de l’amour courtois. Les titres de ses œuvres, entre locutions latines (Volens Nolens) et références techno (Panoplie 2.0), font cohabiter des mondes a priori incompatibles. Ils en souligne aussi les ambivalences : fragilité et barbarie, sensualité et froideur, passé et futur… En façonnant ces œuvres avec des maîtres verriers au CIAV (Centre International d’Ar Verrier) de Meisenthal, l’artiste détourne la portée symbolique de l’arme. Que ce soit avec une hallebarde ou une dague, le combat en corps à corps se mue dans l’art de Floryan Varennes en jeu amoureux. Qui peut aussi bien être un jeu de pouvoir, de domination.
Floryan Varennes, Matriarche, 2022
Muselières, tubes médicaux, pvc medical, attaches en inox, rivets, anneaux, instruments médicaux • 160 × 160 cm • © Yohann Gozard
L’équilibre : voilà sur quoi repose tout le travail de Floryan Varennes. Un équilibre physique, bien sûr, puisque bon nombre de ses œuvres se présentent comme des suspensions, mais également conceptuel. Ce qui sépare le poison du remède, rappelle-t–il en faisant appel à la notion grecque de pharmakon, c’est la quantité ! L’artiste travaille ainsi sur les limites et la tension entre ce qui tue et ce qui renforce. L’aspect clinique de certaines œuvres, comme Matriarche, tient du fait que nombre d’éléments qui la composent viennent du milieu paramédical. Dans le cas de Disciplines, le réemploi d’orthèses, ces attelles qui après un traumatisme permettent au corps de se maintenir droit et de se régénérer, renvoie à la contrainte forcée. Si ces références montrent une fascination pour le monde de la santé – sans doute liée à l’observation des gestes de sa mère infirmière –, elles traduisent aussi un regard critique sur l’institution médicale. N’est-ce pas le médecin qui impose les normes et pose des diagnostiques sur la seule base d’un savoir théorique ?
Renvoyant aux écrits fondamentaux sur le corps de Michel Foucault et de Paul Preciado, Floryan Varennes insiste sur le contrôle et la contention qui s’exercent selon lui au travers des dispositifs médicaux, y compris modernes. Quel que soit le bénéfice de leur prescription, ceux-ci conservent malgré tout quelque chose d’inquiétant, expriment une violence inscrite dans la chair. Au travers des lectures de la pionnière du cyberféminisme Donna Haraway et de la militante lesbienne Susan Sontag, qui invitent à réinventer nos relations avec empathie, l’artiste revendique lui-même des qualités d’écoute.
Floryan Varennes, Hildegarde, 2021
Cuir blanc, carton, mousse, acier, anneaux, rivets • © Yohann Gozard
Au travers d’un parcours en aromathérapie où il apprend les vertus des plantes et des odeurs, l’artiste cherche à réparer des blessures.
Thérapeute en formation, au travers d’un parcours en aromathérapie où il apprend les vertus des plantes et des odeurs, l’artiste cherche à réparer des blessures. Aussi déploie-t-il régulièrement dans ses expositions des bouquets de lavande, fleur bien connue pour ses qualités apaisantes et cicatrisantes. Le soin doit pour lui s’étendre à toutes ses pratiques. Il cite, là encore, plusieurs figures médiévales comme sources d’inspiration : la guérisseuse et mystique Hildegarde von Bingen, le médecin Jean Wier qui a lutté contre la chasse aux sorcières ou Henri Agrippa de Nettesheim qui a théorisé l’utilisation des simples, ces plantes médicinales.
Floryan Varennes, Oblivion, 2021
Fléau d’arme en verre • 20 cm x 30 cm x 100 cm • © Yohann Gozard
L’art de Floryan Varennes, on l’aura compris, se nourrit abondamment de lectures, qui sont aussi la matière première de son travail de chercheur et de pédagogue. Diplômé en 2014 de l’École Supérieure d’art et de Design de Toulon, l’artiste a vite perçu les limites de l’enseignement en école d’art et pris part à des réseaux d’entraide. Il intervient aujourd’hui aussi bien sur le plan théorique, au travers de séminaires, workshops et conférences dans des écoles d’art que sur le plan pratique, avec une formation qu’il proposera sur demande fin 2022 aux artistes tout juste diplômés.
Il imagine un fonctionnement du monde artistique plus collégial, loin de la figure du génie solitaire.
Son engagement l’ancre parmi une génération de jeunes créateurs qui revendiquent de meilleures conditions de travail et un écosystème de l’art plus juste. Après avoir repris un cursus universitaire en 2020 avec un master d’histoire médiévale, où il a proposé une relecture de la figure de Jeanne d’Arc à travers le prisme du genre, il imagine un fonctionnement du monde artistique plus collégial, loin de la célébration du génie solitaire.
Lui-même a recours dans ses périodes de production, qu’il alterne avec celles de recherche, bien distinctes, à des assistants et des collaborateurs. Pour le travail de maroquinerie de Sursum Corda, étendards de faux cuirs iridescents qu’il déploie dans l’espace comme reflets d’une génération désenchantée, c’est avec les artisans de la Maison des métiers du cuir de Graulhet que Floryan Varennes a œuvré. Scrupuleux quant à la finition de ses objets, il veille à s’entourer de professionnels.
Floryan Varennes, Sursum Corda, 2021
Faux cuir iridescent, rivets, fil, cables en acier, bois • 300 cm x 90 cm x 11 étendards • © Yohann Gozard
Aussi étonnant que cela puisse paraître pour un artiste qui travaille la sculpture, Floryan Varennes n’a pas d’atelier mais un bureau. Un endroit chez lui pour penser et écrire, constituer des dossiers, postuler à des résidences… La maturation d’une pièce se fait de façon théorique et accompagne souvent ses autres activités. Les temps de résidences sont alors des temps de production qui lui permettent de se confronter à la matière. Des moments décisifs où le projet peut se réajuster comme à la synagogue de Delme, à la maison Daura de la MAGCP, ou à Pollen.
Floryan Varennes, NK (Morgenstern), 2021
Cuir vernis, carton, mousse, rivet, fl, cables en acie • 200 cm x 90 cm • © Yohann Gozard
Produite en 2022 avec l’artiste 3D Harriet Davey et la compositrice Imogen Davey, sa première vidéo, Mirari, augure une nouvelle dimension dans son travail. Alors que les possibilités de mutations ouvertes par le jeu vidéo ont joué pour beaucoup dans l’intérêt de la jeune création pour le transhumanisme et le Moyen Âge, cette œuvre d’animation 3D présente un avatar androgyne de l’artiste aux cheveux bleus, alangui comme une Ophélie contemporaine. Le paysage autour bruisse au rythme d’une composition musicale tandis qu’une voix, la sienne, s’interroge sur la vie des avatars et leurs émotions. Par le biais d’une œuvre plus narrative, l’artiste propose ainsi un essai sur la vulnérabilité tandis que le corps, dont il est si souvent question dans ses œuvres, apparaît ici recouvert d’une armure de verre. Ultime paradoxe puisqu’elle ne protège de rien, mais se fait ode à la fragilité.
Floryan Varennes. Hypersensibilité
Du 5 juin 2022 au 16 juillet 2022
Galerie Maëlle • 29 Rue de la Commune de Paris • 93230 Romainville
www.maellegalerie.com
Floryan Varennes. Protego Maxima
Du 18 mai 2022 au 19 juin 2022
Southway Studio • 433 Boulevard Michelet • 13009 Marseille
southwaystudio.com
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