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L’expérience du “contact à l’arbre” proposée par Pascal Pique au musée de l’Invisible invite au calme, à l’attention exacerbée à l’environnement, à la lumière, à la chair des arbres.
© DR
Les pieds mouillés d’argile, les mains posées sur un hêtre et les yeux fermés : telle est la posture dans laquelle vous vous retrouverez en vous laissant guider par Pascal Pique, pour faire l’expérience du « contact à l’arbre ». Objectif ? En ressentir l’énergie, se laisser rééquilibrer par lui, voire même, souffle l’inventeur du musée de l’Invisible, sortir soigné de l’expérience. L’homme n’est pas un mystique, bien au contraire. Ancien directeur du Frac Midi-Pyrénées au musée des Abattoirs de Toulouse, commissaire de très nombreuses expositions d’art contemporain et auteur prolifique, Pascal Pique sait ce qu’il fait. Convaincu que l’art permet une ouverture qu’il est bon d’investir pour mieux se tourner vers l’Invisible (visions d’outre-mondes, transmission d’énergies dont la réalité est au centre de recherches de toutes sortes qui le passionnent), il imagine des rencontres entre contemplation plastique et expériences terriennes, qui reconnectent ses visiteurs à l’environnement naturel dont ils sont tant éloignés.
Pascal Pique, fondateur du Musée de l’Invisible
© Maïlys Celeux-Lanval
L’idée va au-delà du simple parc de sculptures, puisque les œuvres seront accompagnées d’un parcours sensoriel, dit de « contact à l’arbre »…
Lui-même l’a été. Surexcité, sur-sollicité, absent à lui-même, pressé, stressé, urbain. Il faut le voir maintenant, convaincu mais serein, dans son grand jardin bordélique qu’il est en train de transformer en musée. Car il s’agit désormais de se fixer quelque part, de planter des graines pour voir pousser le grand projet de sa vie. Le musée de l’Invisible l’anime depuis 2013 ; il a multiplié les expositions dans des lieux aussi divers que l’EAC (Espace de l’Art Concret) à Mouans-Sartoux, l’Espace culturel Louis Vuitton à Paris, Zabriskie Point à Genève… Avec, toujours, des œuvres dont le point commun est de s’intéresser à « l’inouï et à l’imperceptible, c’est-à-dire aux réalités méconnues, inexpliquées qui interviennent dans le processus artistique », écrivait-il en 2014. Si les expos et les colloques vont continuer leur itinérance, la première pierre d’un domicile fixe a donc été ici posée en juillet 2021, avec les sculptures d’Olivier Raud, un voisin et bon copain, spécialiste de la construction d’objets, de meubles et de maisons polarisés (c’est-à-dire dont le bois découpé respecte le sens de l’arbre – il est ainsi sensé en avoir conservé l’énergie vitale, pour la retransmettre).
Olivier Raud, Sculpture toroïdale, 2021
pin douglas • 600 × 600 cm • © Musée de l’Invisible
Suivront bientôt, dans quelques mois ou quelques années, des œuvres de grands noms de l’art contemporain : Art Orienté Objet, Myriam Mechita, Sandra Lorenzi, Michel Blazy… Le parcours prendra la forme de l’Arbre de Vie, ou arbre des Sephiroh (dans la Kabbale, celui-ci représente dix sphères, émanations de l’infini, reliées entre elles). Chaque artiste choisira les essences d’arbres qui l’entoureront. Dès cet automne seront plantés des bouleaux, des chênes, des aulnes. L’idée va au-delà du simple parc de sculptures, puisque les œuvres seront accompagnées d’un parcours sensoriel, dit de « contact à l’arbre »… Dont nous avons donc pu faire l’expérience, presque en avant-première puisque le musée n’a compté pour le moment qu’une cinquantaine de visiteurs et qu’il est encore en friche.
La visite se déroule ainsi : d’abord, Pascal nous propose de goûter une infusion faite à partir des arbres présents dans son jardin. Puis, il nous invite à ôter nos chaussures et à plonger nos pieds dans une toute petite mare baignée de terre argileuse. Après 5 heures de train depuis Paris, il est bon nous dit-il de se reconnecter à la terre en s’y branchant, comme une prise électrique. Enfin, le parcours commence : d’arbre en arbre, longuement touchés, les yeux fermés et les pieds joints, nous arrivons à une table conçue par Olivier Raud, toujours en bois polarisé, sur laquelle Pascal nous dit de nous allonger sous un grand drap protégeant des ondes électromagnétiques. Un fil de cuivre, tenu à la main, est sensé nous relier à l’arbre… Plus tard, on s’assoit sur un module carré, encore signé Olivier Raud, pour en ressentir l’énergie.
Les enfants aussi peuvent pratiquer le contact à l’arbre.
© Musée de l’Invisible
L’aventure a ceci de sympathique qu’elle résiste à l’exploitation marchande des ressources terriennes pour proposer un moment hors du temps, les pieds enracinés dans le sol.
L’expérience peut, au choix, indifférer totalement, troubler, voire carrément bouleverser. Le « contact à l’arbre » provoque des réactions variées, certains corps pouvant réagir de façon spectaculaire – c’est en tout cas ce qu’explique le guérisseur Pierre Capelle, avec qui Pascal Pique a écrit le livre Sociomythologies de l’arbre. Voyage entre ciel et terre (2013, éd. Le temps présent). Outre la légère oscillation ressentie durant le « contact à l’arbre », on l’avoue : une telle expérience a pour elle d’inviter au calme, à l’attention exacerbée à l’environnement, à la lumière, à la chair des arbres. Les sceptiques le resteront, bien sûr, mais on imagine aisément que les œuvres qui pousseront ici n’en seront que mieux comprises, mieux appréhendées, dans une logique de sensibilité au monde. Aussi, l’aventure a ceci de sympathique qu’elle résiste à l’exploitation marchande des ressources terriennes pour proposer un moment hors du temps, les pieds enracinés dans le sol. En pleine catastrophe écologique, elle réaffirme le respect dû aux arbres autant que le rôle de l’art – un rôle à part, lié aux expériences intimes, magiques, rituelles. Convaincus ?
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