Article réservé aux abonnés

Reportage

On a visité le musée consacré aux contes d’Andersen, près de Copenhague

Par

Publié le , mis à jour le
À une heure de train de Copenhague où trône la statue de la Petite sirène, dans la ville d’Odense, vient d’être érigé un tout nouveau musée dédié à l’écrivain et conteur danois Hans Christian Andersen. Un immense domaine à l’architecture féerique pensée par le célèbre studio Kengo Kuma, qui promet mots et merveille : des jardins fabuleux, des installations tirées des contes de fées de notre enfance… Visite guidée.
Le musée H.C. Andersen à Odense, Danemark
voir toutes les images

Le musée H.C. Andersen à Odense, Danemark

i

Photo: Laerke Beck Johansen

La rumeur court toujours dans les rues d’Odense, ville natale d’Hans Christian Andersen (1805–1875), selon laquelle une voyante aurait prédit la célébrité du conteur. « Un jour, la ville s’illuminera en son nom », aurait-elle lu dans les étoiles lorsqu’il n’était qu’un enfant. Étrange coïncidence : en décembre 1867, l’écrivain, déjà reconnu pour ses contes, retournait à Odense en tant que citoyen d’honneur. Là, une foule d’habitants s’était rassemblée, lanterne à la main, illuminant les ruelles de sa jeunesse !

Thora Hallager, Portrait de l’écrivain danois Hans Christian Andersen
voir toutes les images

Thora Hallager, Portrait de l’écrivain danois Hans Christian Andersen, 1869

i

Wikimedia commons

De quoi entretenir le mythe du plus célèbre auteur danois, qui a su créer un style simple, populaire, faisant surgir dans ses contes pour enfants des mondes fantastiques tout en décrivant parfois une réalité plus sombre, de La Petite sirène au Vilain petit canard. Dans cette ville idyllique aux petites bâtisses à colombages du XVIIe siècle, il est possible de visiter la modeste chambre dans laquelle a grandi Andersen avec sa famille, de même que la maison dans laquelle il est né, qui abritait avant 2008 un musée à son nom.

La visite était courte, sans effet, mais « très authentique » nous précise une guide conférencière de la ville. C’est désormais collé à cette dernière demeure que se trouve le nouveau musée Andersen, H.C. Andersens Hus, ouvert en juin 2021 grâce à la fermeture d’une grande route dégageant l’espace nécessaire : plus de 5 000 m2 dont presque autant de jardins, qui cherchent à « recréer le monde fantastique de l’écrivain et rendre hommage à sa littérature » selon la jeune commissaire Sine Jensen Smed. Une gageure !

Pavillon circulaire du musée H.C. Andersen par le studio Kengo Kuma
voir toutes les images

Pavillon circulaire du musée H.C. Andersen par le studio Kengo Kuma

i

Photo: Laerke Beck Johansen

Une fois passé le portail, des pavillons circulaires livrent une vue pittoresque : entièrement vitrés et dotés d’une ossature en bois tels de modernes cabanes entourées de verdure, ils se tiennent à la hauteur des maisons environnantes. « Nous ne voulions pas d’un gros building. Il fallait que le musée s’accorde parmi les belles maisons historiques. » Ainsi, les motifs des poutres sur les façades font écho à ceux des maisons à colombages. Autour, on y perçoit la cime de grands pins, qui sont en réalité plantés plusieurs mètres en contrebas. Car plus des deux tiers du musée est construit sous terre ! Une véritable surprise que ces jardins enterrés, encore peu touffus après un an de plantation…

L’idée ? Offrir une place de choix à la nature omniprésente dans les contes d’Andersen.

Cette attention toute particulière au paysage, c’est justement ce qui a valu à l’agence de l’architecte japonais Kengo Kuma – à l’origine du nouveau stade olympique de Tokyo – de remporter le concours d’architecture lancé en 2008 pour le nouveau musée. « Nous avons travaillé main dans la main avec les paysagistes de MASU planning pour créer des perspectives sur le paysage lors de la déambulation » nous précise Nicolas Guichard au téléphone, chef de projet au studio parisien de Kengo Kuma. L’idée ? Offrir une place de choix à la nature omniprésente dans les contes d’Andersen, tantôt imprévisible et sauvage, tantôt féerique… Ainsi, le domaine ressemble à une cité végétale ouverte à tous, où l’on est invité à se promener, à humer les marguerites, à souffler sur les dents-de-lion tout en grimpant au niveau des toits du musée, recouverts d’une pelouse rouge changeant au fil des saisons – en parfaite résonance avec les tuiles de la ville.

Cour intérieure du musée H.C. Andersen
voir toutes les images

Cour intérieure du musée H.C. Andersen

i

Photo: Bjoern Koch Klausen

Ici, tout n’est que courbe et ondulation. Face aux trois pavillons (l’un accueillant l’exposition permanente, le second le restaurant et le troisième étant réservé aux jeunes publics), notre guide explique comment « le studio Kengo Kuma souhaitait traduire la manière dont Andersen écrivait ses textes, c’est-à-dire grâce à des cercles dessinés les uns après les autres, des courbes à suivre pleines de surprises et de rebondissements ». D’ailleurs, le parcours du musée se déroule le long d’une pente sinueuse qui s’enfonce « dans le monde d’en bas, celui des contes » poursuit Nicolas Guichard.

Musée H.C. Andersen, maison Laerke Beck Johansen
voir toutes les images

Musée H.C. Andersen, maison Laerke Beck Johansen

i

Photo: Laerke Beck Johansen

Au fil de cette rampe, on découvre le destin rocambolesque de l’écrivain grâce à des audioguides (en anglais ou en danois), devant des décors évoquant les théâtres d’ombres ou dans des salles obscures renfermant une multitude d’objets personnels et de créations inédites. Parmi elles se dévoilent ses extraordinaires papiers découpés : à l’aide d’immenses ciseaux, Andersen dégageait des formes dans des feuilles pliées en contant des histoires devant son audience. À la fin de sa « performance », il dépliait son œuvre, révélant de petites merveilles d’inventions comme ce personnage à trois têtes tenant une ballerine, ce papillon orné de danseuses ou ce personnage en forme de moulin.

« Lorsqu’il ne pouvait écrire, il se réfugiait dans l’image » nous confie Ejnar Stig Askgaard (commissaire et spécialiste de l’écrivain), empli d’admiration devant ses croquis de voyage servant de « squelettes » pour ses contes, et ses « livres d’image », histoires illustrées par des découpages dans des papiers journaux. À 67 ans, frappé par un cancer du foie qui l’empêche d’écrire, Andersen se lance dans une œuvre insolite : un paravent entièrement recouvert de collages provenant d’illustrations de presse. Les panneaux se lisent comme une histoire, de son enfance rythmée par les saisons jusqu’à sa vision de l’au-delà en passant par ses différents voyages. La composition saturée mais précise, subjugue. « Il a pratiqué les arts visuels toute sa vie, depuis son enfance jusqu’à sa mort », conclut le spécialiste.

Niels Larsen Stevns, The Memorial Hall décoré de huit fresques illustrant des événements de la vie d’Andersen relatés dans son autobiographie
voir toutes les images

Niels Larsen Stevns, The Memorial Hall décoré de huit fresques illustrant des événements de la vie d’Andersen relatés dans son autobiographie, 1930

i

Photo: Laerke Beck Johansen

Le palais de la Reine des neiges, le lit de matelas superposés de la Princesse au petit pois, le Rossignol mécanique dans sa cage dorée… Au sous-sol, après le parcours biographique, se dévoile (enfin !) l’espace réservé aux contes de fées, où les installations reproduisent des objets et personnages iconiques. C’est toutefois la dernière salle, celle du Vilain petit canard, qui envoûte grâce à des décors découpés en relief, animés par un jeu de son et lumière. En remontant à la surface, vers l’entrée du pavillon, se niche une toute dernière surprise : les fresques colorées du peintre danois Niels Larsen Stevns (1864–1941) figurant les étapes de la vie du conteur jusqu’à l’épisode augural des lanternes portées en son honneur… Peintes en 1930, elles s’admirent sous la lumière naturelle d’un petit dôme. Magique.

Bâtiment du musée H.C. Andersen, Odense, par le studio Kengo Kuma
voir toutes les images

Bâtiment du musée H.C. Andersen, Odense, par le studio Kengo Kuma

i

Photo: Laerke Beck Johansen

C’est sur cette note merveilleuse que nous quittons ce musée expérientiel – un poil frustré, cependant, de n’avoir pu admirer davantage de créations de la main d’Andersen. Mais les paroles d’Ejnar Stig Askgaard nous reviennent soudainement : « Tout le travail d’Andersen étant sur papier, ses textes, découpages, collages… On ne peut certainement pas tout exposer, car il faut les préserver pour les générations futures ». Le papier demeurant un matériau fragile et sensible à la lumière, les architectes, scénographes et commissaires ont compensé par des expériences immersives dans l’espoir d’initier le plus de générations possible au monde enchanté d’Andersen… Mais avec la pandémie de Covid-19, les visiteurs internationaux manquent à l’appel, surtout depuis la Chine, où les contes sont particulièrement appréciés –Mao Zedong en était féru ! Pour l’instant, ce sont les Danois qui y courent, enfants et adultes, afin de redécouvrir un patrimoine moins matériel qu’imaginaire, mais infiniment précieux.

Arrow

H.C. Andersens Hus

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi