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Sarah Trouche, gardienne du monde

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Publié le , mis à jour le
Évidemment, c’en est une. Avec ses performances politiques qui lui font éprouver et soutenir le monde, Sarah Trouche a tout d’une sorcière contemporaine, écologiste et féministe. Son art protéiforme s’incarne dans des sculptures, des photographies, des spectacles et bientôt un long-métrage : mille façons de s’engager dans une défense passionnante de l’intégrité des territoires et des femmes.
Sarah Trouche dans son atelier, Paris, 2019
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Sarah Trouche dans son atelier, Paris, 2019

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Photo Maurine Tric

4 avril 2019, 20 heures. Le soleil se couche sur Paris, vibrante d’une douce atmosphère printanière. Les amateurs d’art se pressent, comme tous les jeudis, dans les vernissages ; à la galerie Marguerite Milin, l’expérience sera un peu plus immersive qu’ailleurs. D’ailleurs, les premiers arrivés s’étonnent : le sol est entièrement recouvert de terre, et craque sous les pas. « Ils avançaient en faisant très attention », se souvient la galeriste en souriant, car c’est là l’essence même de ce « sol performatif » : faire prendre conscience à chacun de son empreinte sur le monde. Sarah Trouche, parmi la foule, bavarde et sourit. Puis, sans crier gare, lance le signal de sa (courte) performance du jour, en prenant dans sa bouche une feuille d’or ; elle grimpe alors sur l’épaule d’un visiteur, et découpe son t-shirt noir, dévoilant un sein tout aussi doré. Haut perchée, elle défie la foule… Puis redescend et salue.

La performance de Sarah Trouche lors du vernissage de son exposition à la galerie Marguerite Milin
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La performance de Sarah Trouche lors du vernissage de son exposition à la galerie Marguerite Milin, le 4 avril 2019

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Photo Maurine Tric

La performance fait écho à une série de bas-reliefs où apparaît un sein, comme un soleil ; chacun d’eux est recouvert de feuilles de cuivre que l’artiste a griffées, mettant son corps à l’épreuve d’un matériau complexe. En regardant leur surface irrégulière, on frémit instinctivement. Même sensation devant sa série de têtes-autoportraits, qui suffoquent sous des sacs plastiques thermocollés. Toutefois, ceux-ci sont bleus, couleur de l’espoir – et sur l’une des sculptures, le sac laisse respirer la bouche en prenant la forme d’un masque de super-héros. C’est là toute la spécificité de l’art de Sarah Trouche : certes, elle se confronte à une réalité difficile et la met en forme, mais toujours avec une nuance de lumière qui ouvre une porte sur un avenir meilleur. Ainsi la performance lui permet, nous confie-t-elle, de « transformer la poussière et les larmes en or ».

Vue de l’exposition « Sarah Trouche. Apporter de la lumière aux jours sombres » à la galerie Marguerite Milin
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Vue de l’exposition « Sarah Trouche. Apporter de la lumière aux jours sombres » à la galerie Marguerite Milin

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Photo Maurine Tric

Extrêmement accessible, l’artiste ouvre volontiers son lumineux atelier aux étudiants friands de performances. Elle y a aussi invité pendant un an des travailleuses strip-teaseuses, dont elle a voulu entendre les parcours et les paroles – offrant ainsi à ces femmes invisibilisées, voire méprisées, une voix. « J’aime montrer qu’elles sont là, qu’elles sont présentes, qu’elles sont fières », appuie l’artiste. Ces rencontres ont été le départ de Vertical Strike, une série de spectacles dont l’acte III a été présenté en avril 2019 au Générateur de Gentilly – cette fois-ci, centré sur des boxeuses professionnelles. Un court-métrage ouvrait la performance, suivi d’une forme hybride à mi-chemin entre la performance, la danse et le manifeste féministe. Avec, et ce n’est pas rien, le chant collectif de l’Hymne des femmes, créé en 1971 par le MLF (Mouvement de Libération des Femmes). Et, sur la scène, 650 culottes éparpillées, données par des internautes.

Sarah Trouche dans son atelier
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Sarah Trouche dans son atelier, Paris, 2019

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Photo Maurine Tric

En plus d’explorer toutes sortes de formats et de médiums, Sarah Trouche parcourt le monde. Elle s’imprègne des territoires et travaille avec des femmes et des hommes qui lui racontent leurs vies, leurs territoires, leurs combats. « Je m’intéresse particulièrement au contexte, et je crois à ce que dit Paul Klee : « L’art rend visible ». » Et d’évoquer à ce sujet sa performance Aral Revival (2013), interprétée dans les steppes du Kazakhstan, lieu triste d’un désastre écologique : la mer d’Aral, autrefois quatrième plus grand lac du monde, qui a progressivement disparu à partir des années 1960, à cause d’une surexploitation des cultures agricoles. Sarah Trouche a alors parcouru des milliers de kilomètres pour récolter des témoignages : « J’ai essayé de donner la parole à des femmes qui avaient tout perdu : auparavant, Aral était une ville prospère, mais avec l’assèchement de la mer, elles n’ont plus rien eu à faire. Les paysages sont devenus déserts, les hommes sont partis… ».

C’est là toute la force de Sarah Trouche, femme enchanteresse qui n’hésite pas à vous prendre par la main pour vous mener où bon lui semble – généralement, vers des rencontres et des découvertes lumineuses. L’artiste soigne un réel défaillant avec des formes artistiques variées, mais toujours limpides, instinctives. Nul besoin de discours pour comprendre ; pourtant, Sarah Trouche tient à la clarté de son travail. À la galerie Marguerite Milin, elle a accompagné chacune de ses œuvres de cartels explicatifs. Généreuse, l’artiste n’hésite pas à demander aux gens qu’elle rencontre et à ses amis de participer à ses travaux. Comme lorsqu’elle a voulu capturer le lever du soleil en Île-de-France, tout en demandant à ses contacts de lui envoyer des photographies de l’aube le même jour, partout dans le monde (comme pour les culottes de Vertical Strike). En résulte un puzzle planétaire de soleils rougeoyants, qui donne à voir un art du collectif : sous le même soleil, nous nous tenons debout. Sous le même soleil, nous luttons.

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Sarah Trouche. Apporter de la lumière aux jours sombres

Du 5 avril 2019 au 11 mai 2019

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