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SÉRIE – MÉTIERS DES COULISSES

Scénographe d’exposition : l’art d’inventer les cimaises

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Publié le , mis à jour le
Dans une exposition, seuls l’artiste et ses pièces prennent la lumière. Soit. Pourtant, dans l’ombre, avant, pendant et après le show, une ribambelle de mains œuvrent, veillant au grain (de poussière compris) pour que tout se passe bien et que l’art se produise, infuse et se diffuse. Beaux Arts part à la rencontre de ces professionnels dévoués et indispensables. Aujourd’hui, Cécile Degos nous ouvre les portes de son quotidien de scénographe indépendante.
Portrait de Cécile Degos à l’Institut du monde arabe
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Portrait de Cécile Degos à l’Institut du monde arabe, 2021

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© Maurine Tric

Elle les voit qui s’installent derrière nous : au café juste en face de l’Institut du monde arabe (IMA), Cécile Degos répond à nos questions pendant que les ouvriers du chantier de la prochaine exposition prennent une pause méritée. Elle les connaît bien, nous les présentera ensuite, preuve que le métier de scénographe se vit avant tout sur le terrain, plutôt que derrière un ordinateur. D’ailleurs, elle n’a pas de bureau. Enfin, « il est là, mon bureau », sourit-elle en montrant son grand sac à main, où se devinent carnets et ordi portable.

Cécile Degos exerce un métier jeune (jusqu’à il y a une trentaine d’années, les musées s’occupaient eux-mêmes de l’accrochage des expositions), de plus en plus désiré par les étudiants, et elle reçoit de nombreuses demandes de stages. Il faut souligner ici que la scénographe mène un train d’enfer : elle est sur le pont du matin au soir et ne compte pas ses heures, ni ses déplacements. Au programme ? D’abord, les candidatures aux appels d’offres. Ceux-ci nécessitent en premier lieu d’écrire des notes d’intention et surtout de produire des esquisses, notamment « deux ou trois salles de façon précise », qui se basent sur la liste d’œuvres reçue en amont, déjà dans l’ordre du propos de l’exposition.

Montage de l’exposition « Juifs d’Orient. Une histoire plurimillénaire » à l’Institut du monde arabe
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Montage de l’exposition « Juifs d’Orient. Une histoire plurimillénaire » à l’Institut du monde arabe, 2021

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© Maurine Tric

Pour la phase suivante, elle prépare une audition plus complète devant un jury d’acteurs du musée : à ce stade, il ne faut pas que son projet soit complètement abouti, pour laisser la place aux dialogues avec le commissaire d’exposition et/ou avec les artistes qui viendront ensuite. Une fois sélectionnée pour de bon, Cécile collabore avec des graphistes et un éclairagiste, et correspond de façon étroite avec les commissaires. Ceux-ci peuvent avoir réfléchi depuis plusieurs années à l’exposition ; il s’agit alors d’« essayer de comprendre ce qu’ils veulent faire ressentir ». Certains ont des idées irréalisables, d’autres des obsessions. Cécile dessine l’architecture de l’exposition : les murs, les circulations, les ouvertures. Elle prévoit le parcours du visiteur, qui déambule d’une salle à l’autre. Tout en conservant un dialogue constant avec les institutions, elle définit les couleurs des salles, la place des cartels, la hauteur des œuvres ; quant aux lumières, primordiales, elles relèvent du travail de l’éclairagiste.

Une bonne scénographie ? « C’est quand elle ne se voit pas. » Avec des cimaises décollées du mur, la scéno idéale doit donc sembler « exister depuis toujours, ne pas contredire les architectures ». Une mauvaise ? Quand l’espace n’est pas aéré, quand il demande aux visiteurs de faire des allers-retours. Cécile y met du sien : « Je dessine pour me sentir bien dans l’exposition. C’est très perso ! » Et aussi très humain, pour celle qui souligne à plusieurs reprises l’importance des dialogues et du respect mutuel, « avec l’ouvrier qui peint les murs comme avec le directeur du musée ».

Cécile dessine l’architecture de l’exposition : les murs, les circulations, les ouvertures. Elle prévoit le parcours du visiteur, qui déambule d’une salle à l’autre.
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Cécile dessine l’architecture de l’exposition : les murs, les circulations, les ouvertures. Elle prévoit le parcours du visiteur, qui déambule d’une salle à l’autre.

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© Maurine Tric

Parce qu’elle ne sort pas d’une école d’architecture mais d’une école d’art, Cécile se place du côté des œuvres, des savoir-faire.

Pour en arriver là – en 2020 et 2021, Cécile a travaillé sur les expositions du musée d’Art moderne de la Ville, de la Bourse de Commerce, du musée Zadkine, de la galerie Perrotin, du musée de la Vie romantique, du musée Bourdelle, de la Royal Academy of Arts de Londres et de la galerie Kamel Mennour –, la scénographe née en 1974 a fait du chemin. Dessinatrice depuis sa plus tendre enfance, elle entre aux Arts déco juste après le bac (le concours est si dur que c’est rarissime, encore aujourd’hui) et y apprend l’amour de l’art, du touche-à-tout : « J’ai choisi la scéno pour garder le plus de portes ouvertes ! » Elle multiplie alors les stages, apprenant sur le tas dans les coulisses du festival de Salzbourg, à l’opéra, au théâtre.

Devenue maman, elle se tourne petit à petit vers les musées, qui ne lui demandent pas une présence en pleine nuit, « jusqu’à la fin du spectacle ». Un univers qu’elle pénètre en remportant en 2005 l’appel d’offre du musée d’Orsay pour l’exposition « L’Art russe dans la seconde moitié du XIXe siècle », quelques années après avoir connu des expériences d’assistantes durant ses études, comme en 1999, pour « Chardin » au Grand Palais. Et parce qu’elle ne sort pas d’une école d’architecture mais d’une école d’art, Cécile se place du côté des œuvres, des savoir-faire, qui la passionnent et lui font apprécier d’être « polyvalente ».

L’exposition « Niels Hansen Jacobsen » au musée Bourdelle, dont Cécile Degos était la scénographe
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L’exposition « Niels Hansen Jacobsen » au musée Bourdelle, dont Cécile Degos était la scénographe, 2020

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©Claire Delfino - Paris Musées

La conversation se poursuit à l’intérieur de l’IMA, où l’exposition « Divas arabes. D’Oum Kalthoum à Dalida » est en plein démontage (nous sommes le 7 octobre, un mois après sa fermeture). Déjà, les plans détaillés pour « Juifs d’Orient. Une histoire plurimillénaire » sont prêts et affichés au mur. On observe que l’espace suit une large courbe : est-ce contraignant ? « Absolument pas, mon métier est de s’adapter à chaque espace ! » rappelle celle qui a travaillé entre les murs arrondis de la Bourse de Commerce et du MAMVP. En revanche, ici, certains éléments d’architectures sont noirs – contrainte de l’architecte Jean Nouvel – et imposent une forte présence.

Montage de l’exposition « Juifs d’Orient. Une histoire plurimillénaire » à l’Institut du monde arabe
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Montage de l’exposition « Juifs d’Orient. Une histoire plurimillénaire » à l’Institut du monde arabe, 2021

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© Maurine Tric

Cet après-midi, après sa réunion de chantier, elle passera voir deux autres musées, enchaînera sur une visio-conférence pour « un lieu dans le Sud ». Et les honoraires ? « Chaque contrat est différent et chaque entité (musée ou scénographe) fonctionne différemment. » Le nombre d’expositions dont elle s’occupe varie aussi chaque année énormément, « de trois… à quinze ! ». Il faut donc, c’est désormais sûr, avoir les reins solides, un sens poussé du relationnel et… un bon vélo, pour devenir scénographe à plein temps.

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