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Série – Métiers des coulisses

Celle qui fait (vraiment) briller le Palais de Tokyo : Susana Ferreira

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Publié le , mis à jour le
Ils dépoussièrent, balaient, aspirent, nettoient. Plus dans l’ombre que quiconque, ce sont les gens du ménage, indispensables à la tenue des expositions et à des conditions de visites agréables. Beaux Arts part à la rencontre de ces professionnels dévoués et indispensables. Cette semaine, portrait de Susana Ferreira, agent d’entretien responsable du gigantesque Palais de Tokyo.  
Susana Ferreira nettoyant les espaces de la “Power Room” au Palais de Tokyo, Paris (devant les peintures de Jean-Michel Alberola)
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Susana Ferreira nettoyant les espaces de la “Power Room” au Palais de Tokyo, Paris (devant les peintures de Jean-Michel Alberola), 2019

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Photo Maurine Tric. © Adagp, Paris 2019

Susana Ferreira au Palais de Tokyo, Paris
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Susana Ferreira au Palais de Tokyo, Paris, 2019

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Susana Ferreira, arrivée en France à l’âge de 26 ans, en 1997, d’un petit village portugais dont on lui a promis de mentionner le nom – Melres, dans la municipalité de Gondomar –, fait ce boulot-là au Palais de Tokyo depuis six ans.

Photo Maurine Tric

Parmi les hommes et les femmes qui, en coulisses, font en sorte qu’une exposition puisse se tenir et durer le temps qu’il faut, il y en a qui demeurent encore plus dans l’ombre que quiconque. Ils s’affairent pourtant aux abords des œuvres, tous les jours, dimanche compris. Ils arrivent même sur les lieux avant tout le monde, pour que tout soit propre et net avant l’ouverture au public. Ils dépoussièrent, balaient, aspirent, nettoient. Ce sont les gens du ménage. Susana Ferreira, arrivée en France à l’âge de 26 ans, en 1997, d’un petit village portugais dont on lui a promis de mentionner le nom – Melres, dans la municipalité de Gondomar –, fait ce boulot-là au Palais de Tokyo depuis six ans.

L’intitulé exact de sa fonction est « responsable de site ». Et elle n’est pas tout à fait employée de l’institution, qui sous-traite en réalité cette activité d’entretien de ses espaces à la société Organet depuis 2017, succédant au précédent prestataire, Derichebourg. Mais le boulot bien sûr est resté le même et l’équipe aussi, soit 11 à 13 personnes placées sous la responsabilité de Susana, qui attribue à chacun une zone du gigantesque centre d’art parisien. « On embauche à 8 heures, détaille-t-elle. Il faut avoir terminé avant midi. Je suis la seule à travailler ici à temps complet, jusqu’à 16 heures. » En réalité, il faut compter pas mal d’extras, et la cadence suit le rythme de la vie d’une exposition. En période de montage, quand les déchets s’accumulent (le carton, le scotch, la poussière, les bâches plastiques, les gravas résultant de la construction des cimaises…), le travail est plus rude et les interventions des équipes se font en accord avec le régisseur et les monteurs… qui ont besoin d’espaces propres et dégagés pour s’attaquer au montage de l’œuvre d’à côté.

Susana Ferreira passant l’autolaveuse dans la galerie haute du Palais de Tokyo, Paris
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Susana Ferreira passant l’autolaveuse dans la galerie haute du Palais de Tokyo, Paris, 2019

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« Aujourd’hui, on a des machines qui aspirent et nettoient en même temps avec une efficacité plus précise ».

Photo Maurine Tric

Le ménage se fait donc au fur et à mesure de la progression de l’accrochage. Et si l’artiste décide d’effectuer des modifications dans l’installation de sa pièce, alors c’est à nouveau le chantier, et à nouveau un coup de balais à passer, ou plutôt un coup de « machine ». Car, comme dit Susana Ferreira, « aujourd’hui, on a des machines qui aspirent et nettoient en même temps avec une efficacité plus précise ». Une fois fin prête, l’exposition est passée au peigne fin par Susana, qui fait un tour dans les espaces « avec le régisseur, pour qu’il m’indique quelles sont les œuvres les plus fragiles, quelles sont les parties les plus sensibles, et à quelle distance on devra nettoyer au jour le jour ».

Susana Ferreira inspectant le “Toguna”
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Susana Ferreira inspectant le “Toguna”, 2019

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Une fois fin prête, l’exposition est passée au peigne fin par Susana.

Photo Maurine Tric. © Adagp, Paris 2019

Quelques précédents malencontreux ont dû inciter les assurances à réclamer que les œuvres d’art restent intouchables même par ceux, comme Susana, qui ont des doigts de fée…

Car ce ne sont pas les équipes de nettoyage qui polissent les œuvres. Ça, c’est le boulot des équipes de la régie, les seules à connaître sur le bout des doigts comment caresser les œuvres dans le sens du poil, et les seules à pouvoir endosser cette lourde responsabilité. On ne sait jamais ce qui peut arriver quand on y touche… Et quelques précédents malencontreux ont dû inciter les assurances à réclamer que les œuvres d’art restent intouchables même par ceux, comme Susana, qui ont des doigts de fée – ainsi, on ne sait trop où, ni trop quand, une installation de Joseph Beuys, recouverte de graisse et de beurre, aurait été récurée de fond en comble par un agent de service qui croyait bien faire. Quoi qu’il en soit, « nous, dit Susana, on s’en tient aux contours des œuvres ».

Les lendemains de vernissage sont un autre coup de chaud vaillamment traversé par les membres du service d’entretien. Susana le dit pudiquement : « Le travail est alors plus approfondi ». Et commence « aux alentours du Palais de Tokyo », à l’extérieur donc, « entre les deux musées où traînent les traces du vernissage et des milliers d’amateurs d’art et de bière ». Le matin, c’est aussi le moment où Susana salue les SDF qui ont passé la nuit aux portes du Palais. À la nuit tombée, ce n’est toujours pas l’heure pour l’équipe de nettoyage de ranger ses baquets. « Les espaces vides sont souvent loués par des entreprises qui y organisent leurs événements. Il faut donc maintenir des permanences. Le personnel d’astreinte est chargé d’intervenir si jamais il y a des dégâts. » Des dégâts comme ceux que ne manque jamais de causer le sabayon sucré au vin moelleux et ses dés de fruits renversés sur la moquette blanc cassé du banquet de l’entreprise trucmuche, par un invité qui aura forcé sur le pinot noir. Bref, jusqu’à minuit : une, deux, trois « et jusqu’à six personnes » sont d’astreinte. Et priées de passer l’éponge.

Susana Ferreira dans l’exposition de la Fondation Bettencourt « L’esprit commence et finit au bout de doigts » au Palais de Tokyo, Paris
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Susana Ferreira dans l’exposition de la Fondation Bettencourt « L’esprit commence et finit au bout de doigts » au Palais de Tokyo, Paris, 2019

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« Ici c’est un espace de liberté. C’est atypique. C’est tout le temps changeant, en fonction des expositions. Pour une ancienne sportive comme moi [elle a été championne du Portugal de canoë-kayak], qui aime la nature, les fleuves, c’est parfait. Chaque expo est un challenge et on s’attend à chaque fois à des choses nouvelles. »

Photo Maurine Tric

« Quand on travaille, on veut que ça soit réussi. Alors, on voit l’expo sans vraiment la voir. On passe sans trop regarder les œuvres parce qu’on est pressé. »

Susana Ferreira

C’est peu dire que la vie professionnelle de Susana est « chargée ». Mais elle l’aime. « Ici, clame-t-elle, c’est un espace de liberté. C’est atypique. C’est tout le temps changeant, en fonction des expositions. Pour une ancienne sportive comme moi [elle a été championne du Portugal de canoë-kayak], qui aime la nature, les fleuves, c’est parfait. Chaque expo est un challenge et on s’attend à chaque fois à des choses nouvelles. » Les expos, paradoxalement, alors même qu’elle passe sa vie dedans ou avec, Susana prend sur son temps libre pour les visiter. « Quand on travaille, on veut que ça soit réussi. Alors, on voit l’expo sans vraiment la voir. On passe sans trop regarder les œuvres parce qu’on est pressé. Celle-ci, [« Futur, Ancien, Fugitif »], je ne l’ai pas encore tout à fait regardée. J’ai juste jeté un regard furtif. J’attends de me poser et, dans quelques semaines, je viendrai avec une amie et on postera des images sur Facebook. » On est pourtant sûrs que Susana regardera aussi dans les coins pour vérifier que rien ne traîne. Déformation professionnelle.

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