Connaissez-vous Jean Hélion (1904–1987) ? Rien n’est moins sûr tant son art a été mal compris de son vivant. Car s’il a été un pionnier de l’abstraction, Hélion a fait le choix singulier de revenir ensuite vers la figuration…
Le musée d’Art moderne de Paris nous propose de redécouvrir, jusqu’au 18 août, cette figure passionnante à travers une rétrospective riche de plus de 150 œuvres, dont 103 peintures, 50 dessins, des carnets et de nombreuses archives.
« Jean Hélion est un homme libre », affirme la commissaire Sophie Krebs. « Quelqu’un qui est capable de tout abandonner pour aller dans sa propre direction. » Solitaire dans ses recherches, l’artiste n’a jamais réellement opposé l’abstraction et la figuration, d’où l’incompréhension de ses contemporains.
Né en 1904 en Normandie, fils d’un chauffeur de taxi et d’une couturière, Jean Hélion est issu d’une famille modeste. Après avoir suivi des études de chimie – qu’il abandonne toutefois assez vite –, il part pour Paris où il travaille comme dessinateur dans un cabinet d’architecture.
La ville est alors en pleine effervescence, et Hélion observe les artistes de son temps. Lui peint en autodidacte, boudé de ses contemporains. Une rencontre toutefois change sa vie. Le peintre uruguayen Joaquín Torres García le prend sous son aile, l’héberge et lui fait rencontrer « le gratin de l’avant-garde du moment », dont Alexander Calder.
« L’abstraction lui montre qu’il y a une réalité derrière. »
Sophie Krebs
« Pour lui, la peinture abstraite, c’est le langage de l’homme nouveau », explique Sophie Krebs. Ses recherches vont de pair avec son engagement politique. Pionnier, il fait partie des premiers à explorer la non-figuration… En 1936, il s’installe aux États-Unis, où il expose beaucoup et rencontre un franc succès.
« L’abstraction lui montre qu’il y a une réalité derrière. » C’est ainsi qu’il passe à la figuration, une « figuration empreinte de figures géométriques ». En 1939, au début de la guerre, il revient en France, s’engage et est fait prisonnier. En 1942, il trouve le moyen de s’évader et retourne chez lui, aux États-Unis. Le conflit mondial accélère sa course vers la figuration, et il multiplie les compositions (têtes, scènes de rue…).
Incompris des Américains, malheureux dans sa vie personnelle, il retrouve la France et Paris, où il travaille un réalisme plus simple, plus expressif. Jusqu’aux événements de Mai 1968, qui ravivent sa ferveur.
« Les dernières années de sa vie me paraissent d’une très grande légèreté, et gravité en même temps, » conclut Sophie Krebs. Perdant la vue peu à peu, le peintre cessera de créer dans les années 1980.
Texte : Maïlys Celeux-Lanval
Jean Hélion – La prose du monde
MAM - Musée d'Art moderne de Paris
Du 22 mars 2024 au 18 août 2024
Adresse : 11 Avenue du Président Wilson • 75116 Paris
Billetterie Beaux Arts présentée par Come to Paris.
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