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Poésie, collages et gros cigares : l’interview allumée de Prévert à la télé en 1961

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« Un quartier vieux comme Paris. Deux ailes d’un moulin rouge comme le vin. Trois bouteilles de vin rouge comme le sang, le sang d’un poète. » Cité Véron, paisible passage qui serpente à l’arrière du célèbre cabaret, rien ou presque n’a changé. C’est dans ce refuge à l’abri de l’agitation du boulevard de Clichy que Jacques Prévert (1900–1977), toujours entre deux adresses, s’est établi en 1955.

Bien que simple locataire des lieux, le poète a remodelé cette enfilade de petites pièces exiguës à son image avec l’aide de son complice de toujours, Alexandre Trauner. Ceux qui ont eu la chance de visiter ce nid perché derrière les ailes du Moulin-Rouge – qui n’ouvre ses portes qu’à de très rares occasions – savent que depuis la disparition du poète en 1977, tout est resté comme figé dans le temps.

Poète, scénariste, plasticien…

Interrogé par la télévision suisse en 1961, Prévert est assis à son bureau – le même qui est actuellement reconstitué dans l’exposition que consacre à cette éminente figure de la butte le musée de Montmartre, jusqu’au 16 février. Personnage haut en couleur de la scène culturelle en France, ce poète incontournable a aussi signé les scénarios et les dialogues de plusieurs monuments du cinéma (Les Enfants du paradis, Le Quai des brumes, Le Roi et l’Oiseau…), collaboré avec les plus grands artistes du XXe siècle (qui sont aussi ses amis) et développé, en parallèle de ses écrits, une œuvre plastique singulière – principalement des collages à l’esprit follement surréaliste.

Une collaboration avec Picasso

« J’écris pour faire plaisir à beaucoup et emmerder quelques-uns. »

Justement, Prévert présente à la caméra l’une de ses occupations du moment : un livre intitulé Diurnes, illustré par des collages de Pablo Picasso réalisés à partir de photographies d’André Villers. Mais il ne faut pas bien longtemps au poète pour s’échapper des carcans imposés par l’exercice du question-réponse. Il n’en fait qu’à sa tête ! Voilà qu’il divague à l’envi sur sa fascination pour l’univers de la nuit ou, dans un panache de fumée de cigare, sur la qualité des bureaux de tabac en Suisse.

Tout au long de ce quasi-monologue de près d’un quart d’heure, ses paroles s’écoulent dans un flot ininterrompu. « J’écris pour faire plaisir à beaucoup et emmerder quelques-uns », « Moi, j’aime la gauche car c’est la main de l’ouvrier. Même s’il n’est pas gaucher », « Tout contradicteur a le droit de se contredire ». Lorsque le journaliste tente en vain de l’interroger sur ses « collages burlesques », Prévert l’insaisissable s’échappe encore avec une pirouette : « Les gens se renouvellent en faisant la même chose de façon pas pareil. » Un savoureux exercice de style, dont seul le poète avait le secret.

Jacques Prévert, le rêveur d'images

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