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Série – Art & Pop culture

Le péplum et les peintres pompiers, même combat !

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Publié le , mis à jour le
Héros bodybuildés, glaives et décors grandioses… Genre populaire par excellence au cinéma, le péplum, de Quo Vadis ? à Gladiator, s’est directement inspiré de grands tableaux académiques. Une preuve de plus que l’industrie cinématographique et l’art officiel ne sont pas si éloignés l’un de l’autre. Transportons-nous au milieu de l’arène !
Jean-Léon Gérôme, Pollice verso
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Jean-Léon Gérôme, Pollice verso, 1872

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Huile sur toile • 96,5 x 149,2 cm • Coll. Phoenix Art Museum, Phoenix • © Deagostini / Bridgeman.

La scène est connue de tous. Au milieu d’une arène, un rétiaire, gladiateur armé d’un filet, mord la poussière. Sa tête est écrasée par un mirmillon au casque d’or. Tourné vers la loge impériale, le vainqueur scrute le signal : la sentence vient de tomber, les vestales disent non à la grâce du rétiaire ; il va mourir. Les spectateurs ont baissé le pouce ! « Très ancrée dans notre imaginaire de l’Antiquité, cette image ne transcrit pourtant pas une réalité de l’époque romaine », prévient Laurent Aknin, historien et critique de cinéma, dans une interview filmée pour le magazine Télérama en 2011. « C’est un pur fantasme, poursuit le spécialiste, inventé de toutes pièces par le peintre académique Jean-Léon Gérôme dans un tableau de 1872 intitulé Pollice Verso.  » En résumé, cette histoire de pouce levé, c’est du cinéma ! C’est d’ailleurs très exactement à travers le 7e art que cette image a été popularisée… Merci aux péplums qui ont pompé les peintres pompiers !

Joaquin Phoenix dans le film de Ridley Scott « Gladiator », 2000.
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Joaquin Phoenix dans le film de Ridley Scott « Gladiator », 2000.

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© 2000 Universal / Photo Jaap Buitendijk.

Dans les premiers péplums, les emprunts à la peinture académique portée sur l’histoire (appelée style « pompier ») sont légion : exemple avec un plan de Julius Caesar de William V. Ranous (1908) qui reprend La Mort de César (1859) de Gérôme. Mais revenons-en au fameux Pollice Verso et à ses multiples citations cinématographiques. Reproduit en gravures et en photographies, le tableau de Gérôme s’est fait connaître avant d’être acheté par un promoteur et de voyager aux États-Unis, où il demeure conservé de nos jours (au Phoenix Art Museum).

A gauche, Jean-Léon Gérôme, “La Mort de César”, 1867. A droite, James Stuart Blackton et William V. Ranous, “Julius Caesar”, 1908, scène de la mort de César.
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A gauche, Jean-Léon Gérôme, “La Mort de César”, 1867. A droite, James Stuart Blackton et William V. Ranous, “Julius Caesar”, 1908, scène de la mort de César.

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Huile sur toile • 85,5 cm × 145,5 cm • Coll. Walters Art Museum, Baltimore • © Bridgeman Images.

Quarante ans après son exécution, le réalisateur italien Enrico Guazzoni reprenait ainsi à l’identique la scène de Gérôme dans une séquence de quelques secondes de son film Quo Vadis ?, inspiré du roman historique à succès de l’écrivain polonais Henryk Sienkiewicz (1896) et sorti en salle en 1913. Elle-même repiquée en photographie, la saynète va devenir culte. Voilà comment le plan fixe sur le pouce levé de l’empereur se retrouve dans Quo Vadis de Mervyn LeRoy (1951), production américaine tournée dans les studios de Cinecittà, mais aussi, plus surprenant, dans Astérix Gladiateur (1964), bande dessinée d’Uderzo et Goscinny ou Spartacus de Stanley Kubrick (1960), avec Kirk Douglas en héros.

Un pollice verso dans le film de Stanley Kubrick, Spartacus, 1960.
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Un pollice verso dans le film de Stanley Kubrick, Spartacus, 1960.

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© Alamy Stock Photo.

Au début des années 1950, l’invention du CinemaScope, qui offre de beaux panoramas, va amplifier le phénomène d’emprunt du péplum aux peintres pompiers. Exemple avec Ben-Hur de William Wyler, colossal péplum aux 11 oscars, de 3h34, avec Charlton Heston, mythique dans la peau de Judah Ben-Hur, le prince de Judée : la fin du film joue des ombres portées pour accentuer la dramaturgie de l’ascension du mont Golgotha.

Alexandre Cabanel, Cléopâtre essayant des poisons sur des condamnés à mort
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Alexandre Cabanel, Cléopâtre essayant des poisons sur des condamnés à mort, 1887

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Huile sur toile • 87,6 × 148 cm • Coll. particulière • © Christie’s Images Ltd.

Un procédé auquel les peintres académiques ont déjà recours pour peu que l’on scrute de près le traitement de la lumière dans Cléopâtre essayant des poisons sur des condamnés à mort, exécuté par Alexandre Cabanel, ou toujours dans Pollice Verso de Gérôme. Avec une précision hyperréaliste, Gérôme a reconstitué la lumière filtrant à travers les velaria, ces larges panneaux de toile tendus au-dessus de l’amphithéâtre pour protéger les spectateurs du soleil. Soit exactement la même ambiance qui règne au cirque dans Gladiator, la superproduction de Ridley Scott, sortie sur les écrans en 2000. À propos du peintre pompier, Émile Zola écrira : « Monsieur Gérôme […] fait un tableau pour que ce tableau soit reproduit par la photographie et la gravure et se vende à des milliers d’exemplaires. Ici, le sujet est tout, la peinture n’est rien : la reproduction vaut mieux que l’œuvre. » Il ne pensait pas si bien dire !

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À lire : « Le Péplum »

De Laurent Aknin

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L'antiquité au cinéma

Par Hervé Dumont

À lire en ligne.

Retrouvez dans l’Encyclo : Jean-Léon Gérôme Alexandre Cabanel

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