Photographie : 15 talents à suivre, du figuratif à l’abstrait
Photographie : 15 talents à suivre, du figuratif à l’abstrait
Les grands rendez-vous de la photo auront bien lieu cette année en novembre. De Paris Photo au singulier salon Approche, Beaux Arts a repéré pour vous des artistes de tous âges, qui rivalisent d’imagination dans la réinvention du médium.
TENDANCES
4. Mettre sens dessus dessous la nature
Un nouveau genre de photo de paysage est né, entre visions romantiques et projections cauchemardesques.
Yang Yongliang, auteur de paysages cachés
Né à Shanghai en 1980. Vit et travaille à Shanghai. Représenté par Galerie Paris-Beijing, Paris.
Portrait de Yang Yongliang
© Yang Liongliang
Ancien disciple de Yang Yang, grand maître de la calligraphie, et du shanshui (« de montagne et d’eau »), Yang Yongliang est un adepte du noir et blanc. Une couleur idéale pour capter, à la manière de l’encre de Chine, la dimension onirique de ses paysages embrumés des temps anciens, parsemés d’arbres centenaires. En y regardant de plus près, on s’aperçoit que les ombres et les fantômes qui les accompagnent sont en réalité des tours d’usines, ou des pylônes électriques, et que les gratte-ciel ont remplacé les montagnes sacrées. Rétroéclairées par des lightboxes, ses impressions photographiques nous plongent dans un cauchemar sublime, celui d’une vision insomniaque où l’urbain et la montée des eaux submergent tout. Aussi fascinant qu’inquiétant.
Yang Yongliang, Sitting Alone by a Stream, 2019
Photographie • © Yang Liongliang / Courtesy Paris-Beijing, Paris.
À voir à Paris Photo
Mark Mahaney, poète de la glaciation
Né à Chicago en 1979. Vit et travaille à New York. Représenté par Kominek, Berlin.
Portrait de Mark Mahaney
Photo Jess Mahaney.
Pour réaliser Polar Night, Mark Mahaney s’est plongé dans l’obscurité et le froid glacial de Utqiagvik, petite ville d’Alaska située à l’extrême nord des États-Unis, juste en dessous du cercle arctique. Dans cette région, la nuit polaire dure soixante-cinq jours, le froid brûle la peau et la glace fige tout : les habitations, les véhicules, le temps. Habitué aux commandes commerciales et aux portraits de studio, le photographe américain sort de sa zone de confort et éclaire les ténèbres artificielles d’une ville soumise à un climat hostile, aux températures intolérables. Un territoire voué à disparaître, où la fonte des glaces est tout sauf une donnée abstraite. Loin d’être une illusion, Polar Night est « un poème visuel traitant d’endurance, d’isolation et de survie ». Glaçant.
Mark Mahaney, Polar Night #05, 2019
Photographie • Courtesy Mark Mahaney / Kominek, Berlin.
À voir à Paris Photo
Carla Cabanas, chroniqueuse d’une disparition
Née à Lisbonne en 1979. Vit et travaille à Lisbonne. Représentée par Carlos Carvalho Arte Contemporânea, Lisbonne.
Portrait de Carla Cabanas, 2018
© Alles Andre
Dans un paysage de bord de mer, une silhouette aveugle déambule dans la découpe des herbes hautes et des nuages du fond du ciel. Miroir d’une végétation brûlée par le soleil. Ailleurs, ce sont des photos de famille, de voyage et de piquenique consciencieusement abîmées. On y voit des femmes et des hommes qui posent face à l’objectif, peut-être le sourire aux lèvres. Difficile à dire, le scalpel est passé par là. Le projet de Carla Cabanas a pour titre : I Don’t Trust Myself When I’m Sleeping, résultat de ses insomnies et errances nocturnes. Parfois, les corps disparaissent complètement, absorbés dans un halo blanc et nimbés de feuilles d’or. Leurs fantômes subsistent, errent dans ses souvenirs, semblables au chat du Cheshire qui s’évanouit progressivement jusqu’à ce que ne demeure que son sourire.
Carla Cabanas, I Don’t Trust Myself When I’m Sleeping – Sometimes It’s So Hard to See, 2021
Photocollage • Courtesy Carlos Carvalho, Lisbonne.
À voir à Paris Photo
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