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Franz Xaver Messerschmidt en 2 minutes

En bref

Sculpteur baroque atypique, Franz Xaver Messerschmidt (1736–1786) a connu la gloire, le rejet puis l’oubli. Redécouvertes après sa mort, ses têtes de caractère, plutôt inquiétantes, sont aujourd’hui célèbres et exposées dans les plus grands musées internationaux. Les expressions que l’artiste fige dans la pierre ou le métal sont empreintes de vulgarité, de laideur ou de douleur. On peut les rapprocher de l’art des masques, commun à des nombreuses cultures. Fascinantes et répulsives à la fois, elles attirent autant qu’elles dérangent. Sont-elles l’œuvre d’un fou du temps des Lumières, d’un irrationnel dans un monde épris de rationalisme et de liberté ?

Autoportrait de Franz Xaver Messerschmidt, Pressburg
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Autoportrait de Franz Xaver Messerschmidt, Pressburg, vers 1870

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Albâtre • Coll. Bode Museum, Berlin • © Wikimedia Commons

On a dit de lui :

« Jamais, sauf peut-être Camille Claudel, en dehors naturellement de Michel-Ange et de Rodin, un sculpteur n’a été le centre d’autant d’études et d’interprétations passionnées que Messerschmidt. » Guilhem Scherf

Sa vie

Une famille de sculpteurs

Né dans le sud de l’Allemagne actuelle, Franz Xaver Messerschmidt appartient à une famille de sculpteurs. Orphelin très jeune, il est initié à cet art du volume par ses deux oncles, en particulier Johann Baptist Straub, un important sculpteur baroque munichois. En 1755, le jeune garçon entre à l’Académie des beaux-arts de Vienne. Talentueux sculpteur réaliste, Messerschmidt travaille pour la cour des Habsbourg et y connaît certains succès. Il réalise ainsi le buste de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche mais aussi des œuvres religieuses. Le sculpteur voyage à Rome pendant quatre ans, pour étudier l’antique, avant de revenir à Vienne. Il occupe un poste d’enseignant aux Beaux-Arts et sculpte le portrait du docteur Franz-Anton Mesmer, connu pour ses travaux sur le magnétisme et l’hypnose.

Des hallucinations handicapantes

Dans les années 1770, Franz Xaver Messerschmidt développe des troubles mentaux et se voit exclu de la haute société viennoise. Un poste de titulaire à l’École des beaux-arts de Vienne lui est refusé en raison de son caractère difficile (« borderline », dirait-on aujourd’hui). Souffre-t-il de schizophrénie ou de paranoïa ? Le psychiatre Ernst Kris l’affirme dans les années 1930. L’un des contemporains de l’artiste rapporte en effet que Franz Xaver Messerschmidt souffrait d’hallucinations, voyait des démons et des monstres menaçants. Toutefois, ce diagnostic posthume est soumis à débats, et nuancé par certains historiens de l’art car Messerschmidt a tout de même continué de travailler à des commandes officielles pour des personnalités importantes, telles que le duc Albert-Casimir de Saxe-Teschen. Il semble qu’il souffrait plutôt de crises, très invalidantes socialement.

Un artiste incompris

Franz Xaver Messerschmidt s’installe auprès de son frère, en Hongrie, après avoir échoué à s’établir à Munich. Il acquiert sa propre maison, à Pressburg (actuelle Bratislava). C’est à cette époque, dans les années 1770, qu’il débute son travail sur les bustes de caractère qui le rendront célèbres, mais aussi incompris. Il semble que l’artiste se prenait lui-même pour modèle, effectuant des grimaces, et se pinçant ou se piquant devant une glace. Messerschmidt rompt littéralement avec la tradition classique, cultive le grotesque, l’irrationnel et le baroque. Plus que les œuvres d’un fou, il s’agit de l’expression de sa passion pour l’étude des émotions et de la physionomie, dans la lignée de certains savants de son époque tel Johann Kaspar Lavater.

Une reconnaissance internationale (et posthume)

Désargenté, l’artiste est mort d’une pneumonie à l’âge de 47 ans, et la majorité de ses étonnants bustes n’ont été découverts que de façon posthume. Ses têtes de caractère se trouvent aujourd’hui dans les collections des plus grands musées du monde, tels que le Louvre, le Metropolitan Museum de New York ou le musée du Belvédère à Vienne.

Ses œuvres clés

Franz Xaver Messerschmidt, L’impératrice Marie-Thérèse
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Franz Xaver Messerschmidt, L’impératrice Marie-Thérèse, 1760

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Bronze doré • 90 × 75 × 53 cm • Coll. Belvédère, Vienne • © akg-images

L’impératrice Marie-Thérèse, 1760

Réalisé à l’âge de 24 ans par Franz Xaver Messerschmidt, ce buste de la très religieuse impératrice Marie-Thérèse d’Autriche signe l’entrée de l’artiste dans le monde privilégié de la commande royale. Œuvre virtuose, elle se caractérise par ses drapés savants et flottants. Jouant avec l’équilibre, entre mouvement et stabilité, l’artiste témoigne d’une grande maîtrise technique. À cette époque, Messerschmidt est considéré comme un artiste néoclassique très prometteur et réalise plusieurs portraits de la haute société viennoise.

Franz Xaver Messerschmidt, Tête de caractère
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Franz Xaver Messerschmidt, Tête de caractère, entre 1770 et 1783

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Plomb • 38 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © akg-images

Tête de caractère, 1770–1783

Ces têtes, dites « de caractère », n’ont pas été intitulées par l’artiste lui-même. C’est après sa mort, lors de leur révélation au public à la toute fin du XVIIIe siècle, qu’elles sont désignées sous des titres tels que Homme de mauvaise humeur ou Un hypocrite et calomniateur, attribuant une portée psychologique ou morale à ces portraits anonymes (ou autoportraits). Une chose est certaine, ces portraits lient l’intérieur à l’extérieur, donnent à voir des expressions ou émotions complexes (s’apparentant à des grimaces, des tensions excessives comme le montre le modèle ci-dessus), souvent connotées négativement par la société.

Franz Xaver Messerschmidt, L’Homme qui baille
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Franz Xaver Messerschmidt, L’Homme qui baille, entre 1770 et 1783

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Étain • 42 × 21,5 × 26 cm • Coll. musée des beaux-arts, Budapest • © Museum of Fine Arts, Budapest

L’Homme qui bâille, entre 1770 et 1783

Reconnaissons-nous sans peine l’ennui, au travers de ce portrait d’un homme qui bâille ? Il pourrait tout aussi bien s’agir d’un homme criant à s’époumoner, plongé dans un cauchemar extrême. Les œuvres de Messerschmidt sont ambiguës car elles peuvent donner lieu à plusieurs lectures sur l’expression des émotions et des comportements. C’est, du reste, ce qui les rend fascinantes et plutôt angoissantes. Comme à son habitude, l’artiste simplifie à l’extrême le portrait (pas de vêtements, ni d’accessoires) pour se concentrer sur l’expression faciale portée à son paroxysme.

Par • le 21 août 2023

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