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Sa renommée est longtemps restée attachée exclusivement à son œuvre poétique. Mais William Blake (1757–1827) est aussi un grand dessinateur, mystique, prophète romantique. Son œuvre littéraire est généralement accompagnée de dessins et de gravures de sa propre main, qui décrivent un monde halluciné, mystique, nourri de ses visions surnaturelles. Très habité par les thèmes religieux, Blake développe une lecture mystique de la Bible… mais refuse le dogmatisme et la morale chrétienne. Resté en marge à son époque, il n’est reconnu comme l’un des poètes majeurs de la modernité qu’à titre posthume.
Thomas Phillips, Portrait de William Blake, 1807
Huile sur toile • 92 cm x 73 cm • © National Portrait Gallery, Londres / AKG
« La nature n’a pas de contour, mais l’imagination en a. »
Né à Londres en 1757 dans une famille d’artisans, William Blake est destiné à devenir commerçant. Mais l’enfant se montre plus intéressé par le dessin que le négoce, sa mère soutenant sa passion. Manifestant le désir de devenir graveur, Blake est adressé par son père à un artisan de Londres pour faire son apprentissage. Il n’a que quatorze ans. Le jeune garçon est attiré par les sujets mélancoliques et propices à la rêverie, les ruines notamment.
Poète dès l’âge de douze ans, Blake compose des vers et des chansons. La fortune ne l’intéresse pas. Il veut créer de glorieuses figures, exprimer des sentiments divins que ce soit par la poésie ou le dessin. Le poète se croit sous l’influence de forces supérieures. Du reste, il aurait eu des visions dès l’enfance.
Blake mène une vie des plus simples et modestes. Après son mariage en 1773, il prend la plume, publiant lui-même ses poèmes de jeunesse, puis les illustre avec ses dessins gravés sur cuivre. À la même période, il commence à exposer ses travaux à l’Académie royale. Les thèmes sont généralement allégoriques ou religieux, et mettent en tension le bien et le mal, l’enfer et le paradis.
Blake est un admirateur des grands artistes du passé, de Michel-Ange à Shakespeare. Pour lui, l’imagination surpasse tout, notamment le rationalisme et le matérialisme de son époque. Selon l’artiste, les forces spirituelles de l’homme se trouvent en lui-même. Cette subjectivité le rapproche du mouvement romantique qui lui succède. Gnostique, voire spirite à ses heures, Blake se préoccupe de phénoménologie, avec beaucoup d’avance sur son époque. C’est par l’introspection que l’homme pourra déboucher sur la transcendance. En cela, Blake est parfois considéré comme un précurseur de Jung.
William Blake ne connaît pas la reconnaissance de son vivant. S’il meurt pauvre et inconnu en 1827, à l’âge de 69 ans, il devient célèbre au début du XXe siècle. Les surréalistes, notamment, le reconnaissent comme un annonciateur de la modernité.
William Blake, L’Ancien des jours, 1794
L’Ancien des jours
Dessin utilisé pour orner le frontispice du livre Europe a prophecy
Londres, British Museum
L’Ancien des jours, 1794
Bien que Urizen, le personnage représenté, soit l’un des noms de Dieu dans le Livre de Daniel, Blake en fait un habitant de sa mythologie personnelle. Urizen incarne pour lui l’ordre rationnel et matérialiste qui asservit l’humanité. Contrairement à une croyance répandue, cette œuvre ne semble pas entretenir de rapport avec l’univers maçonnique. Blake a le désir, dans ce dessin, d’égaler Michel-Ange qu’il vénère.
William Blake, Newton, 1795
Monotype • 460 × 600 mm • © Londres, Collection Tate Britain
Newton, 1795
Appartenant à une série de douze dessins de Blake tirés en couleurs, ce monotype représente Newton comme un personnage de la mythologie antique, fortement idéalisé. Assis sur un rocher recouvert d’algues, le personnage exécute avec attention un dessin au compas formant une trinité. Il ne s’agit guère d’un compliment formulé en faveur de la science… mais en faveur du divin. Newton, scientifique et mystique tout à la fois, se présentait d’ailleurs comme un envoyé de Dieu dans ses carnets intimes.
William Blake, Le Grand Dragon rouge et la femme vêtue de soleil, 1805–1810
Aquarelle sur papier • 43,7 × 34,8 cm • Brooklyn Museum, New York
Le Grand Dragon rouge et la femme vêtue de soleil, 1805–1810
Cette aquarelle appartient à une série de quatre œuvres sur la thématique du Grand Dragon. Animal légendaire, monstrueux et puissant, il est ici de dos et prêt à dévorer une femme enceinte. La scène fait référence à un passage de l’Apocalypse, Blake étant obsédé par ces thématiques. Il se détourne volontiers des textes canoniques de la Bible préconisés par l’Église. Blake semble fasciné par l’horreur, la stupeur et l’effroi.
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