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Bilal Hamdad, prodigieux peintre de la vie moderne et des maîtres anciens

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Publié le , mis à jour le
Il faisait partie des artistes contemporains présentés au musée d’Orsay pour le « Jour des peintres » : Bilal Hamdad, 37 ans, a quitté son Algérie natale pour la France, où il est devenu l’un des peintres les plus prometteurs de la jeune génération avec ses toiles peuplées de foules parisiennes et semées de clins d’œil à Courbet ou Vélasquez. Rencontre à Bruxelles, où la galerie Templon lui offre une mémorable exposition monographique jusqu’au 31 octobre.
Bilal Hamdad dans son atelier à Pantin, devant “Reflets”
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Bilal Hamdad dans son atelier à Pantin, devant “Reflets”, 2024

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© Irina Shkoda pour BeauxArts.com

En entrant dans la galerie, l’habituel silence des murs blancs laisse place à un brouhaha : des conversations, une musique de fond, des éclats de rire… C’est du moins l’impression sonore qui se dégage des grandes toiles que Bilal Hamdad (né en 1987) présente entre les murs bruxellois du galeriste Daniel Templon. Leurs personnages, face à nous, sont installés dans des bars, des cafés, en terrasse ; ils conversent, se confient. Dissimulés dans l’ombre, les cuisiniers et les serveurs travaillent, forces invisibles de la vie quotidienne.

D’emblée, l’impression est celle d’une absolue virtuosité. Il y a de la technique, du génie même, dans cette représentation si vivante de la vie parisienne. Le jeune peintre a l’art de représenter les mines, les étonnements, les regards fuyants, les expressions distraites. Devant ses œuvres de grands formats, ces mises en scène remarquablement orchestrées, on se dit qu’il sait regarder autour de lui, qu’il a l’œil – et que, par là même, l’homme est un tendre, ou plutôt un attendri, qui s’attarde sur les anonymes, parvient à les percevoir.

« J’étais focalisé sur le football »

Voilà pour la première impression, qui ne dit pas toute la profondeur de son travail, dont le regard s’est cultivé chez les grands maîtres de la peinture, Diego Vélasquez (1599–1660) puis Édouard Manet (1832–1883), auxquels il adresse dans ses toiles de nombreux clins d’œil. Mais revenons un peu en arrière. L’artiste, discret, posé, nous raconte ses premiers pas dans un petit village nommé Sfisef au nord de l’Algérie, puis dans une ville toute proche, Sidi Bel Abbès. « J’étais focalisé sur le football », dit-il aujourd’hui en souriant, « pas vraiment sur les études ».

Bilal Hamdad a l’art de représenter les mines, les étonnements, les regards fuyants, les expressions distraites
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Bilal Hamdad a l’art de représenter les mines, les étonnements, les regards fuyants, les expressions distraites, 2024

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© Irina Shkoda pour BeauxArts.com

Son père, peintre, écrivain, devine toutefois en lui une âme créative. Lorsque sa mère entend parler de l’ouverture d’une école d’art dans sa ville, c’est lui qui l’incite à y faire un tour. « J’y suis allé, pour lui faire plaisir. » Bilal Hamdad tente le concours d’entrée : « C’était catastrophique, mais ils ont pris tout le monde. » Puis, au fil du temps, la formation lui plaît, bien qu’un peu trop « académique » à son goût. Aussi la complète-t-il en France, d’abord à l’École nationale supérieure d’art de Bourges, puis aux Beaux-Arts de Paris, où il entre à 27 ans – un coup de chance, la limite d’âge de 25 ans venant alors tout juste de sauter.

Un peintre dans le métro

Il n’y a rien d’extraordinaire, pas d’action, juste un suspense, celui de la vie quotidienne.

« J’ai essayé d’autres médiums : la photographie, la vidéo… Mais je ne prenais pas de plaisir. » Il reprend donc la peinture, et commence à réaliser des compositions à partir d’images trouvées sur Internet, qu’il ose très vite porter en grand format, lui permettant une plus grande liberté d’agencement. Et se décide à prendre ses propres photographies.

Le regard de Bilal Hamdad s’est cultivé chez les peintres anciens, Diego Vélasquez, Édouard Manet, Francisco de Goya…
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Le regard de Bilal Hamdad s’est cultivé chez les peintres anciens, Diego Vélasquez, Édouard Manet, Francisco de Goya…, 2024

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© Irina Shkoda pour BeauxArts.com

Après avoir reçu le prix des Amis des Beaux-Arts en 2018, il expose entre les murs de la H Gallery. Bilal Hamdad entame alors une série de peintures autour du métro parisien. Des visions on ne peut plus urbaines, qui impressionnent immédiatement : l’artiste représente Barbès-Rochechouart, les passagers en attente ; ici une femme en boubou africain ; là une silhouette encapuchonnée qui hésite face à une volée d’escaliers.

Il n’y a rien d’extraordinaire, pas d’action, juste un suspense, celui de la vie quotidienne. L’ensemble bénéficie d’une grande exposition en 2022 à Cannes, au Suquet des artistes, sous le titre « Solitudes croisées ». Depuis, le mot « solitude » lui colle à la peau : il est dans tous les articles, comme un double, une ombre. Pourtant, sourit-il, ce n’est pas lui qui l’a choisi mais le commissaire, et lui-même n’y songeait pas vraiment ; il le dit, son sujet n’est pas la solitude.

Bilal Hamdad, Rive droite
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Bilal Hamdad, Rive droite, 2021

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Huile sur toile • 200 x 240 cm • Courtesy Bilal Hamdad et TEMPLON, Paris - Bruxelles - New York / Droits réservés © ADAGP, 2023

Il se rappelle néanmoins de la première fois qu’il a travaillé « sur le groupe », en 2021, pour la toile Rive droite : une mise en scène parfaitement naturelle de l’extérieur de la station de métro Barbès-Rochechouart, traversée de passants, d’un vendeur d’épis de maïs grillés sur un Caddie transformé en barbecue, de travailleurs en gilets phosphorescents… Puis, tout en haut des escaliers, un panneau publicitaire interpelle l’œil. La femme nue qui s’y niche n’est autre que le modèle de Gustave Courbet (1819–1877) dans L’Atelier du peintre (1854–1855).

Un réalisme social truffé de références

Bilal Hamdad, Lueur d’un Soir
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Bilal Hamdad, Lueur d’un Soir, 2024

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Huile sur toile • 245 × 200 cm • Courtesy Bilal Hamdad et TEMPLON, Paris – Bruxelles – New York / Droits réservés © ADAGP, 2023

La citation est celle d’un admirateur : Bilal Hamdad confie aimer Courbet, « son histoire, son art, son engagement ». Il s’inscrit dans la lignée de ce réalisme social qu’il admire, tout en jouant à truffer ses toiles de références, de clins d’œil. On le remarque alors : sur le mur, entre les graffiti, une vanité ancienne s’est nichée. Deux chiens, l’un debout en haut des escaliers, l’autre retenu par son maître, rappellent que les grandes toiles du XIXe siècle sont peuplées de canidés. À droite, une femme coiffée d’un turban nous lance un regard – elle est la seule à regarder le spectateur, pour mieux le faire entrer dans l’œuvre, et évoque un dispositif bien connu des maîtres anciens.

Cette toile, c’est donc l’histoire d’un basculement multiple. Vers la peinture de groupe, mais aussi vers une peinture qui cite, se faufile dans un héritage. Les toiles réunies à la galerie Templon sont ainsi semées de détails qui sauront parler aux connaisseurs de Manet et de Vélasquez. Il faut dire que toutes ces toiles ont été réalisées lors de la résidence de l’artiste à la Casa de Velázquez, à Madrid. L’occasion de journées entières passées à observer dans les allées du musée du Prado les œuvres de Vélasquez, mais aussi de Francisco de Goya (1746–1828), une autre de ses références.

De « L’Absinthe » aux « Ménines »

On s’amusera ainsi à repérer dans ses foules la triste silhouette de la dame esseulée de L’Absinthe d’Edgar Degas (1875–1876), le reflet du roi et de la reine des Ménines de Vélasquez (1656), une évocation de la mise en scène d’Un bar aux Folies Bergère de Manet (1882) dans une superbe nature morte… Cultivée en plus d’être technique, imprégnée d’histoire de l’art en plus d’apparaître fondamentalement actuelle, la peinture de Bilal Hamdad tient sa profondeur de ses contrastes. Ainsi que de son potentiel politique.

Bilal Hamdad devant « L’horizon I » 2022-2023
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Bilal Hamdad devant « L’horizon I » 2022–2023, 2024

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© Irina Shkoda pour BeauxArts.com

Car l’artiste nous parle aussi de la série qu’il montrera prochainement à la fondation Schneider de Wattwiller, des mises en scène de migrants, allongés morts dans l’eau à la façon du personnage shakespearien d’Ophélie peint par John Everett Millais (1851–1852). Ici, le lien établi par l’artiste entre un réalisme social d’aujourd’hui et une référence à une peinture ancienne est d’autant plus saisissant. D’autant plus troublant, à même de dire que les tragédies de papier deviennent, pour certains, de cruelles destinées. Bilal Hamdad, qui aime tant à inviter le spectateur dans la toile par les jeux de regards et les grands formats, fait aussi l’inverse, inviter l’art dans le réel, le réel le plus sombre qui soit. Vertigineux.

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Bilal Hamdad Reflets

Du 13 septembre 2024 au 31 octobre 2024

www.templon.com

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