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Jamel Shabazz, The Righteous Brothers, New York, 1981
Photographie argentique • Courtesy Jamel Shabazz / Bene Taschen Gallery, Cologne
Il s’est invité sur les murs des villes du monde entier, puis dans les galeries et les musées… Voilà que le street art fait désormais irruption dans un endroit plus inattendu encore : à l’église ! Désacralisée depuis la Révolution, l’église Sainte-Anne d’Arles se transforme, le temps des Rencontres de la photographie, en véritable temple du graffiti, faisant souffler entre ses hauts murs un brin austères un vent de révolte, d’urgence aussi – rafraîchissant, surtout dans la moiteur d’un été finissant.
De quoi « Au nom du nom » est-elle le nom ? Coproduite par le Palais de Tokyo, l’exposition rassemble une quarantaine d’artistes internationaux dans un parcours labyrinthique pensé par le commissaire Hugo Vitrani. Des couloirs du métro new-yorkais aux bas-fonds de LA, en passant par le terrain vague de Stalingrad ou la tranquille cité (en apparence) de Niort, nous voilà happé par l’énergie féroce de ces artistes qui ont fait de la ville leur atelier à ciel ouvert, se mesurant autant à son architecture monumentale qu’à ses recoins les plus crades et insignifiants.
Ce n’est pas une histoire du graffiti qui s’écrit sur les murs de l’église Sainte-Anne mais plutôt des bribes de récits formant un panorama façon kaléidoscope, qui puise aussi bien dans les gestes premiers de l’art pariétal que dans l’insouciance de l’enfance – la grotte se muant ici en tunnel de métro poisseux et l’aire de jeu en terrain vague.
Tania Mouraud, City performance N°1, 1977
Photographie • © ADAGP, Paris 2024 / Courtesy Tania Mouraud / Galerie Ceysson & Bénétière / Studio Mouraud
On retrouve au fil de ce parcours tentaculaire des visages et des noms bien connus, à l’image de Keith Haring (1958–1990) qui, quand il ne prend pas la pose avec son tout aussi mythique acolyte Futura 2000 (face à l’objectif de Sophie Bramly), sème le photographe Tseng Kwong Chi dans les couloirs du subway, où il dessine à la craie sur des emplacements publicitaires laissés vides.
Ari Marcopoulos, Sonoma, Californie, 2008
Photographie • Courtesy Ari Marcopoulos / Frank Elbaz
À ses côtés : Gordon Matta-Clark (1943–1978), qui au début des années 1970 sillonnait les quartiers les plus malfamés de New York avec son Graffiti Truck, mais aussi – cocorico – JR, Tania Mouraud… Ils côtoient des photographes tout aussi légendaires, qui se sont faits les témoins de ce bouillonnement artistique des marges, tels que Ari Marcopoulos, figure de l’underground new-yorkais (qui s’est vu aussi confier cet été une carte blanche au musée d’Art moderne de Paris) ou encore Jamel Shabazz, génial street photographer qui n’a eu de cesse d’arpenter les rues de Brooklyn l’œil vissé à l’appareil photo, immortalisant ainsi les prémices de la culture hip-hop. Dans ce tourbillon d’images, le graffiti échappe finalement à son destin. Éphémère par essence, le voilà promis à l’éternité !
Au nom du nom – Les surfaces sensibles du graffiti
Du 1 juillet 2024 au 29 septembre 2024
Église Sainte-Anne • 8 place de la République • 13200 Arles
www.rencontres-arles.com
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