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Art contemporain

À Bruxelles, la peintre Pélagie Gbaguidi ouvre son « antre » et son cœur

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Publié le , mis à jour le
C’est sa première exposition monographique en Belgique : la Béninoise Pélagie Gbaguidi, Bruxelloise d’adoption, dévoile cet hiver une série de peintures et de dessins dont la puissante anarchie retranscrit sa colère contre les désordres du monde. Une exposition (gratuite) à découvrir au sein de La Verrière, espace de la fondation Hermès.
Vue de l’exposition de Pélagie Gbaguidi « Antre », La Verrière
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Vue de l’exposition de Pélagie Gbaguidi « Antre », La Verrière, 2025

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© Isabelle Arthuis / Fondation d’entreprise Hermès

Ici, les murs sont blancs, hauts et presque intimidants… Pourtant, sous la lumière zénithale de la verrière qui a donné son nom à cette vaste salle d’exposition, il y a aussi un peu de l’atelier singulier de Pélagie Gbaguidi (née en 1965). Car les œuvres ne sont pas toutes encadrées mais, le plus souvent, accrochées simplement au mur. Car elle a dessiné sur les cimaises sans égard pour leur pureté, laissant là d’insouciantes traces de doigt. Car il y a même quelques modestes pages de carnet, ajoutées comme à la dernière minute pour raconter la source d’une idée, le travail au quotidien.

Autrement dit, il y a ce que l’on ne voit pas si souvent : l’« antre » d’une artiste – et c’est d’ailleurs ce mot magique qui donne son titre à cette nouvelle exposition de La Verrière. L’idée est celle du commissaire d’exposition Joël Riff. Celui-ci, comme bien des professionnels du monde de l’art, passe une bonne partie de son temps à rencontrer les artistes dans leur atelier. En approchant d’aussi près le travail de Pélagie Gbaguidi, en découvrant comment la Béninoise d’origine s’est approprié un ancien café de village « où on avait coutume de célébrer les mariages et de se retrouver après les enterrements », il a voulu en retenir la force fertile ; et ramener à La Verrière un peu de cet espace de vie…

Une artiste en dialogue avec d’autres

Portrait de Pélagie Gbaguidi
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Portrait de Pélagie Gbaguidi

Le commissaire a produit un accrochage tout sauf sage et policé. Fidèle à ses intuitions de dialogues et d’interférences entre artistes, il a d’ailleurs invité dans la danse le collectif de jeunes designers déjantés Aygo, qui présente plusieurs meubles fantasques.

Il a aussi disposé une œuvre de la géniale Hessie (1936–2017) – militante féministe dont le travail de broderie n’a été que tardivement et peu exposé –, un texte de Sophie-Marie Larrouy (née en 1984) ainsi  qu’une installation de la plasticienne belge Marianne Berenhaut (née en 1934), simplement composée d’un banc et d’une robe, signe de l’absence d’un corps.

Vue de l’exposition de Pélagie Gbaguidi « Antre », La Verrière
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Vue de l’exposition de Pélagie Gbaguidi « Antre », La Verrière, 2025

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© Isabelle Arthuis / Fondation d’entreprise Hermès

On n’entre pas tout à fait dans cette exposition comme dans une autre ! Il ne s’agit pas de suivre un parcours, de regarder les œuvres une à une, de lire les cartels – de toute façon, il n’y en a pas. Ici, on s’approche, on se baisse sur une page de carnet accrochée au bas d’un mur, on s’empare du texte de Sophie-Marie Larrouy, on s’installe sur une chaise d’Aygo. On s’imprègne de cet « antre » qui veut rendre hommage à celui d’une artiste fiévreuse, peintre mais aussi performeuse, aux colères et aux joies motrices.

Fièvres d’hier et d’aujourd’hui

Pélagie Gbaguidi convoque la mémoire de la colonisation, du Code noir et de l’esclavage, mais aussi de la représentation des femmes, de la violence…

Née à Dakar, passée un temps par la France et diplômée de l’École supérieure des arts Saint-Luc de Liège, Pélagie Gbaguidi se définit comme une « griote » contemporaine, s’inscrivant dans l’héritage de ces conteurs africains dont la mémoire se transmet par l’oral. Interrogeant le passé comme le présent (et par là même l’avenir), les œuvres de Pélagie Gbaguidi convoquent la mémoire de la colonisation, du Code noir et de l’esclavage, mais aussi de la représentation des femmes, de la violence, de la reconnaissance faciale.

Elle-même est une citoyenne engagée aux yeux grand ouverts. Qui, lorsqu’elle est invitée pour une biennale au Congo, en profite pour voir du pays, aller à la rencontre de femmes qui passent leurs journées à casser des pierres dans des carrières pour un salaire de misère… Elle tâche alors de les aider, un peu, en travaillant avec d’autres artistes autour d’une « chorégraphie de la survie ». Un projet artistique éloigné a priori des préoccupations de ces travailleuses pauvres, mais qui les a inspirées : « À la fin, elles ont toutes décidé de quitter la carrière », nous raconte l’artiste aujourd’hui.

Pélagie Gbaguidi, The Witness
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Pélagie Gbaguidi, The Witness, 2021

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Acrylique et pigments sur toile • 50 × 40 cm • Coll. Kunstmuseum Bâle • © Peter Cox / Courtesy Pélagie Gbaguidi

Au quotidien, Pélagie Gbaguidi peint et dessine avec frénésie et intensité, usant d’acrylique, de crayons de couleurs, de pastels, de fils brodés, et multipliant les supports, toiles, papiers mais aussi sacs à pain empruntés à la boulangerie du quartier de son atelier. Sa pratique expressionniste lui ressemble, elle qui sourit généreusement mais ne répond pas toujours aux questions – on pourra parfois se sentir un peu perdu et dérouté par ses intentions, quoique saisi par la force des coloris, les lignes gracieuses ou sauvages, l’impulsion de vie qui anime ses œuvres. Comme l’écrit Joël Riff, « ses œuvres sont des rebuts de langage, ce qu’il reste une fois que les choses sont dites ».

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Pélagie Gbaguidi. Antre

Du 15 janvier 2025 au 29 mars 2025

www.fondationdentreprisehermes.org

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