Vue de l’exposition de Roméo Mivekannin dans le Pavillon de verre du musée Louvre-Lens, 2025
© Manuel Cohen
Les regards sont fiers, les coups de pinceau fougueux, la démarche puissante. Dans le Pavillon de verre du Louvre-Lens (espace dédié aux expositions d’art contemporain situé tout au bout de la Galerie du Temps qui vient d’être intégralement renouvelée), le jeune artiste d’origine béninoise Roméo Mivekannin, né en 1986 en Côte d’Ivoire et installé à Toulouse, s’est prêté à un jeu sérieux : « entrer par effraction » dans des chefs-d’œuvre du Louvre. Des peintures témoins d’une époque qui laissait peu de place aux personnes noires…
Peints à l’acrylique sur des tissus de récupération plongés dans une décoction de plantes selon un rituel vaudou, puis cousus ensemble pour former d’immenses toiles suspendues, ses tableaux sans cadres revisitent avec panache de grands classiques tels que Le Radeau de la Méduse de Théodore Géricault (1818–1819) et Femmes d’Alger dans leur appartement d’Eugène Delacroix (1833). Espiègle, l’artiste a remplacé des visages par le sien. Tantôt triomphant au cœur de l’œuvre, tantôt dissimulé parmi ses figurants tel un caméléon, Mivekannin est partout : impossible de lui échapper ! De toile en toile, son regard intense, provocateur ou interrogateur, nous défie et nous prend à témoin.
Les œuvres détournées n’ont pas été choisies au hasard. Certaines, comme les portraits d’un riche couple de notables néerlandais, en habits noirs et cols de dentelle immaculée signés Rembrandt (1634), ou celui du cardinal de Richelieu (1635–1640), mettent en scène un pouvoir réservé aux Blancs.
Vue de l’exposition de Roméo Mivekannin dans le Pavillon de verre du musée Louvre-Lens, 2025
© Louvre Lens / Photo Frédéric Iovino
Non sans humour, Mivekannin se glisse dans leurs atours pompeux. À l’absence abyssale, l’artiste répond par une présence XXL, démultipliée, obsédante.
D’autres tableaux, au contraire, interrogent justement la place des personnes noires dans l’histoire de l’art, comme le Portrait de Madeleine de Marie-Guillemine Benoist (1800), qui représente une ancienne esclave posant assise en buste comme une Blanche de la haute société, mais objectifiée par son sein offert. Au sommet du Radeau de la Méduse, Roméo Mivekannin se glisse dans la peau du fameux homme noir de dos qui se démène pour alerter les secours – une figure héroïque que Géricault avait incluse pour s’insurger contre l’esclavage. Sauf qu’ici, l’homme se retourne vers le spectateur. Une revanche éclatante qui remet la face cachée de l’histoire au premier plan de la « grande » peinture.
Roméo Mivekannin. L’envers du temps
Du 5 décembre 2024 au 2 juin 2025
Musée du Louvre-Lens • 99 Rue Paul Bert • 62300 Lens
www.louvrelens.fr
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique
Au centre « Madeleine, after M.-G. Benoist – Série Modèle Noir », 2019