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CHAMONIX

À Chamonix, Artocène invite à sentir et à percevoir les mouvements des glaciers

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Publié le , mis à jour le
Chamonix, petite ville coquette et touristique, est couvée par le massif du Mont-Blanc et ses stupéfiants glaciers qui, depuis des millions d’années, avancent, reculent, changent ; témoins du réchauffement précipité du monde. C’est dans ce décor majestueux et révélateur que le festival Artocène a ouvert sa deuxième édition, à base d’expositions et d’événements performatifs. Un petit bijou de l’agenda artistique estival, à voir jusqu’au 17 juillet.
Charlotte Perriand, Le Refuge Tonneau au cœur de Chamonix
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Charlotte Perriand, Le Refuge Tonneau au cœur de Chamonix, 1938

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© Alexandra Rio - Les formes associées

L’art contemporain et ses grands rendez-vous – biennales, foires… – sont bien souvent accusés d’être déconnectés des lieux qui les accueillent. De Miami à Bâle, de Paris à New York, la création apparaît souvent uniforme, mondialisée. C’est ce qui frappe immédiatement à Chamonix : Artocène prend le parti affirmé de montrer entre les montagnes et les glaciers des œuvres qui leur font écho. Et quelle bouffée d’air ! Qu’il est plaisant de découvrir, entre les murs de la médiathèque, une exposition de photographies et d’archives autour de l’architecture des refuges de montagne, avant de visiter deux d’entre eux dans les rues du centre-ville. D’abord, le Refuge Tonneau (1938) de Charlotte Perriand, conçu avec des matériaux ultra-légers pour être facilement transportable en montagne, puis une audace contemporaine signée Dillon Garris, la Capsule Miroir (2022), qui invite les lignes d’un vaisseau futuriste entre les chalets de bois.

Charlotte Charbonnel, Molybdomancies
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Charlotte Charbonnel, Molybdomancies, Artocène, 2022

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© Alexandra Rio – Les formes associées

Un travail d’une beauté toute minérale, tout comme de nombreuses œuvres de l’exposition.

Un peu à l’écart de l’animation de Chamonix, c’est dans un ancien hangar de la compagnie du Mont-Blanc, où l’on prenait auparavant soin des remontées mécaniques, que se découvre le noyau du festival, exposition d’une petite quinzaine d’artistes contemporains. Dès l’entrée, le ton est donné : le Franco-Suisse Julian Charrière a posé sur le sol Not All Who Wander Are Lost (2019) [ill. ci-dessous], sculpture réalisée à partir d’un bloc erratique – une pierre détachée d’une roche par le mouvement des glaciers. Il y a foré de minces cylindres en reprenant la technique du carottage, bien connue des scientifiques. Alignés contre la pierre, elle-même creusée comme un gruyère, ces cylindres nous parlent de la transformation de la nature par l’homme, qui vient puiser informations et ressources jusqu’au fin fond des couches géologiques, riches de plusieurs siècles – voire millénaires – d’existence. Un travail d’une beauté toute minérale, tout comme de nombreuses œuvres de l’exposition.

Vue in situ d’Artocene, avec Julian Charrière et la photo de Noémie Goudal (à gauche)
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Vue in situ d’Artocene, avec Julian Charrière et la photo de Noémie Goudal (à gauche)

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© Alexandra Rio – Les formes associées

C’est aussi le cas du paysage en nuances de gris de Noémie Goudal, photographe qui fabrique des environnements pseudo-naturels, et évoque – encore – la trace que laisse l’Homme sur la Terre. Iceberg (2012) figure ainsi un glacier aux lignes un peu trop géométriques, émergeant de l’eau d’une drôle de façon. Île flottante de blancs d’œufs battus ou polystyrène savamment sculpté ? On hésite… Autre paysage, cette fois-ci documentaire et signé à nouveau de Julian Charrière : de véritables glaciers couverts de bâches géantes. Car c’est étonnant, mais c’est ainsi, pour les protéger de la fonte qu’ils accélèrent, les hommes ont découvert que les bâches pouvaient protéger les glaciers. Ce qui produit un paysage effroyablement angoissant…

Bloc de glace de l’installation de Tomoko Sauvage. À l’arrière plan, le tableau de Tomáš Predka
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Bloc de glace de l’installation de Tomoko Sauvage. À l’arrière plan, le tableau de Tomáš Predka

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© Alexandra Rio – Les formes associées

Plus légère, l’installation de Tomoko Sauvage fait résonner dans les lieux une douce mélodie : l’artiste férue de musique expérimentale a suspendu dans les airs de très gros glaçons, qui fondent sur des bols où sont placés des hydrophones, lesquels amplifient le son des gouttelettes. La mélodie est si charmante, si délicate, que l’on s’attarde volontiers dans cette salle où s’épanouissent également une peinture de Tomáš Predka, abstraction où différents gestes formulent un clin d’œil à la matière irrégulière de la glace, et des sculptures tout en plastique fondu d’Anouk Kruithof, sur lesquelles des impressions de photographies trouvées sur Google font apparaître des cataclysmes écologiques – l’analogie avec les glaciers se fait d’elle-même. À la réflexion, les sons délicats de Tomoko Sauvage annoncent eux aussi en filigrane la catastrophe, cette fonte prématurée des glaces qui menace l’environnement alpin.

Vue de l’exposition Artocène, avec les œuvres de Julian Charrière (au sol et à droite) et à gauche, Rafal Topolewski
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Vue de l’exposition Artocène, avec les œuvres de Julian Charrière (au sol et à droite) et à gauche, Rafal Topolewski

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© Alexandra Rio – Les formes associées

L’idée ? Donner à goûter et sentir l’histoire de ces paysages…

Pensée par Laurène Maréchal, fondatrice du festival vivant à Chamonix, et Laetitia de Chocqueuse, plasticienne – qui présente également une œuvre –, l’exposition se prolonge avec des conférences scientifiques (notamment du glaciologue Luc Moreau) et des activités, dont l’une est à retenir : les 26 juin et 10 juillet, la designer culinaire Perrine Bettin donnera rendez-vous en extérieur aux visiteurs pour vivre une performance à manger, dont nous avons eu un aperçu en avant-première. Assis en petit groupe au milieu des montagnes, chacun est invité à écouter l’histoire – bien sûr, liée aux glaciers – de Perrine, tout en dégustant de petites bouchées (dont une crème à lécher sur une pierre, pour sentir la glace glisser sur les rochers !) et en sirotant différentes boissons dont une infusion d’herbes. L’idée ? Donner à goûter et sentir l’histoire de ces paysages, solliciter la vue, le goût et l’odorat pour engendrer une expérience totale et holistique du passage des temps sur les glaciers… Car comme le dit Laurène Maréchal, mieux vaut tourner le dos aux récits « alarmistes » qui paralysent, et faire de nos corps, de nos impressions, de nos réflexions sur l’art, les acteurs d’une prise de conscience. Et, peut-être, d’un changement ?

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Festival Artocène. Glaciers et fluidité des temps

Du 18 juin au 17 juillet 2022

Expositions ouvertes tous les jours de 12h à 19h • https://www.artocene.fr/

Hangar de la Compagnie du Mont Blanc • 82 chemin des Sauberands, 74400 Chamonix-Mont-Blanc

Refuge Tonneau • Quai d’Arve, 74400 Chamonix-Mont-Blanc

Capsule Miroir • Place du Poilu, 74400 Chamonix-Mont-Blanc

Médiathèque • Route de la Patinoire, 74400 Chamonix-Mont-Blanc

Refuge du Montenvers • Impasse du Montenvers, 74400 Chamonix-Mont-Blanc

Retrouvez dans l’Encyclo : Charlotte Perriand

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