En partenariat avec Château de Chantilly

Les Très Riches Heures du duc de Berry – Janvier, détail
R-G Ojéda/RMN
On le surnomme « la Joconde des manuscrits », et pour cause : Les Très Riches Heures du duc de Berry, réalisées pour le compte du frère de Charles V, constituent l’un des plus précieux témoignages de l’art médiéval. Depuis le XVe siècle, ce fastueux livre de prières, riche de 131 peintures (66 grandes enluminures et 65 petites), n’a cessé de façonner notre imaginaire collectif. Ce au point qu’un certain Walt Disney aurait lui-même puisé dans ce joyau enluminé nombre de références visuelles et de motifs, notamment pour sa mythique Belle au bois dormant.
Le destin de ce manuscrit, qui fut oublié durant des siècles, est lui aussi digne d’un conte. Dans cette fabuleuse histoire, la bonne fée se nomme Henri d’Orléans, duc d’Aumale, qui en fit l’heureuse découverte dans un pensionnat de jeunes filles à Gênes. Immédiatement conscient de la beauté et de la rareté de sa trouvaille, ce bibliophile averti l’acquiert en 1856, pour la coquette somme de 18 000 francs. « Ce livre tient une grande place dans l’histoire de l’art : j’ose dire qu’il n’a pas de rival », s’émeut alors le duc qui s’entoure des meilleurs érudits de son temps pour étudier son trésor. Pour le conserver, il fait même réaliser sur mesure un luxueux coffret doublé de velours, au couvercle orné d’une plaque d’argent finement ouvragée.
L’Homme anatomique, f.14
Peinture sur vélin • Coll. musée de Condé, Chantilly
Pour comprendre la fascination qu’exerce ce précieux manuscrit, il faut remonter le temps. Vers 1411, le duc de Berry, alors au soir de sa vie, passe commande auprès des frères de Limbourg d’un imposant livre de prières. Originaires de Nimègue (actuels Pays-Bas), ces jeunes prodiges ont hérité de leur formation en orfèvrerie un sens du détail sans nul autre pareil, qui aujourd’hui encore éblouit quiconque pose son regard sur ces miniatures au raffinement exquis. Les plus emblématiques sont extraites du calendrier des mois, et représentent la vie quotidienne au Moyen Âge, au fil des saisons : labourage des champs, scènes de chasse et de banquets où s’invitent de facétieux petits chiens… Toutes se distinguent par leur palette de couleurs flamboyantes, à l’image de cet emblématique bleu lapis-lazuli, un pigment rare et particulièrement coûteux pour l’époque.
À gauche : Frères de Limbourg, Les Très Riches Heures du duc de Berry (Calendrier : Avril), 1411–1416 ; À droite : Frères de Limbourg, Les Très Riches Heures du duc de Berry (Calendrier : Septembre), 1411–1416
Peinture sur vélin • Coll. musée de Condé, Chantilly
Conformément aux dernières volontés du duc d’Aumale, ce trésor ne peut quitter le château de Chantilly, où il n’a été exposé que trois fois depuis la fin du XIXe siècle.
Hélas, le riche mécène décède sans voir l’aboutissement de sa commande, de même que les frères de Limbourg qui laissent donc leur chef-d’œuvre inachevé… C’était sans compter l’intervention, tout au long du XVe siècle, d’autres enlumineurs tels que Barthélemy d’Eyck et Jean Colombe, qui ont contribué à faire des Très Riches Heures du duc de Berry un véritable « livre-cathédrale » aujourd’hui unanimement considéré comme le plus beau manuscrit médiéval au monde. Conformément aux dernières volontés du duc d’Aumale, ce trésor ne peut quitter le château de Chantilly, où il n’a été exposé que trois fois depuis la fin du XIXe siècle, en 1937, 1956 puis en 2004.
Exceptionnelle donc, cette exposition s’inscrit dans une vaste campagne de restauration inédite du manuscrit, qui présentait des signes de dégradation dus au temps et aux manipulations : pages empoussiérées, traces de doigts, reliure abîmée, taches et autres craquelures de la couche picturale… Les Très Riches Heures sont ainsi passées entre les mains expertes des équipes du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF), qui a pu mener d’importantes analyses grâce à des technologies de pointe (photographie ultraviolette, imagerie hyperspectrale, réflectographie infrarouge, photomicrographie et autres). Celles-ci ont notamment permis de mettre en évidence les dessins préparatoires des frères de Limbourg, d’identifier les pigments utilisés ou encore de confirmer les attributions.
À gauche : La Purification de la Vierge, f.54 ; À droite : La Chute des anges rebelles, f.64
Peinture sur vélin • Coll. musée de Condé, Chantilly
Déreliés pour l’occasion, les douze premiers feuillets du calendrier – ensemble le plus célèbre du manuscrit –, sont exposés recto-verso dans des caissons blindés (conçus comme celui qui protège La Joconde au musée du Louvre). Le reste du précieux livre d’heures est lui aussi présenté, ouvert sur une double-page qui changera toutes les deux semaines. La restauration, qui n’est pas achevée, reprendra à la fin de l’exposition. Le joyau retrouvera ensuite la quiétude des réserves du musée Condé, après avoir sans doute livré ses ultimes secrets.
Les Très Riches Heures du duc de Berry
Du 7 juin 2025 au 5 octobre 2025
Château de Chantilly • 60500 Chantilly
chateaudechantilly.fr
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique