En partenariat avec Château de Chantilly

William Ross, Duc et duchesse d’Aumale et leurs enfants
Collection du château de Balleroy © Droits réservés
Leurs pieds courbés dessinent des arabesques. Richement ornés, les meubles d’André Charles Boulle trônent avec une assurance aristocratique dans les Grands Appartements princiers du Château de Chantilly. Les uns dans la Grande Singerie aux murs couverts de petits singes peints et de moulures dorées, les autres sous les lustres de cristal de la Galerie des Batailles, commodes et bureaux se fondent parfaitement dans l’opulence des lieux. Et pour cause : ils ont été conçus sur mesure pour le prince de Condé (cousin de Louis XIV et ancien propriétaire du château), le Grand Dauphin ou le Roi-Soleil en personne !
L’élégante couleur sombre de ces pièces de mobilier tranche avec les fleurs et feuilles d’acanthes virevoltantes qui les recouvrent de fins motifs lumineux, ainsi qu’avec les ornements en bronze doré qui courent le long de leurs jambes, encadrent leurs tiroirs, décorent leurs serrures et leurs poignées, et chaussent leurs pieds de feuilles ou de pattes d’animal. Au sommet de chaque pied de meuble, des têtes féminines à l’antique, parfois affublées d’ailes dorées, se dressent telles des figures de proue.
« C’était un véritable designer qui a créé son propre style, et a fait passer l’ébénisterie de l’artisanat à l’art. »
« Boulle était un très grand ébéniste, le plus grand ébéniste français », rappelle Mathieu Deldicque, commissaire de l’exposition, conservateur en chef du patrimoine et directeur du musée Condé à Chantilly. « C’était un véritable designer qui a créé son propre style, et a fait passer l’ébénisterie de l’artisanat à l’art. Pour les collectionneurs et les décorateurs, il est l’incarnation du ‘grand goût’. Depuis la deuxième moitié du XVIIIe siècle, il a fait l’objet de nombreux revivals, que ce soit à l’époque de Napoléon III, dans les collections du couturier Hubert de Givenchy ou, aujourd’hui, de la famille Al Thani ».
André Charles Boulle, Bibliothèque basse
© Musée du Louvre, distribution RMN-Grand Palais, Studio Sébert
Depuis l’exposition Boulle de 2009–2010 à Francfort, qui avait été secouée par un scandale de faux mobilier, les musées étaient restés frileux… Jusqu’à celle-ci, reconnue d’intérêt national par le ministère de la Culture. « Nous avons procédé avec une extrême prudence pour ne présenter que des pièces sûres », explique le commissaire, qui a travaillé en collaboration avec deux experts de renom, Sébastien Evain et William Iselin, et donné la parole dans le catalogue à 22 spécialistes de divers domaines, du marché de l’art à la dendrochronologie – méthode d’analyse et de datation du bois.
Fils d’un « menuisier en ébène » originaire du duché de Gueldre (actuels Pays-Bas) établi à Paris, André Charles Boulle a fait ses classes auprès de l’ébéniste parisien Jean Armand, qui l’a initié à la marqueterie d’ivoire et d’écaille de tortue, dont il deviendra le maître incontesté. Repéré par le ministre Colbert, il travaille à Versailles, pour la reine, pour le Grand Dauphin, puis pour le roi. Nommé ébéniste du roi en 1672, il obtient au sein du palais du Louvre un logement et un atelier, où s’activent de nombreux ouvriers.
André Charles Boulle, À gauche : Commode pour le Trianon ; À droite : Reliure
À gauche : © RMN-Grand Palais - Château de Versailles - Hervé de Lewandowski ; À droite : © BnF
« Sa force, c’est la continuité parfaite qu’il parvient à obtenir entre le bronze doré et la marqueterie », insiste Mathieu Deldicque devant « le plus beau meuble Boulle au monde » : une commode conçue pour la chambre de Louis XIV au Trianon. Autre objet remarquable du parcours, prêté par la BnF : une précieuse reliure de livre en bronze doré, étain et écaille de tortue, offerte à Louis XIV par un courtisan.
André Charles Boulle, Sanguine
© Les Arts Décoratifs, Jean Tholance
Le processus de création est complexe. Après des dessins préparatoires à la sanguine et à l’encre (dont les rares rescapés de l’incendie de son atelier en 1720 figurent dans l’exposition), et des dessins de présentation, Boulle se lance dans la marqueterie. Sur un support en chêne, il plaque un fond en laiton doré ou en étain, découpé pour y intégrer un motif en écaille de tortue, parfaitement emboîté – ou l’inverse : un fond en écaille, avec un motif en métal inséré.
Une fois les marqueteries collées sur le support, les différentes épaisseurs des matériaux sont égalisées avec une lime. Puis le tout est poli et verni. De fines gravures donnent ensuite du relief et de la vie aux motifs métalliques. Enfin, les ornements en bronze doré (masques d’Héraclite, têtes de femmes, « croissants », feuilles…), souvent reproduits d’un meuble à l’autre grâce à des moules, viennent apporter la touche finale. Un véritable travail d’orfèvre !
André Charles Boulle, Bureau De Vaux Le Vicomte, détail
© Guillaume Benoit
« C’est lui qui a popularisé le bureau et la commode, en leur donnant la silhouette avec laquelle ils ont traversé les siècles. Il est quasiment l’inventeur de leur forme moderne. C’est aussi lui qui a popularisé l’emploi du bronze doré dans le mobilier », précise Mathieu Deldicque. L’ébéniste réalise aussi des piédestaux à sculptures, des écritoires, des lustres ou encore de petites bibliothèques à rideaux. Au fil des ans, ses bureaux passent de huit pieds à quatre pieds, et ses meubles évoluent vers le style rocaille. Après un âge d’or créatif entre 1700 à 1720, l’incendie ravageur de son atelier en 1720 sonne le début de son déclin. Mais le succès de son style, redevenu à la mode dès la deuxième moitié du XVIIIe siècle, ne s’est jamais démenti !
André Charles Boulle
Château de Chantilly
Du 8 juin 2024 au 6 octobre 2024
Adresse : 60500 Chantilly
Billetterie Beaux Arts présentée par Come to Paris.
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