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Art numérique et design

Esch 2022 : des usines transformées en terrains d’expérimentation pour les mondes de demain

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Publié le , mis à jour le
Des méduses qui chantent, la Terre qui tremble, une forêt sensible à la musique… À Esch-sur-Alzette, cité luxembourgeoise devenue capitale européenne de la culture 2022, d’anciennes usines se transforment, deux mois durant, en pépinière bruyante où la technologie et l’organique conversent et se répondent. Plongée dans deux expositions qui imaginent les mondes de demain à travers design et art numérique.
Vue de la Möllerei qui accueille l’exposition “Earthbound – In Dialogue with Nature” à Esch-sur-Alzette
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Vue de la Möllerei qui accueille l’exposition “Earthbound – In Dialogue with Nature” à Esch-sur-Alzette

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© Franz Wamhof

Ceci n’est pas une exposition. Dans le bâtiment de la Möllerei (autrefois un entrepôt de charbon) qui accueille « Earthbound, en dialogue avec la nature » on ne fait que regarder : on touche des plantes, on écoute des vibrations de sable, on porte des gilets futuristes et des casques de réalité virtuelle. Bref, on expérimente. C’est précisément cela que défendent les commissaires Sabine Himmelsbach et Boris Magrini, pour qui « les arts des média [engagent] une perception et une sensibilisation élargie du monde ».

Sissel Marie Tonn & Jonathan Reus, The Intimate Earthquake Archive
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Sissel Marie Tonn & Jonathan Reus, The Intimate Earthquake Archive, 2016 – 2022

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© Franz Wamhof

Parmi les 19 artistes qui font ici le récit – interactif donc – d’une Terre où les humains et les nouvelles technologies cohabitent en harmonie, figurent Sissel Marie Tonn et Jonathan Reus, lesquels ont imaginé un vêtement capable de simuler de petites secousses sismiques. Au départ de leurs recherches, un constat : au cours des 32 dernières années, la région de Grottigen aux Pays-Bas a subi un nombre croissant de tremblements de terre dus à l’extraction de gaz dans l’immense gisement naturel de la région. Pour en faire l’expérience, il faut se munir d’un gilet équipé de transducteurs et se laisser remuer par ses vibrations répétées sur notre peau. Avec The Intimate Eartquake Archive, ils l’affirment : le mariage de l’art et de la science n’a jamais été aussi fécond pour nous secouer – sans mauvais jeu de mots – face aux changements géologiques, conséquences de notre exploitation des ressources terrestres.

Place au sensible, donc, mais pas n’importe comment : avec des outils numériques, qui servent à méditer de nouvelles coexistences avec toutes les espèces non-humaines de la planète. L’œuvre la plus impressionnante en la matière n’en est pas vraiment une : The Jellyfish de Mélodie Mousset et Eduardo Fouilloux est une expérience de réalité virtuelle nous invitant à interagir avec des méduses lumineuses dans un monde sous-marin. On crie, elles reprennent nos fréquences sonores, les imitent et nous répondent. Ainsi, si les colonies de méduses avaient une mélodie, ce serait celle-ci.

María Castellanos & Alberto Valverde, Beyond Human Perception
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María Castellanos & Alberto Valverde, Beyond Human Perception, 2020

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© Franz Wamhof

Entre jardins cybernétiques, forêt numérisée en 3D et plantes du futur, le lieu se transforme en pépinière bruyante…

Même décentrement dans Beyond Human Perception, une installation multimédia du duo Maria Castellano et Alberto Valverde, dans laquelle les plantes réagissent aux stimuli de la musique live. À l’aide de capteurs spéciaux permettant de mesurer les oscillations électriques qui les traversent, les plantes frémissent et battent le pouls d’une danse végétale quasi-imperceptible. Après tout, l’homo sapiens n’est qu’un vivant parmi les autres… C’est un peu ce que raconte cette manifestation : entre jardins cybernétiques, forêt numérisée en 3D et « plantes du futur », l’ancienne usine se transforme, deux mois durant, en pépinière bruyante où la technologie et l’organique conversent et se répondent.

Exposition à la Massenoire des étudiants de l’Ensad, Nancy
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Exposition à la Massenoire des étudiants de l’Ensad, Nancy

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© Marion Dessard

Non loin de là, dans le bâtiment de la « Massenoire », autre usine servant autrefois à la préparation de goudron, une dizaine de projets des étudiants de l’Ensad Nancy solutionnent plus qu’ils n’alertent. Leur mot d’ordre : « Encourager la lutte contre les pollutions, l’élaboration d’une « culture de la qualité de l’air » par une approche sensible et subjective. »

Exposition « Respire, pour un design climatique » à la Massenoire des étudiants de l’Ensad, Nancy
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Exposition « Respire, pour un design climatique » à la Massenoire des étudiants de l’Ensad, Nancy

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© Chloé Guillemart

Avec Respire, pour un design climatique, c’est toute une jeune génération de créateurs qui pensent le design comme un levier pour changer nos liens à l’environnement. Au cœur de leurs engagements, l’utilisation de matériaux traditionnels respectueux du vivant : l’osier, le chanvre et… l’air. Dans les trois chapitres qui rythment le parcours, on rencontre des projets de recherche menés sur la qualité de l’air de la région, une vannerie encourageant l’emploi de matériaux biosourcés, ou encore un gros cube de 15m3 posé au centre de l’espace, vide. Il ne l’est pourtant pas vraiment, nous disent-ils, car il est rempli de la quantité exacte d’air qu’on ingurgite chaque jour, comme un rappel à l’ordre face à cette ressource invisible mais précieuse.

Voilà qui clôt en douceur cette virée moins délurée qu’elle n’y paraît, un cocktail savant de projets parfois spéculatifs et souvent rigoureusement scientifiques : quand le futur se frotte au présent, c’est qu’il est déjà l’heure du monde d’après.

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Earthbound – In Dialogue with Nature

Du 4 juillet 2022 au 14 août 2022

citylife.esch.lu

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