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AIX-EN-PROVENCE

À l’hôtel de Caumont, Niki de Saint Phalle en « bâtisseuse de rêves » amoureuse des animaux

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Publié le , mis à jour le
À l’hôtel de Caumont d’Aix-en-Provence, une exposition met en lumière la place prépondérante des animaux dans l’œuvre de Niki de Saint-Phalle. Une relecture inédite, qui plonge le visiteur dans un fabuleux bestiaire peuplé de créatures étonnantes.
Vue de l’exposition “Niki de Saint Phalle, le bestiaire magique”
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Vue de l’exposition “Niki de Saint Phalle, le bestiaire magique”, 2025

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© Culturespaces / Nicolas Heron / © 2025 Niki Charitable Art Foundation / Adagp, Paris

Serpents multicolores, oiseaux facétieux, singes farceurs, dinosaures, licornes… Comme échappée d’un conte de fées, une improbable faune a pris ses quartiers d’été à l’hôtel de Caumont d’Aix-en-Provence. À l’occasion de l’exposition « Niki de Saint Phalle. Le bestiaire magique », la somptueuse bâtisse du XVIIIe siècle accueille entre ses murs, et jusque dans son paisible jardin, les irrésistibles créatures imaginées par l’artiste tout au long de sa carrière.

Figure incontournable de l’art du XXe siècle, Niki de Saint Phalle (1930–2002) est, pour le grand public, indissociable de ses « Nanas », ces joyeuses figures féminines colorées aux formes généreuses pleines d’allégresse dont l’omniprésence dans l’œuvre de l’artiste est abondamment commentée. En revanche, jamais une exposition n’avait encore mis en lumière la place des animaux dans le travail de la Franco-Américaine, pourtant centrale.

« Elle a toujours peuplé ses œuvres de différents animaux. Des animaux parfois imaginaires, comme des monstres ou des dragons, ou des animaux bien réels – auxquels elle a donné des définitions chaque fois très personnelles », explique Madeleine Balansino, chargée des expositions à l’hôtel de Caumont. « Lucia Pesapane, commissaire de cette exposition organisée en partenariat avec la Niki Charitable Art Foundation, apporte un nouveau regard sur l’œuvre de Niki de Saint Phalle. »

Pensées magiques

Le film Un rêve plus long que la nuit relate le cheminement d’une fillette dans un monde fantasmagorique peuplé de dragons et d’hommes-oiseaux.

Dès le début de sa carrière au sein des Nouveaux Réalistes, Niki de Saint Phalle, dont l’imaginaire est façonné par l’univers des contes de fées, puise son inspiration dans l’imagerie médiévale. Elle reprend à son compte les croyances du Moyen Âge qui associaient les animaux – réels comme fantastiques – à une pensée magique. Tantôt terrifiants, tantôt facétieux, ils se révèlent toujours ambivalents. Ainsi d’un (a priori) sympathique serpent doré qui s’enroule autour du corps d’une Nana à l’entrée de l’exposition : ne chercherait-il finalement pas à l’étouffer ? Et que dire de ce dragon féroce, tenu en respect par une fillette (Pink Nude with Dragon, 1958) ? Faut-il le craindre ou l’apprivoiser ?

Niki de Saint-Phalle, Le Dragon Rouge
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Niki de Saint-Phalle, Le Dragon Rouge, 1964

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Assemblage de plâtre, grillage, tissu, peinture aérosol, ficelle, cheveux et figurines en plastique • 87 × 132 × 58 cm • © 2025 Niki Charitable Art Foundation / Adagp, Paris / Photo André Morin photographe / Courtesy galerie Georges-Philippe et Nathalie Vallois

« Les monstres permettaient à Niki de Saint Phalle d’exalter les peurs et les tourments qui l’habitaient », explique Madeleine Balansino, qui rappelle que l’artiste a longtemps conservé dans sa chambre Le Monstre de Soisy (1966). Si cette monumentale créature ne figure pas dans l’exposition, de nombreux dragons, créés eux aussi à partir d’assemblages d’objets hétéroclites, surgissent au fil du parcours parmi d’autres figures monstrueuses aux traits semi-humains, à l’image d’une Femme éclatée (1963), au corps pulvérisé par l’accouchement d’un taureau.

Une créativité sans limite

Les monstres, Niki de Saint Phalle les a ainsi peints, dessinés, sculptés mais aussi filmés, comme en témoigne Un rêve plus long que la nuit, un long métrage réalisé en 1976 relatant le cheminement d’une fillette dans un monde fantasmagorique peuplé de dragons et d’hommes-oiseaux. Présenté pour la première fois en France dans sa version restaurée, il montre aussi la pluridisciplinarité de Niki de Saint Phalle dont les créatures fantastiques lui ont aussi inspiré des œuvres textiles, des bijoux ou encore les décors d’un ballet de Roland Petit, L’Éloge de la folie (1966).

Niki de Saint-Phalle, Last Night I Had a Dream
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Niki de Saint-Phalle, Last Night I Had a Dream, 1968–1988

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Plusieurs pièces en polyester peint • dimensions diverses • Coll. Niki Charitable Art Foundation • © 2025 Niki Charitable Art Foundation / Adagp, Paris / Photo Niki Charitable Art Foundation

Pensé comme un récit initiatique, le parcours de l’exposition invite ainsi les visiteurs à affronter les démons de l’artiste, avant de pénétrer, au deuxième étage de l’hôtel de Caumont, dans l’univers chatoyant des « Nanas ». Chose très regrettable cependant : à aucun moment n’est clairement mentionné (sauf dans le catalogue) le traumatisme vécu dans l’enfance par Niki de Saint Phalle, à savoir l’inceste commis par son père l’été de ses 11 ans.

Niki de Saint-Phalle, Serpent tête bleue
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Niki de Saint-Phalle, Serpent tête bleue, 1998

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Broche en métal doré et émaillé • 7,5 × 6 cm • Coll. Niki Charitable Art Foundation • © 2025 Niki Charitable Art Foundation / Adagp, Paris / Photo Niki Charitable Art Foundation

Ce drame paraît pourtant essentiel à la compréhension de certains symboles, à l’image du serpent dont l’artiste a longtemps éprouvé une peur panique – un motif qu’elle a à d’infinies reprises détourné pour conjurer ses blessures et qu’elle aborde sans détour dans Mon Secret (1994). Dans ce livre-confession bouleversant qu’elle a rédigé pour sa fille, l’artiste associe clairement son viol à « l’été des serpents ».

Une « bâtisseuse de rêves »

Réels ou fantastiques, les animaux ont inspiré à Niki de Saint Phalle, qui se définissait elle-même comme une « bâtisseuse de rêves », de prodigieuses sculptures habitables. Émerveillée par le parc Güell d’Antoni Gaudí et par le Palais idéal du facteur Cheval, elle a ainsi bâti, à partir de 1978 en Toscane, ce qui s’est imposé comme son grand œuvre : un Jardin des Tarots peuplé de sculptures monumentales aux formes zoomorphes, dont la fantaisie hors norme est habilement évoquée dans l’exposition par la présence d’objets tout aussi insolites : un Pouf serpent, une Hippo Lampe, un Grand Chameau vase

Niki de Saint-Phalle, Oiseau de feu / Sun God
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Niki de Saint-Phalle, Oiseau de feu / Sun God, 1982

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Polyester peint • 40 × 44 × 18 cm • Coll. Niki Charitable Art Foundation • © 2025 Niki Charitable Art Foundation / Adagp, Paris / Photo Niki Charitable Art Foundation

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Engagée dans la défense de grandes causes sociales, Niki de Saint Phalle a été a posteriori reconnue comme une pionnière de l’écoféminisme, dont les théories ont émergé dans les années 1970 en France et aux États-Unis. Dans le jardin de l’hôtel de Caumont, Le Poète et sa muse fait particulièrement écho à cette relecture contemporaine de son œuvre. Soutenue par un homme, qui contrairement aux représentations des débuts de l’artiste n’a rien de violent ou de sanguinaire, une Nana au corps recouvert de joyeux motifs bariolés s’élève dans les airs [ill. en Une]. À la place de ses bras, deux grandes ailes lui donnent l’allure d’une chimère triomphante. Une femme-oiseau qui savoure sa liberté et l’insouciance enfin retrouvée.

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Niki de Saint-Phalle. Le Bestiaire magique

Du 30 avril 2025 au 5 octobre 2025
Attention, les créatures fabuleuses et rugissantes de Niki de Saint Phalle débarquent au Centre d’art d’Aix-en-Provence. L’institution explore l’imaginaire libre et débridé de la créatrice à travers le prisme de la représentation animale. Un parcours pensé comme un conte de fées initiatique retraçant la carrière d’une artiste qui a transformé l’espace public avec ses projets monumentaux.

www.caumont-centredart.com

Retrouvez dans l’Encyclo : Niki de Saint Phalle Nouveau réalisme

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