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Fernand Léger, Les Quatre cyclistes, 1943-1948
Huile sur toile • 130,2 x 162,2 cm • Coll. Musée national Fernand Léger, Biot • © GrandPalaisRmn / Gérard Blot / © Adagp, Paris, 2024
« Il n’y a pas que les éléments naturels comme le ciel, les arbres et le corps humain ; il y a autour de nous ce que l’homme a créé qui est notre nouveau réalisme. » C’est en lisant ces lignes de Fernand Léger (1881–1955) que le critique et historien de l’art Pierre Restany (1930–2003) aurait trouvé le nom du groupe qui allait réunir entre autres Yves Klein (1928–1962), Arman (1928–2005), Niki de Saint Phalle (1930–2002) et Martial Raysse (né en 1936). Grand admirateur de son œuvre, Restany était aussi présent pour l’inauguration du musée Fernand Léger à Biot, en 1960, en compagnie de Raymond Hains (1926–2005).
Voilà pour les jalons historiques de ce dialogue entre Fernand Léger et les Nouveaux Réalistes, posés dès l’introduction par les trois commissaires de l’exposition « Tous Léger ! », Anne Dopffer, Julie Guttierez et Rébecca François. L’exposition ne s’appuie donc pas sur une réelle rencontre entre Fernand Léger et les Nouveaux Réalistes, mais sur le fil conducteur d’une expression, « nouveau réalisme », et sur ce qu’elle a signifié pour le groupe d’artistes éponyme, mais aussi pour d’autres noms des avant-gardes internationales, comme les artistes pop américains – Roy Lichtenstein (1923–1997), May Wilson (1905–1986), Robert Indiana (1928–2018) – ou le duo britannique Gilbert & George (nés en 1943 et 1942).
Deux collections, celle du musée Fernand Léger de Biot et celle du MAMAC de Nice (institution majeure pour les Nouveaux Réalistes), enrichissent l’accrochage, lequel va de thème en thème pour mettre en évidence les points communs qui unissent le peintre cubiste et ses héritiers. D’emblée, la scénographie joue la carte de la couleur, rapprochant dès le premier mur une Vénus bleue (vers 1961) d’Yves Klein et La Danseuse bleue de Fernand Léger (1930), deux figures féminines dont le corps azur signe l’envie de liberté, la modernité, et la relecture de motifs classiques de l’histoire de l’art.
À gauche : La “Vénus bleue” d’Yves Klein (v. 1962) ; à droite “La Danseuse bleue” de Fernand Léger (1930)
Yves Klein, "Vénus bleue (La Vénus d’Alexandrie), v. 1962
Pigment pur et résine synthétique sur plâtre
69,5 × 25 × 25 cm
Coll. Musée d’art moderne et d’art contemporain, Nice
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Fernand Léger, « La Danseuse bleue », 1930
Huile sur toile
146,5 × 114 cm
Coll. Musée national Fernand Léger, Biot
© Ville de Nice / Muriel Anssens © Succession Yves Klein c/o Adagp, Paris, 2024 // © GrandPalaisRmn / Adrien Didierjean © Adagp, Paris, 2024
Cette volonté de la scénographe Véronique Dollfus de penser l’exposition comme une célébration de la couleur, omniprésente dans la quasi-totalité des œuvres, s’accorde avec l’envie des commissaires de rendre hommage au caractère « foncièrement optimiste » de Fernand Léger. Sur les murs, des citations révèlent de piquantes réflexions anti-académiques. « Le beau est partout, dans l’ordre d’une batterie de casseroles sur le mur blanc d’une cuisine, aussi bien que dans un musée », déclare ainsi Fernand Léger en rouge vif, tandis que Martial Raysse raconte : « Pendant longtemps je suis allé dans les supermarchés, cela valait toutes les expositions permanentes d’un musée d’art moderne. »
Attentif à son époque, aux progrès techniques qui imprègnent son approche cubiste, Fernand Léger s’intéresse donc de près à la matérialité de la société capitaliste. Avec La Joconde aux clés (1930), il représente une icône de la peinture à côté d’un trousseau métallique, semblant mettre sur un pied d’égalité leur perfectionnement. Dans le catalogue, Rébecca François poursuit : « Les Nouveaux Réalistes, comme Fernand Léger près de trente ans plus tôt, focalisent leur attention sur le symbole de la société moderne : l’objet. Ils développent un culte des artefacts allant jusqu’à renouveler le genre de la nature morte et révolutionner l’histoire de l’art. »
Martial Raysse, Nissa Bella, 1964
Report photographique sur feutrine marouflée sur contreplaqué, acrylique et néon sur toile • 180 × 120 × 15 cm • Coll. Musée d’art moderne et d’art contemporain, Nice • © Ville De Nice / © Adagp, Paris, 2024
La filiation qui les réunit s’inscrit pleinement dans une société d’abondance, où les objets ont envahi les imaginaires (Arman et ses « Accumulations »), où les rues s’illuminent de néons (Martial Raysse, premier artiste français à en avoir inclus dans une œuvre picturale), où les artistes jouent de chimie comme de véritables industriels (Yves Klein et son IKB, un mélange de pigment pur et de résine synthétique mis au point en 1955). Une société, aussi, où l’on regarde la publicité avec fascination et défiance, comme Raymond Hains qui récupère des affiches déchirées ou Robert Indiana qui en reprend l’esthétique lisse.
Mais Fernand Léger est aussi un artiste des congés payés et des loisirs : « Battez-vous pour vos loisirs, pour vos libertés ; vous avez raison, écrit-il en 1937. Une fois ces libertés acquises vous pourrez vous cultiver, développer votre sensibilité et sentir la beauté et la nouveauté des arts modernes. » Il aime à représenter la joie nouvelle des week-ends de détente (Le Campeur, vers 1954), tandis que Niki de Saint Phalle célèbre des corps épanouis, sensuels, sportifs (Footballeurs, 1994). « L’art, c’est la vie », nous dit le titre de ce chapitre de l’exposition, indiquant une ère nouvelle du rapport aux œuvres. Dans cette logique, l’ultime salle du parcours se concentre sur deux grands projets à échelle architecturale, et met face à face l’église de Notre-Dame-de-Toute-Grâce du plateau d’Assy, pour laquelle Léger a reçu la commande d’une œuvre monumentale en façade, et le « Jardin des Tarots » en Toscane, parc de sculptures conçu comme une œuvre totale par Niki de Saint Phalle.
Keith Haring, Sans titre (n° 2557), 1986
Acrylique et huile sur toile • 240 × 240 cm • Coll. Musée d’art moderne et d’art contemporain, Nice • © Keith Haring Foundation, 2024
Quitte à étonner, le parcours se termine sur une peinture de Keith Haring (1958–1990), street artiste précurseur qui acte, comme le disait Léger avant lui, que « l’art n’est pas une activité élitiste réservée à l’appréciation d’un nombre réduit d’amateurs, il s’adresse à tout le monde. » Une conclusion légère, joyeuse et généreuse, à l’image de ce parcours d’œuvres gorgées de vie.
Tous Léger ! Avec Niki de Saint Phalle, Yves Klein, Martial Raysse, Keith Haring...
Du 19 mars 2025 au 20 juillet 2025
Musée du Luxembourg • 19, rue de Vaugirard • 75006 Paris
museeduluxembourg.fr
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