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Le ballet “Tricodex” de Philippe Decouflé interprété par les danseurs de l’Opéra national de Lyon avec les costumes de Philippe Guillotel
Photo Laurent Philippe
Il y a 32 ans sur nos écrans, virevoltaient des « oiseaux danseurs », acrobates suspendus à un parapluie géant lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver à Albertville. 3 500 artistes du monde de la danse, du cirque et des arts forains, revêtus de costumes fantasques multicolores se livraient à une inoubliable féerie.
Philippe Decouflé, en duo avec le costumier Philippe Guillotel, n’avait que 30 ans lorsqu’il révolutionna les ouvertures des JO. « Les années entre 1980 et 2000, c’était une période bénie pour l’art en France (…) une période insouciante, très heureuse parce que j’avais l’impression d’ouvrir des portes et que ça rendait les gens heureux », se souvient-il.
Portrait de Philippe Decouflé, 2022
© AFP / Photo Pascal Guyot
L’exposition estivale du Centre national du costume et de la scène (CNCS) à Moulins dédie la dernière salle de son parcours aux costumes de cet événement, suspendus sous un ciel étoilé ou présentés sur une estrade. L’occasion d’admirer de près les multiples crinolines, la veste en queue-de-pie géante du « musicien bizarre », ou le harnais avec klaxons de ce « musicien pouet ». « C’est mon chef-d’œuvre », annonce le chorégraphe en rentrant dans la salle, précisant aussi qu’il s’agit d’un an et demi de préparation pour répondre au cahier des charges : « Les couleurs, la jeunesse, le dynamisme de la France et la pureté du geste sportif ».
À gauche, le costume du « musicien bizarre » et à droite, le costume de « microbe » conçus par Philippe Decouflé et Philippe Guillotel pour la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver d’Albertville (1992)
Veste queue de pie à col montant évasé, longue queue de pie dans le dos se terminant en pointes. Salopette matelassée / Académique à cagoule en maille polaire écrue. Tubes agrémentés de franges • Coll. CNCS / dépôt de la Bibliothèque nationale de France • © CNCS / Terminal 33 / Photo Florent Giffard
« On recherchait beaucoup l’unité dans la danse contemporaine, alors j’ai décidé de trouver l’inverse. »
Né en 1962, Philippe Decouflé se forme au mime, au cirque, puis à la danse à New York avec Merce Cunningham. À défaut de devenir dessinateur de BD, son rêve d’enfant, il se met à dessiner ses propres costumes. « Ma culture, c’est la BD, la comédie musicale, la danse dans les boîtes de nuit, et aussi Oskar Schlemmer, chorégraphe du Bauhaus. »
Le spectacle « Octopus » joué au Théâtre national de Bretagne avec les costumes de Charlie Le Mindu, 2010
Photo Laurent Philippe
En 1983, il crée sa compagnie, DCA, à Bagnolet et, trois ans plus tard, présente le spectacle Codex au festival d’Avignon, son premier triomphe international inspiré du Codex Seraphinianus, une encyclopédie d’un monde imaginaire écrite par Luigi Serafini, qui le fait « basculer dans un autre monde. Des créatures fantastiques, des univers parallèles. On recherchait beaucoup l’unité dans la danse contemporaine, alors j’ai décidé de trouver l’inverse. Je suis parti de moi, je veux dire de mon physique. J’étais un gars trop maigre, court sur pattes ! Je ferai donc danser des gens comme moi. Dans Codex, j’étais une banane, un microbe, un fou du roi. » Il projette sur les danseurs « microbes » aux pieds palmés des images graphiques provenant de pellicules de films grattées.
De Codex à Octopus, de WieBo à Tutti, ses costumiers le suivent sur ses spectacles pour créer des femmes lustres avec des coiffes en filets de pêche, des écorchés avec des reins brodés dans le dos, des trenchs en papier marouflé à déchirer sur scène… Ces costumes burlesques répondent à son désir de « bizarrerie dans le mouvement, quelque chose d’extrême ou de délirant », explique-t-il, cherchant continuellement à modifier le corps du danseur par des excroissances, des échasses ou des tentacules qui prolongent le mouvement.
Le costume de « débouleuse » imaginé par Philippe Decouflé et réalisé par Philippe Guillotel. Il fut porté lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver d’Albertville en 1992
Robe-cagoule en jersey rouge et écru à armature en cerceaux concentriques. Ceinture à élastique • Coll. CNCS / dépôt de la Bibliothèque nationale de France • © CNCS / Terminal 33 / Photo Florent Giffard
« Avec Philippe, ça va très vite. Il faut que ça fuse », nous confie Jean Malo, l’un de ses fidèles costumiers depuis Albertville. « Il y a beaucoup de bidouille », précise-t-il en se remémorant les astuces de récupération des perles et sequins, les recherches de matières économes. On s’arrête ainsi devant les kimonos faits de carrés Hermès offerts par la maison, les combinaisons graphiques entièrement tricotées (l’œuvre de la costumière Laurence Chalou), ou cette robe bulle iconique du spectacle Shazam ! tout en dentelles de mousse plastazote qui ouvre le parcours.
La création « Solo » dansée par Philippe Decouflé en 2003
Photo Laurent Philippe
À l’approche de la cérémonie d’ouverture des Jeux 2024 à Paris, on ne peut s’empêcher d’espérer autant d’audace créative de la part du metteur en scène Thomas Jolly qui présentera « douze tableaux artistiques mettant en scène le patrimoine français, Paris, ses monuments et ponts qui jalonnent le parcours. » Même si Philippe Decouflé prétend qu’aujourd’hui il ferait « la cérémonie la plus sobre du monde » au vu des attentes surdimensionnées, il partage avec le jeune prodige du théâtre ce même goût du spectaculaire, cette même envie d’émouvoir le grand public. Rendez-vous le 26 juillet prochain sur les quais de Seine ou devant les écrans !
Planète(s) Decouflé
Du 25 juin 2024 au 5 janvier 2025
Centre national du costume de scène et de la scénographie • Route de Montilly • 03000 Moulins
www.cncs.fr
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