Article réservé aux abonnés
École ou style ? Le Bauhaus (1919–1933) est les deux à la fois. Cette école d’arts appliqués, laboratoire du modernisme, fut fondée à Weimar, en Allemagne. Elle a pour particularité de ne pas établir de hiérarchie entre les arts dits « majeurs » (architecture, peinture, sculpture) et ceux dits « mineurs » (design, mode, graphisme…). Sur le plan du style, il se veut minimaliste et fonctionnaliste. Au Bauhaus, l’art est total et pour tous ! De grands artistes tels que Vassily Kandinsky ou Paul Klee y ont collaboré. Son histoire fut mouvementée, en raison de ses déménagements successifs puis de sa fermeture par les Nazis en 1933. Mais son esprit demeure vivace ! Le Bauhaus est considéré comme un moment clé dans l’histoire des avant-gardes.
Les « Maîtres du Bauhaus » photographiés sur le toit du Bauhaus à Dessau, 1926
© Akg-images
« Ensemble, désirons, concevons et créons la nouvelle structure du futur, qui embrassera l’architecture, la sculpture et la peinture dans une seule unité. » Walter Gropius
Walter Gropius, architecte et designer allemand, est à l’origine de la fondation du Bauhaus en 1919, un institut né sur les fondations d’une ancienne école d’arts appliqués ouverte dans la ville de Weimar de 1901 à 1914.
Alors que l’Allemagne vaincue sort douloureusement de la Grande Guerre, pour Walter Gropius, directeur du Bauhaus, il s’agit d’innover et de faire table rase du passé. Il s’exprime en faveur du modernisme, en souhaitant notamment abolir la frontière entre les arts dits « nobles » et les arts appliqués, notamment industriels. Novateur, l’esprit de l’école s’inspire toutefois des confréries d’artistes du Moyen Âge. Tout doit être mis en commun au service de l’art.
Walter Gropius s’entoure de professeurs (qualifiés de maîtres) pour mener à bien son projet : Lyonel Feininger, Johannes Itten, ou encore Paul Klee, Vassily Kandinsky, Theo van Doesburg et Oskar Schlemmer. Dès le début des années 1920, une inflexion est prise en faveur de l’industrie, de l’architecture et de l’habitat moderne.
L’école accueille les étudiants sans prérequis. Le programme mêle cours pratiques et cours théoriques, et favorise la pluridisciplinarité. On y enseigne l’art de la forme, ainsi que la connaissance des matériaux et des techniques à travers différents ateliers (textile, verre, poterie, métal…). Des artistes peintres complètent les cours en travaillant sur la couleur, la ligne, les plans. Vassily Kandinsky et Paul Klee sont les deux piliers de l’enseignement des beaux arts au sein de l’école.
Le Bauhaus irrite les esprits conservateurs locaux. Aussi, en 1925, l’école doit changer de ville et s’installe à Dessau-Rosslau, une cité industrielle en mal de logements. Le terrain d’expérimentation parfait ! Pour commencer, le Bauhaus inaugure ses propres bâtiments, manifeste de son style : angles droits, murs de verre, jeux de volumes…
Walter Gropius se retire en 1928 et cède la place à Hannes Meyer à la tête de l’établissement. L’enseignement se démocratise et les ateliers produisent pour les masses populaires. Ludwig Mies van der Rohe lui succède rapidement. Mais dès le début des années 1930, le Parti national-socialiste local s’oppose à cet enseignement. Le Bauhaus doit une nouvelle fois déménager : il s’installe à Berlin.
L’épisode berlinois sera bref. Ludwig Mies van der Rohe réussit à sauver l’école en la transformant en institut privé, mais les Nazis accusent le Bauhaus de défendre des idées bolchéviques. Considéré comme une expression dégénérée, il ferme ses portes en 1933. La plupart des membres s’exilent à Chicago, où ils participent à la construction de gratte-ciels.
Walter Gropius, Le Bauhaus de Dessau-Resslau, 1925–1926
Photo Alan John Ainsworth / HIP / © Leemage
Walter Gropius (1883–1969)
Cet architecte allemand (plus tard naturalisé américain) est le fondateur du Bauhaus. Défenseur du fonctionnalisme tout comme Le Corbusier, Walter Gropius participe à la naissance d’une révolution esthétique qui conduira au Style international. Parmi ses réalisations majeures figure le bâtiment du Bauhaus de Dessau-Resslau, dont l’architecture est déterminée par les besoins et qui se caractérise par sa transparence (1926).
Paul Klee, Architectur, Transparent-Structural, 1921
Gouache, aquarelle et crayon sur papier • 23,3 × 32,8 cm • Coll. particulière / © Christie’s Images, Londres / © Scala
Paul Klee (1879–1940)
Paul Klee devient enseignant au Bauhaus de Weimar en 1921. Il occupe cette fonction pendant dix ans, formant non des artistes peintres mais des créateurs capables d’intervenir autant dans le domaine du design que de l’architecture. Durant le temps de son enseignement, il couche sur le papier de nombreux écrits théoriques et encourage les arts de la scène, tout comme son collègue Oskar Schlemmer.
Vassily Kandinsky peignant « Courbe dominante », 1936
Photo Boris Lipnitzki / © Roger-Viollet
Vassily Kandinsky (1886–1944)
Fondateur de l’art abstrait, Vassily Kandinsky rejoint lui aussi l’équipe des « maîtres du Bauhaus » en 1922, juste après son retour en Allemagne. Adhérant à l’idée de la synthèse des arts, il conduit l’atelier de peinture où il divulgue des théories scientifiques principalement axées sur la couleur. Avec Paul Klee, il est l’un des piliers de l’école. Il quitte le Bauhaus en 1932.
Ludwig Mies van der Rohe, Farnsworth House, Kendall, 1946–1951
Photo Grant Smith / © Hemis.fr (Alamy)
Ludwig Mies van der Rohe (1886–1969)
D’origine allemande, naturalisé américain en 1944, Ludwig Mies van der Rohe est connu pour ses travaux sur l’acier, le béton et le verre, dans un esprit constructiviste proche du groupe De Stijl. De 1930 à 1933, il est nommé directeur du Bauhaus de Dessau-Resslau. Il ne parvient pas à la sauver de la dictature nazie et devient même adhérent à la chambre de la culture du Reich, en dépit du désintérêt d’Adolf Hitler pour ses propositions. Il s’exile aux États-Unis en 1938.
À lire
Dans cet ouvrage de poids, l’historienne Magdalena Droste revient sur les quatorze années durant lesquelles des architectes, des artistes et des philosophes allemands se sont réunis dans une école d’avant-garde d’une folle liberté, pour penser la place de l’art dans la vie. À l’occasion du centenaire du Bauhaus, ce livre de référence, publié pour la première fois en 1990, a été actualisé avec l’aide du Bauhaus-Archiv de Berlin et réunit désormais plus de 500 photographies, reproductions de tableaux et plans architecturaux. Une bible.
Bauhaus, édition actualisée
Édition Taschen • 40 € • 25 x 34 cm • 400 pages
En savoir plus
Les festivités du centenaire du Bauhaus en Allemagne
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique
De gauche à droite : Josef Albers, Marcel Beuer, Gunta Stölzl, Oskar Schlemmer, Vassily Kandinsky, Walter Gropius, Herbert Bayer, Lázló Moholy-Nagy, Hinnerk Scheper.