En partenariat avec Métropole Rouen Normandie
François-Étienne Villeret, Rouen : la cathédrale vue Notre-Dame , vue de la façade ouest, 1832
© MBA Rouen
Si on a beaucoup parlé de la reconstruction de la flèche de la cathédrale Notre-Dame de Paris, une autre, avant elle, a connu le même destin : celle de la cathédrale de Rouen. Alors qu’elle traverse aujourd’hui un ambitieux chantier de restauration, le musée des Beaux-Arts de la ville normande propose de revenir sur l’histoire compliquée de celle qui a, un temps, été le plus haut édifice au monde – une exposition qui s’inscrit dans une vaste programmation liant cinq musées de la métropole de Rouen, intitulée « Reconstruire… » et visant à mettre en valeur les richesses des collections rouennaises.
Quiconque est allé à Rouen le sait : la cathédrale et sa flèche dominent la ville, piquant le ciel brumeux de leur hauteur vertigineuse. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, alors que la ville avait été changée en champs de ruines par les bombardements de 1944, elles semblaient surgir du néant, et donner à l’espoir la forme concrète d’un élan vertical. Pourtant, la flèche a longtemps été moquée par les habitants de Rouen. Notamment par l’écrivain Gustave Flaubert (1821–1880), lequel la décrit dans Madame Bovary (1857) comme « la tentative extravagante de quelque chaudronnier fantaisiste ».
Édifiée au XVIe siècle selon les plans du maître charpentier Robert Becquet, la flèche était entièrement faite de bois jusqu’à ce que la foudre la frappe en 1822, le 15 septembre à cinq heures du matin ; l’incendie est si violent qu’il fait disparaître la flèche en un peu plus de deux heures. Le spectacle marque les esprits. Le peintre Eustache-Hyacinthe Langlois (1777–1837) consacre à l’événement une petite toile, montrant les flammes et leur fumée furieuses s’élever dans le ciel bleu nuit…
Eustache Hyacinthe Langlois, L’Incendie de la cathédrale de Rouen, le 15 septembre 1822, Vers 1822–1823
© MBA Rouen
Rapidement, on décide de reconstruire la flèche. Non pas à l’identique, comme cela vient d’être fait à Notre-Dame de Paris, mais selon une esthétique néogothique, et surtout en fonte de fer. La révolution industrielle alors en cours inspire l’architecte en charge du chantier, qui ambitionne alors un bâtiment moderne, solide et constitué d’éléments préfabriqués. Celui-ci arrive de Paris, s’appelle Jean-Antoine Alavoine (1778–1834) et bâtira quelques années plus tard la colonne de Juillet, place de la Bastille.
Charles Mozin, Le port de Rouen en 1855, 1855
© MBA Rouen
L’homme est un précurseur : bientôt, Victor Baltard (1805–1874) et Gustave Eiffel (1832–1923) le suivront dans l’usage de ces techniques novatrices dans la construction. Cependant les travaux n’avancent pas… Alavoine meurt rapidement ; on manque de fonds, on subit de contrariantes intempéries, les architectes s’enchaînent… La nouvelle flèche n’est ainsi inaugurée que 60 ans plus tard, laissant des générations de Rouennais devant l’étrange et risible spectacle d’un bâtiment incomplet.
Le résultat vaut toutefois son pesant d’or : en 1876, l’ultime architecte du projet Jacques-Eugène Barthélémy (1799–1882) couronne d’un coq en cuivre la flèche, portant à 151 mètres sa hauteur et faisant d’elle le plus haut bâtiment au monde. Du moins, jusqu’en 1880, date à laquelle elle est dépassée par la cathédrale de Cologne. Pour raconter son histoire, le musée des Beaux-Arts de Rouen réunit donc dessins, peintures, extraits littéraires, sculptures et archives, et donne même accès à une matériauthèque offrant l’occasion d’approcher de près cette flèche remarquable – désormais entre les mains délicates de restaurateurs attentionnés, qui poursuivent l’écriture de son histoire…
Le Temps des Collections XII - Reconstruire... la flèche
Jusqu’au 2 juin 2025
Musée des Beaux-Arts de Rouen • Esplanade Marcel Duchamp • 76000 Rouen
mbarouen.fr
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