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À Rouen, le musée de la Céramique met à l’honneur des objets brisés

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Plat en céramique
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Plat en céramique

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© Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie

Exposer… des « terres brisées »… Mettre en valeur des vases, des assiettes et des objets décoratifs marqués par d’importants défauts de cuisson ou par des cassures… Ce pari un peu fou est celui du musée de la Céramique de Rouen, qui a décidé cet hiver de consacrer toute une exposition aux pièces marquées par l’indélicatesse des fours et des hommes.

Organisée à l’occasion des 160 ans du musée et des 40 ans de son installation dans l’hôtel particulier d’Hocqueville, celle-ci fait partie d’un grand projet réunissant actuellement cinq institutions de la métropole de Rouen – chacune proposant simultanément une exposition gratuite autour du thème de la « reconstruction », composée d’objets issus des réserves rouennaises.

Observer les défauts

Pour le musée de la Céramique, donc, place aux objets brisés, puisque « même des morceaux cassés méritent d’être exposés », s’enthousiasme la conservatrice Marie-Lise Lahaye. De fait, ceux-ci permettent d’étudier de près bien des aspects, tels les défauts qui précèdent la cuisson, par exemple. La paroi d’un pichet peut être trop fine, et s’effondrer sur elle-même dans le four. Les pièces peuvent être placées trop près les unes des autres, et fusionner dans la chaleur…

Céramique brisée
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Céramique brisée

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© Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie

« Ces conglomérats nous renseignent sur les techniques de cuisson employées dans les faïenceries à Rouen », détaille la conservatrice. Il y a aussi les défauts d’émaillage, causés par la présence d’un corps étranger comme de la poussière. Parfois, cela intéresse les artisans : « À l’issue de la cuisson, l’émail a tendance naturellement à se contracter en refroidissant. On parle alors de tressaillage », qui provoque l’apparition de craquelures. « La plupart du temps accidentelle, cette altération est parfois recherchée par les potiers pour son aspect esthétique. »

De maladresses en réparations

Pot en céramique
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Pot en céramique

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© Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie

Après les erreurs, viennent les maladresses : « Utilisée quotidiennement, manipulée plus ou moins soigneusement, chahutée par l’énergie d’un chat facétieux, résistant résolument aux coups de fourchette et de couteau qui laissent sur son revêtement les traces de la gourmandise, les dangers sont constants » pour les céramiques. En témoignent un adorable pot à lait du XVIIIe siècle qui a perdu l’un de ses pieds, ou encore une assiette au décor fleuri dont les bords ont été comme grignotés par les brisures

Un peu plus loin, une toile répond par le soin à ces blessures : Le Raccommodeur de faïences, peint dans la seconde moitié du XIXe siècle par Adolphe Binet, ouvre une fenêtre sur un métier oublié, dont le savoir-faire consistait à agrafer des céramiques cassées pour les reconstituer. Celle-ci nous introduit au dernier chapitre de l’exposition, consacré aux différents processus de réparation.

Assiette en céramique
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Assiette en céramique

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© Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie

Telles les agrafes, donc, mais aussi le très en vogue kintsugi, technique japonaise dont la laque d’or est utilisée comme de la colle. « Parfois, raconte encore la conservatrice, le choix est fait de ne pas restaurer une céramique, pour qu’elle rappelle aux yeux qui la contemplent son histoire mouvementée ou les histoires qu’elle a vécues. » Un éloge des défauts, dont on pourra étendre la leçon bien au-delà du musée !

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Le Temps des Collections XII – Reconstruire… les terres brisées

Jusqu’au 2 juin 2025

museedelaceramique.fr

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