Fondation Bernardaud

À Limoges, une éblouissante exposition fait craquer les amoureux de céramique

Par

Publié le , mis à jour le
Dans le berceau de la porcelaine, la fondation d’entreprise Bernardaud expose chaque année la crème de la création céramique. Pour cette édition, des artistes internationaux investissent le thème de l’absolu dans un parcours mettant le regard en surchauffe. On craque !
David Regan, The Grid
voir toutes les images

David Regan, The Grid, 2024

i

Grès, sgraffito • Coll. particulière • © Fondation Bernardaud / Photo Thierry Laporte

Comme un volcan, ça a explosé. Puis la matière s’est figée en cheminée. Pétrifiante vision ! Depuis 2016, Christian Gonzenbach (né en 1975) joue les sorciers : dans son four, il place un vase en porcelaine chinoisant bon marché soigneusement pris dans un caisson de sable réfractaire. Au creux du réceptacle, l’artiste coule de l’aluminium en fusion, à 800° C. Choc thermique, et effet visuel garanti.

Intitulée « Hanabi » (« feu d’artifice » en japonais), cette série de neuf pièces n’est qu’un exemple de l’extraordinaire palette artistique de la céramique dévoilée jusqu’en mars 2025 à la fondation Bernardaud, dans le berceau historique de la porcelaine, à Limoges.

L’absolu de la céramique

Chaque année, la fondation Bernardaud dévoile au grand public le savoir-faire et la créativité de la céramique, au travers d’une exposition réunissant des artistes internationaux trop peu montrés. « La dernière édition a conquis plus de 20 000 visiteurs », se félicite Hélène Huret au moment de prendre sa retraite de cette fondation d’entreprise créée en 2002 par le porcelainier, un patrimoine vivant né en 1863 à Limoges où la sixième génération familiale est en place.

La série « Sans titre avec poignées grises » de Peter Pincus (2019)
voir toutes les images

La série « Sans titre avec poignées grises » de Peter Pincus (2019)

i

Porcelaine colorée, lustre • Coll. particulière • © Fondation Bernardaud / Photo Thierry Laporte

C’est au cœur d’un immense four tunnel de la manufacture Bernardaud, où le feu a brûlé jusque dans les années 1930, que se déploient les œuvres des 16 artistes creusant le thème de l’ « Absolu » : « Toutes les pièces exposées sont le reflet d’une démarche et d’une écriture farouchement personnelles, identifiables entre toutes, obstinées et dénuées de hasard », explique Stéphanie Le Follic-Hadida, commissaire de l’exposition et fine spécialiste de la céramique.

Entre illusionnisme et poésie

Toshio Matsui, Œil visionnaire (Visionary Eye)
voir toutes les images

Toshio Matsui, Œil visionnaire (Visionary Eye), 2024

i

Terre cuite laquée imitant les anciennes poteries de Jomon • Coll. particulière • © Fondation Bernardaud / Photo Yuji Imamura

D’une œuvre à l’autre, l’œil est en surchauffe. Intrigué, on aimerait déballer les furoshiki jaune curcuma de Yu Tanaka (née en 1988), ces paquets nippons qui emballent traditionnellement un objet ou de la vaisselle, récréés de manière bluffante en drapés de grès.

Cette matière a aussi inspiré son compatriote Toshio Matsui (né en 1955), disciple du groupe de céramique sculpturale Sodeisha, initié après la Seconde Guerre mondiale dans l’archipel. Son procédé est unique : laquer des poteries, rallumant là les feux d’une technique vieille de 5 000 ans.

Méticulosité et patience sont aussi à l’œuvre dans les sculptures de David Regan (né en 1964) [ill. en Une], lequel ne produit pas plus de six pièces par an. Sur le « cuir » de sa porcelaine, il emploie la technique du sgraffito des Italiens de la Renaissance – grattant de la pointe de son stylet des heures durant un engobe noir pour dessiner ses scènes en grisaille. Les saisissants tableaux de Regan dépeignent la triste exploitation des animaux et des ressources naturelles de la planète au profit de l’économie.

À gauche, « Rose of Time » de Mariá Oriza Pérez (2024). À droite, « Balance in Movement in White 1 » de Paula Bastiaansen (2024)
voir toutes les images

À gauche, « Rose of Time » de Mariá Oriza Pérez (2024). À droite, « Balance in Movement in White 1 » de Paula Bastiaansen (2024)

i

Grès naturel et oxydes / Porcelaine • Coll. particulière • © Fondation Bernardaud / Photo Marja van Hassel

D’une fragilité angélique, les circonvolutions de la Néerlandaise Paula Bastiaansen (née en 1953), dérivées de la « bone china », un savoir-faire anglais réputé pour son extrême finesse, nous transportent dans des sphères aériennes. Un vent frais flotte aussi au-dessus de la grande sculpture de María Oriza Pérez (née en 1964) qui a entrepris de mettre en forme une Rose des temps, une œuvre inédite conçue pour la fondation Bernardaud. Couleur, lumière, craquelures… La vitalité des propositions enflamme !

Arrow

Absolu

Du 21 juin 2024 au 29 mars 2025

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi