Article réservé aux abonnés
Vue du cabinet d’histoire naturelle de Jean Hermann au musée Zoologique de Strasbourg, 2025
Photo M. Bertola / Musée de Strasbourg
Il avait fermé juste après les Journées européennes du patrimoine de 2019, il y a – exactement – six ans. Rien de plus logique, donc, que de boucler la boucle en choisissant pour sa réouverture ces 19, 20 et 21 septembre, entrant ainsi dans la danse de ce grand week-end qui célèbre monuments et musées partout en France.
Prestigieuse institution ouverte en 1893 autour des collections d’histoire naturelle du médecin et naturaliste Jean Hermann (1738–1800), le musée zoologique de Strasbourg a voulu évoluer, dépoussiérer son parcours et s’incarner en « musée de société, en prise avec les enjeux et les défis contemporains », se réjouit la maire de la ville Jeanne Barseghian (parti Les Écologistes).
Hall du musée zoologique de Strasbourg vu d’en haut, 2025
©Tilt and Shoot
Pour ce faire, plusieurs décisions ont été prises. Le geste le plus évident dès que l’on passe la façade classique du musée pour pénétrer dans son hall d’accueil, c’est de confier sa rénovation à l’agence d’architecture Freaks, très en vogue auprès des institutions artistiques et muséales (ils ont signé l’aménagement du quartier culturel Komunuma à Romainville, le Hamo au Palais de Tokyo, le nouveau site verrier de Meisenthal…). En entrant, on lève les yeux vers une extraordinaire structure métallique où se sont perchés toutes sortes de squelettes et d’animaux naturalisés (singe, oiseaux, ours, renard, tigre), structure dans laquelle, en grimpant aux 1er et 2e étages, on s’insère à notre tour sur de petits balcons, espèce parmi les espèces.
Vue du musée Zoologique de Strasbourg, 2025
©Tilt and Shoot
La rénovation a offert la possibilité de multiplier « les dialogues avec la communauté scientifique », nous explique Sébastien Soubiran, directeur adjoint du Jardin des sciences, afin d’aiguiser le regard sur les très riches collections du musée (il conserve plus de 1 200 000 spécimens différents, naturalisations, ensembles séchés ou préservés en alcool, préparations ostéologiques…), et bouleverser leurs présentations, en disant par exemple adieu aux mises en scène un peu trop théâtrales et narratives. L’institution a aussi nourri de nouvelles relations avec les autres musées de la ville, notamment en glissant par-ci par-là des dessins de Tomi Ungerer (1931–2019), figure phare de la ville dont le musée est situé à quelques minutes de là en tramway.
Les espaces d’exposition ont été agrandis, en passant de 1 200 à 2 000 m2. La scénographie, élégante et constamment parsemée de dispositifs interactifs, a été confiée à l’agence Ducks, et le parcours est désormais rythmé par différents temps forts, comme la salle des oiseaux, sublime avec ses vitrines en bois et ses 600 espèces de volatiles – on y fait vraiment de drôles de rencontres, avec des spécimens venus du monde entier. Ou encore les salles dites « totems », qui mettent en avant des pièces phares des collections du musée, dont un spectaculaire gorille, ou encore un loup, un crocodile, un éléphant de mer et un morse.
Autre salle « totem » importante, celle consacrée aux Blaschka. « La Joconde du musée », nous souffle en y entrant le directeur de l’institution, Samuel Cordier. De fait, il y a de quoi tomber en arrêt devant la beauté stupéfiante de ces modèles pédagogiques d’espèces marines, réalisés par un père et son fils, Léopold (1822–1895) et Rudolf (1857–1939) Blaschka, à la fin du XIXe siècle. Difficiles à conserver, les organismes vivants, pour être observés de près, ont exigé des scientifiques qu’ils collaborent dès le XVIIe siècle avec des artisans spécialisés et virtuoses, qui produisaient des objets en cire, en plâtre, en papier mâché ou en verre, comme ici.
Vue de la salle « totem » consacrée au modèles Blaschka du musée Zoologique de Strasbourg, 2025
Photo M. Bertola / Musée de Strasbourg
Originaire de Bohême, le père Blaschka s’est fait connaître de la communauté scientifique en fabriquant des prothèses oculaires ; en parallèle, il développait une technique de filage de verre ultra-fin, laquelle allait lui permettre, une fois installé à Dresde, de collaborer avec les universités et les muséums… Jusqu’à ce que le musée botanique de l’Université Harvard aux États-Unis lui fasse signer un contrat d’exclusivité, et que les Blaschka quittent pour toujours l’Europe.
Blaschka, Mollusque gastéropode (développement), 2025
Photo M. Bertola / Musée de Strasbourg
58 pièces différentes sont ici réunies dans les vitrines, pour la première fois dans leur intégralité. Elles sont mises en dialogues avec d’autres types de modèles pédagogiques, ainsi qu’avec les célébrissimes planches dessinées du médecin et biologiste Ernst Haeckel (1834–1919), lequel a été un ami proche de Léopold Blaschka. Le lien entre la recherche scientifique et l’art est alors évident, et nourri par le musée, on l’a vu ; ce dernier poursuit même la collaboration jusqu’à aujourd’hui, puisque pour son exposition temporaire d’ouverture « Biodivercité – les animaux de la ville », il a commandé différents dessins de pigeons, d’abeilles ou de rats à l’illustratrice naturaliste Valentine Plessy. Un très beau dynamisme, pour une réouverture qu’attendent tous les Strasbourgeois.
Musée zoologique de Strasbourg
29, boulevard de la Victoire • 67000 Strasbourg
www.musees.strasbourg.eu
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique