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Le projet lauréat du futur pavillon permanent du Qatar, qui occupera une place de choix au sein des Giardini, est celui de l’architecte franco-libanaise Lina Ghotmeh (vue de synthèse).
© Lina Ghotmeh – Architecture, 2025
Cela faisait près de trente ans qu’un pays n’avait pas édifié un pavillon dans les Giardini, où se tiennent chaque année, en alternance, la biennale de Venise consacrée aux arts plastiques puis celle dévolue à l’architecture. Après la Corée du Sud en 1996, le Qatar sera donc la 27e nation à se prévaloir de cet honneur et c’est l’architecte franco-libanaise Lina Ghotmeh qui en signera les plans – une première car jamais une femme n’en avait eu l’occasion.
En attendant l’alunissage de ce pavillon permanent dont une seule image a, pour l’heure, été révélée, le Qatar s’est replié dans une construction éphémère imaginée par la grande architecte pakistanaise Yasmeen Lari. Posée sur le site qui sera désormais le sien, en plein cœur des Giardini, cette modeste construction ronde et sans cloison a donc permis l’entrée en douceur d’un mastodonte financier moyen-oriental dont l’offensive sur le terrain du soft power est considérable.
Les musées se multiplient à Doha et « Beyti Beytak » (Ma maison est ta maison), l’exposition centrée sur l’hospitalité en architecture que le Qatar organise au Palazzo Franchetti, à deux pas du pont de l’Accademia, le confirme. Montée par le futur Art Mill Museum actuellement en construction sous la direction de l’architecte chilien Alejandro Aravena, elle convoque – sous les lambris – logements sociaux, villas modernistes, habitats d’oasis et mosquées signées par des femmes… Bref, tout y est.
Tout y est : voilà d’ailleurs ce qui pourrait résumer la 19e édition de cette biennale d’architecture, tant les projets et les propos y sont livrés dans un grand débordement. D’ordinaire, la manifestation se répartit en trois lieux : les pavillons des Giardini, le grand pavillon central de l’Italie (où se concentrent les travaux des invités triés sur le volet par les commissaires) et le long ruban de la Corderie de l’Arsenale.
Cette fois, le pavillon central étant fermé pour travaux, la Corderie est submergée d’installations spectaculaires et de propositions tous azimuts. Carlo Ratti, le commissaire de la biennale, directeur au Massachusetts Institute of Technology, un laboratoire spécialisé dans l’analyse et le suivi des nouvelles technologies destinées à préfigurer la ville du futur, ayant osé le néologisme « Intelligens » comme thème central, ce dernier se décline en trois phases (naturelle, artificielle et collective), chacune occupant un tiers des 300 mètres de la Corderie.
La première partie, « Natural », est la plus poignante. En introduction, le public est invité à traverser un hall sombre où ronronnent les climatiseurs de Terms and Conditions, une installation de l’agence Transsolar. L’air rejeté réchauffe l’atmosphère jusqu’à la saturer. Le message est clair : dans cette période pré-apocalyptique où le climat devient fou, les riches ne peuvent jouir de la fraîcheur qu’au détriment des pauvres condamnés à bouillir dans l’espace public.
Une fois ce constat posé, viennent les solutions. Les matériaux naturels y sont célébrés sous la patte de divers « starchitectes », Kengo Kuma (désireux de réparer les forêts dévastées par les cataclysmes), Andres Jaque, Studio Gang, Fundamental et d’autres. Partout la pierre, la mousse et les feuillages hybridés sont appelés à sauver la planète.
Baptisée « Artificial », la deuxième partie est plus obscure. La multiplication des robots y frise la ringardise et les data et graphiques de tout acabit frôlent l’incompréhensible. On s’y perd, on s’y noie. Reste la dernière séquence où le collectif est prié de redonner espoir à l’humanité par l’usage du dialogue et du partage. Peut-être. Tout au long de la Corderie s’étalent encore 600 mètres de projets internationaux. De quoi s’étouffer. Viennent alors les contributions nationales, celles qui, dénuées de pavillon central, se retrouvent exposées à l’Arsenale en rang d’oignon. Parmi celles-ci, l’installation minimaliste de Bahreïn a remporté le Lion d’or avec son système de contrôle des températures hérité de ses traditions vernaculaires (toits d’ombrage, tours à vent…).
Le pavillon de Bahreïn a reçu le Lion d’or pour « Heatwave », sous le commissariat de Shaikh Khalifa Bin Ahmed Al Khalifa. Conçue par Mario Monotti avec l’aide thermomécanique d’Alexander Puzrin, l’installation joue sur l’infrastructure modulaire pour répondre aux vagues de chaleur.
© Andrea Avezzù/ La Biennale di Venezia
Face au canal, Diller & Scofidio + Renfro, déjà bâtisseurs de la magnifique tente translucide abritant la librairie temporaire de la biennale, ont érigé une machine à dépolluer l’eau de la lagune pour la transformer en espresso. À côté, Norman Foster déploie une station de vaporetto tout en métal. Dans les Giardini, une vingtaine de pays donnent une version très décousue du thème retenu par Carlo Ratti. Le pavillon russe est fermé pour cause de boycott, le pavillon israélien en raison de troubles possibles, ce qui est regrettable car sa contribution est toujours surprenante. Le plus souvent, les équipes retenues par leur pays respectif ont dû plancher sur une installation sans même connaître le thème général.
Dans l’Arsenal, le Canal Café imaginé par Diller Scofidio + Renfro pour transformer l’eau dépolluée de la lagune en espresso.
© Michiel de Cleene. Courtesy La Biennale di Venezia
Le pavillon français, soutenu par les ministères de la Culture et de l’Europe et par l’Institut français, soucieux d’affronter les défis de l’époque, avait décidé de surfer sur l’instabilité du monde. Sous le titre « Vivre avec », le sujet est développé par une belle équipe réunissant les architectes Dominique Jakob & Brendan MacFarlane, Martin Duplantier, très actif sur l’aide à l’Ukraine, et Éric Daniel-Lacombe, qui œuvre à l’aménagement résilient de vallées inondées.
Le pavillon étant lui aussi fermé à l’occasion d’une réfection générale, ils ont dressé un échafaudage dont l’originalité est de s’étirer et descendre pour atteindre le canal, prouesse plus réglementaire que constructive. Les 40 projets internationaux exposés signent une ouverture aux autres généreuse et salutaire. On regrettera que l’esthétique générale soit pauvre et n’incite pas à se plonger dans cette somme d’idées foisonnantes.
C’est dans le pavillon espagnol que les questions qui agitent le milieu de l’architecture sont le mieux exposées. Concevoir un mode de construction qui n’épuise plus la planète, se détourne des processus d’extraction minière, recycle, réutilise, transforme… voilà l’idée. La mise en scène des éléments constructifs est léchée et même sublimée dans un portique formé de deux colonnes, l’une constituée de matériaux classiques – briques, parpaings, colle –, l’autre des mêmes éléments mais récupérés après démolition.
En un coup d’œil, on comprend tout. L’ensemble où l’ocre domine est d’une qualité visuelle et chromatique remarquable. À côté, le pavillon belge (flamand cette année, il sera wallon pour la prochaine édition en 2027) s’est transformé en serre. Si les plantes apparaissent d’emblée, un second plan dissimulé par un rideau révèle qu’elles sont suivies par des capteurs en batterie. « L’idée n’est pas de contrôler la nature mais d’apprendre d’elle pour mieux saisir comment elle se comporte, car en vérité nous ignorons encore beaucoup de choses sur la vie des plantes », explique le commissaire Bas Smets.
À l’intérieur du pavillon belge, une serre réalisée par le paysagiste Bas Smets et le biologiste Stefano Mancuso.
© Michiel de Cleene. Courtesy La Biennale di Venezia
Mention doit aussi être faite du pavillon polonais, le seul à oser l’humour. Tout ce qui nous angoisse dans nos intérieurs, clôture, porte, caméra de surveillance, extincteur, est mêlé à nos objets de superstitions, sel, fer à cheval et gris-gris. On en sort presque rassuré, ce qui est à saluer car, sous son propos expérimental et prospectif, cette 19e biennale dévoile le côté obscur de nos forces. Plus nous bâtissons, plus cela se dégrade. La planète a vraiment besoin d’« Intelligens ».
Biennale Architettura 2025, « Intelligens. Natural. Artificial. Collective »
Du 10 mai au 23 novembre 2025
Plus d’informations sur le site de la Biennale d’architecture de Venise
Catalogue de la Biennale
Architectural Landscapes
Du 17 avril 2025 au 22 novembre 2025
Ouverte en mai à Venise, la galerie Negropontes occupe le seul palais intégralement réaménagé par Carlo Scarpa : la Palazzina Masieri, une merveille où se lit l’attachement au détail de l’architecte.
Galerie Negropontes - Venise • 3900 Sestiere Dorsoduro • 30125 Venezia
negropontes-galerie.com
Diagrams. A Project by AMO/OMA
Du 10 mai 2025 au 24 novembre 2025
À la Fondazione Prada, l’exposition montée par AMO/OMA, l’agence de Rem Koolhaas, autour de la communication par cartes, tableaux, chiffres et symboles donne à voir 300 pièces fascinantes.
Fondazione Prada - Venise • Calle de Ca’ Corner • 30135 Santa Croce, Venezia
www.fondazioneprada.org
La fondation Cartier pour l’art contemporain par Jean Nouvel
Du 10 mai 2025 au 14 septembre 2025
Les futurs espaces de la fondation Cartier, avant l’inauguration cet automne à Paris, sont à découvrir à la Fondazione Giorgio Cini, sur l’île de San Giorgio Maggiore.
Fondazione Giorgio Cini • île de San Giorgio Maggiore • 30124 Venezia
www.cini.it
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