Un dialogue inattendu entre un peintre du XVIIe siècle et un artiste contemporain au musée de Grenoble, un focus sur l’art inuit à Paris, du street art sur la Seine… : comme chaque mois, la moisson d’expositions gratuites ne manque pas d’allure, ni de diversité.
De quoi confirmer le dynamisme culturel de cette rentrée exceptionnellement riche, dont nous vous avons déjà signalé les meilleures sorties culturelles un peu partout en France, ainsi que les festivals, les sorties littéraires, les nocturnes parisiennes et les spectacles. En avant l’art !
Speedy Graphito, Perfect World, 2020
Peinture digitale • Coll. particulière • © Adagp, Paris 2024
Il est l’un des pionniers du street art en France : Speedy Graphito, de son vrai nom Olivier Rizzo (né en 1961), s’est échappé de la rue pour venir se réfugier sur la péniche du centre d’art urbain flottant Fluctuart, amarrée dans le 7e arrondissement de Paris. Le peintre hyperactif, qui compile des symboles et figures de la culture populaire en d’intenses compositions colorées, investit le bateau avec une œuvre monumentale, aussi longue qu’une fresque urbaine… Et en volumes ! Pour cette œuvre qui joue d’associations insolites, l’artiste s’amuse avec l’histoire de l’art, faisant apparaître – plus ou moins déguisés – des motifs de Johannes Vermeer, de Damien Hirst, de Diego Vélasquez, de Piet Mondrian, de Sandro Botticelli ou encore d’Eugène Delacroix. De quoi orchestrer un petit jeu d’identification avec votre comparse de visite, et de parier un verre au bar de la péniche.
Speedy Graphito. La grande illusion
Du 19 septembre 2024 au 22 décembre 2024
Fluctuart • Pont des Invalides • Paris
fluctuart.fr
Pudlo Pudlat, S’installer pour la Nuit (Settling for the Night), 1989
Illustration • Coll. Claude Baud et Michel Jacot • © WBEC, Kinngait, Nunavut
Trop rare en France, l’art inuit trouve cet automne une place de choix au Centre culturel canadien. L’institution, installée dans le 8e arrondissement de Paris, réactive l’un des « grands succès de l’histoire du Centre », explique la commissaire Catherine Bédard, soit une exposition réalisée en 2013 grâce à la collection de Claude Baud et Michel Jacot, et riche de dizaines d’œuvres sur papier et de sculptures. En plus de reprendre une partie de son accrochage, l’exposition entend célébrer la longévité d’une coopérative d’artistes inuits, installée depuis 1959 dans le village de Kinngait, en se concentrant sur son exceptionnelle production. « Trois générations d’artistes » sont ici représentées, précise Catherine Bédard, couvrant une cinquantaine d’années de création. Une autre artiste complète le panorama : Shuvinai Ashoona (née en 1961) ne fait pas partie de la collection de Claude Baud et Michel Jacot, mais a été remarquée jusqu’à la Biennale de Venise, et « nous fait voir le monde contemporain inuit d’une toute autre manière », appuie la commissaire, en mettant notamment l’accent sur « les problèmes réels associés à la vie transformée, traumatisée même, de cette culture. » Passionnant.
Kinngait, Nunavut. La collection Claude Baud et Michel Jacot
Du 2 octobre 2024 au 17 janvier 2025
Centre Culturel Canadien • 130 Rue du Faubourg Saint-Honoré • 75008 Paris
canada-culture.org
Détail de l’œuvre « Ether » réalisée par Cécile Beau
© Cécile Beau
C’est l’un des plus beaux sites du Val-d’Oise : l’abbaye de Maubuisson, coutumière des expositions d’art contemporain, a cette fois-ci convié Cécile Beau (née en 1978) et Grégoire Scalabre (né en 1974) à interagir avec son patrimoine et son paysage. Les deux artistes ne travaillent pas en duo, mais leurs recherches se rejoignent. Diplômée des Beaux-Arts de Tarbes et de Marseille ainsi que du Fresnoy, Cécile Beau aime à s’intéresser aux « phénomènes trop lents, trop lointains ou trop discrets pour l’échelle de temps humaine », explique-t-elle, à travers des œuvres où le son et la matière plastique dialoguent. Formé quant à lui aux Beaux-Arts de Dijon et à l’Institut de céramique française de Sèvres, Grégoire Scalabre crée de spectaculaires sculptures à partir d’éléments en porcelaine, qui perdent leurs fonctions utilitaires pour s’éparpiller en atomes de beauté et d’harmonie… Leur dialogue, initié par l’abbaye, s’accorde à un intéressant programme de discussions, visites dansées et performances.
En deçà de l'invisible. Cécile Beau & Grégoire Scalabre
Du 6 octobre 2024 au 23 février 2025
Abbaye de Maubuisson • Avenue Richard de Tour • 95310 Saint-Ouen-l'Aumône
www.valdoise.fr
Tarek Lakhrissi et Ugo Rondinone réunis à Reiffers Art Intitiatives pour initier leur collaboration
© Reiffers Art Initiatives / Photo Stéphane Gallois / © Adagp, Paris 2024
Chaque année, depuis 2021, le fonds de dotation Reiffers Art Initiatives propose à un artiste confirmé de prendre sous son aile une jeune pousse de l’art, pour un mentorat qui s’achève en une exposition dialogue. Après Rashid Johnson et Kenny Dunkan, Kehinde Wiley et Alexandre Diop, et Lorna Simpson et Gaëlle Choisne, place donc cet automne au toujours génial Ugo Rondinone (né en 1964) et Tarek Lakhrissi (né en 1992). Un duo prometteur, raconte avec enthousiasme Thibaut Wychowanok, directeur artistique de Reiffers Art Initiatives : « Avec ses œuvres impressionnantes, colorées et particulièrement attirantes, Ugo Rondinone parvient à capturer notre attention pour nous emporter dans de fascinantes méditations sur le cycle de la vie, la nature et le monde, entre enchantement et mélancolie. Tarek Lakhrissi partage avec son mentor une même capacité à capter les regards avec des formes séduisantes bien plus complexes ou retorses qu’elles n’y paraissent. Il explore comme lui tous les mediums dans un vaste labyrinthe de propositions. Tous deux ont surtout en commun une vision éminemment poétique du monde et un sens aigu de l’installation et de l’espace. » À découvrir donc durant la grande semaine de l’art contemporain.
Tarek Lakhrissi et Ugo Rondinone
Du 16 octobre 2024 au 1 décembre 2024
www.reiffersartinitiatives.com
Reiffers Art Center • 30 Rue des Acacias • 75017 Paris
www.reiffersartinitiatives.com
Philippe de Champaigne, Saint Jean-Baptiste, vers 1656
160 × 128,5 × 13,5 cm • Huile sur toile • Coll. musée de Grenoble • © Ville de Grenoble / Photo J.L. Lacroix
Mon premier est l’une des figures les plus importantes de la peinture française au XVIIe siècle ; mon second, un artiste contemporain, expérimentateur compulsif proche durant les années 1960 du groupe Supports/Surfaces. Pour la toute première fois, le musée de Grenoble (qui a récemment changé de directeur, Guy Tosatto ayant laissé place à Sébastien Gökalp) orchestre une rencontre entre un artiste classique et un plasticien vivant, et fait bouger ses collections permanentes. Invité à passer l’été au musée, Pierre Buraglio (né en 1939) a ainsi dessiné devant les toiles de Philippe de Champaigne (1602–1674). Ces œuvres toutes récentes seront montrées à la suite d’un parcours riche de neuf peintures du portraitiste de Richelieu – dont un beau Saint Jean-Baptiste (vers 1656) – et d’une quarantaine de dessins du XVIIe siècle, signés Charles Le Brun (1619–1690) ou Laurent de La Hyre (1606–1656).
La grâce et le silence. Autour de Philippe de Champaigne (1602 - 1674)
Du 19 octobre 2024 au 12 janvier 2025
Musée de Grenoble • 5 Place de Lavalette • 38000 Grenoble
www.museedegrenoble.fr
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