Asia Now pour l’art asiatique à la Monnaie de Paris, AKAA pour le continent africain au Carreau du Temple, Offscreen dans un nouveau lieu inédit, le Grand Garage Haussmann, pour l’image sous toutes ses formes, Paris Internationale dans un ancien central téléphonique sur les Grands Boulevards et le traditionnel salon de Montrouge pour les talents émergents les plus prometteurs.
De plus petites envergures que le mastodonte d’Art Basel au Grand Palais éphémères, ces foires réservent bien souvent de belles surprises, que la rédaction web est allée cueillir ! Asia Now a, en particulier, livré cette année une édition de haute volée sous le thème exaltant de l’Asie centrale avec le collectif Slavs and Tatars. Voici notre belle moisson de 2023 !
Gulnur Mukazhanova, Untitled, série « Öliara: The Dark Moon », 2023
Laine de mérinos • 170 × 140 cm • Courtesy Michael Janssen gallery / © Gulnur Mukazhanova
Au premier coup d’œil, les œuvres de Gulnur Mukazhanova semblent avoir été travaillées en larges aplats de couleurs. Il n’en est rien. Inspirée par les savoir-faire ancestraux du Kazakhstan, d’où elle est originaire, la jeune femme crée sans pinceaux ni peinture, mais avec de la soyeuse laine de mérinos colorée, qu’elle rehausse parfois de strass et de tissus satinés traditionnels. Délicate, sensuelle, l’œuvre duveteuse de Gulnur Mukazhanova, que l’on a volontiers envie de toucher, de caresser, se veut aussi engagée. Née quelque temps seulement avant la chute de l’URSS, l’artiste questionne la survivance des savoir-faire traditionnels kazakhs dans un monde globalisé. Elle fait partie des 14 artistes rassemblés par le collectif Slavs and Tatars qui, pour cette 9e édition d’Asia Now, met à l’honneur des créateurs originaires d’Asie centrale. I.B.
Asia Now
Galerie de la Méridienne, stand de la galerie Michael Janssen
Vue de l’installation de Jamel Shabazz à la Galerie Bene Taschen
Album-photos de Jamel Shabazz, 1983 2005 • Photo CHOREO
On croirait entendre vrombir les ghetto-blasters dans cet ancien garage du très chic 8e arrondissement, où la toute jeune foire Offscreen a pris ses quartiers pour sa deuxième édition. Au milieu de ce décor en béton brut, scénographié par Léonie Alma Mason (LA.M Studio), la galerie Bene Taschen nous propulse dans le New York des années 1980 et 1990 avec son solo show consacré à Jamel Shabazz. Street photographer de renom, il n’a eu de cesse d’arpenter les rues de Brooklyn, où il est né et a grandi, immortalisant sans relâche les looks des communautés afro-descendantes. Sont exposées des dizaines de pages extraites des albums photos de l’artiste légèrement jaunies par le temps, sur lesquelles défilent toutes sortes de vêtements, d’accessoires et de poses… Une sorte d’anti-Instagram, délicieusement vintage. I.B.
Offscreen
Grand Garage Haussmann, stand de la galerie Bene Taschen
Nhu Xuan Hua, Odalisque – Archive from the year ’72, 2016–2021
Impression UV sur plexiglas, cadre en aluminium monté sur dibond • 75×91×3,5cm / Édition 6 + 2 • Courtesy galerie Anne-Laure Buffard / © Nhu Xuan Hua
Photographe de mode, Nhu Xuan Hua travaille pour de prestigieux magazines ou de grandes maisons de couture. Mais la jeune femme, originaire du Vietnam, développe en parallèle une œuvre personnelle, inspirée notamment par l’histoire de sa famille, marquée par l’exil. Nhu Xuan Hua a ainsi ressorti des archives familiales de vieilles photographies auxquelles elle fait subir toutes sortes de manipulations numériques. L’artiste donne ainsi corps à des souvenirs alternatifs, peuplés de silhouettes spectrales… Des visions pleines de mystère, qui questionnent la mémoire, l’identité et l’intime. I.B.
Asia Now
Cour Mansart, stand de la galerie Anne-Laure Buffard
Nedia Were, Ready To Die For You, 2023
huile et acrylique sur toile • 173 × 163 cm • Courtesy African Arty
C’est un baiser dont la grâce nous a bouleversés. Nedia Were (né en 1989) est un artiste kényan autodidacte, qui a appris le dessin en copiant des personnages vus dans des bandes dessinées, des journaux et dessins animés. Nocturnes, ses portraits mettent en scène des femmes et des hommes le plus souvent entourés d’environnements végétaux traités comme des fonds ornementés, et brillant par quelques touches de couleurs vives, telles qu’une bouche très rouge ou une robe à motifs. Représenté par la galerie Africain Arty de Casablanca, le jeune artiste montre deux peintures sous les verrières du Carreau du Temple : ce baiser inoubliable, et un portrait de femme aussi digne que celui d’une reine. M.C.L.
Akaa
Stand de la galerie Africain Arty
Zélie Nguyen, À gauche, “L’illusion perdue” et à droite “Comment Wang-fô fut sauvé”, 2023
huile sur bois et huile sur toile • 41 x 33 cm ; 116 x 89 cm • Courtesy galerie Laura Sedbon
Entre les labyrinthes d’Escher et les boîtes du surréaliste Joseph Cornell, les mondes de Zélie Nguyen (née en 1993), jeune diplômée des Beaux-Arts de Paris où elle a fréquenté l’atelier de Djamel Tatah, envoûtent au premier coup d’œil. Peints à l’huile, ses toiles ou panneaux de bois nous plongent dans des mondes clos (bibliothèques, maisons, nichoirs…) où d’infinis paysages s’étendent comme des mirages où les animaux se perdent. Ainsi de cette adorable pie piégée par un miroir trompeur, au creux d’une boîte perchée dans l’immensité. Ses visions poétiques, inspirées tant des miniatures orientales que des estampes ukiyo-e, sont comme des contes dont l’esprit tente de saisir le souvenir. F.G.
Asia now
Galerie Lara Sedbon
Cássio Markowski, As Leitoras #2, 2022
peinture vinylique, crayon, gouache sur toile de lin • 180 × 140 × 2 cm • © THIS IS NOT A WHITE CUBE
Panser les plaies du passé colonial, rendre aux Brésiliens d’ascendance africaine leur mémoire : telle est la mission que s’est donnée l’artiste Cássio Markowski (né en 1972) avec sa série de portraits « A Noite Não Adormece Nos Olhos Das Mulheres » (« La nuit ne s’endort pas dans les yeux des femmes »), vers emprunté à la poétesse Conceição Evaristo. Finement dessinés sur fond clair, ceux-ci associent différentes figures féminines à des agglomérats de motifs issus de la faune et de la flore brésilienne, ainsi qu’à des éléments de la culture yoruba. La palette très pâle comme la grâce surannée de la représentation (l’artiste a travaillé à partir de livres anciens et de manuels de botanique) nimbent ces portraits d’une aura spectrale, hantée. Une beauté, vraiment, pour une mémoire à restaurer. À découvrir sur le stand de la galerie This Is Not A White Cube, implantée à Lisbonne et à Luanda. M.C.L.
Akaa
Stand de la galerie This Is Not A White Cube
Vue du stand de la galerie Magician Space avec l’installation de Hu Yin Ping, 2023
Courtesy Magician Space, Beijing
Suspendus au plafond, des dizaines de bikinis tricotés donnent à voir à la foire Paris Internationale un peu du projet fou de Hu Yinping (née en 1983), représentée par la galerie pékinoise Magician Space. L’artiste chinoise est la PDG d’une entreprise fictive nommée Hu Xiaofang, qui travaille depuis une dizaine d’années à collecter des tricots réalisés par sa mère et les femmes de son village. Très sérieuse malgré la fantaisie de l’installation, elle explique que ces tricots « peuvent être considérés comme les forces productives éliminées dans le processus d’urbanisation ». Au mur, de simples feuilles A4 décrivent les projets proposés aux tricoteuses, comme celui de fabriquer des bikinis en laine pour un festival niçois, dont les résultats sont ici réunis. Tordant ! Et moins innocent qu’il n’y paraît. M.C.-L.
Paris Internationale
Stand de la galerie Magician Space
Dinos Chapman, Disastrous Moments 2, 2023
copie faite main d’une estampe de Goya avec gouache et crayon • 17,78 × 22,86 cm • Courtesy von ammon co, Washington DC
Dinos Chapman (né en 1962) n’a peur de rien. Ni de dessiner sur une gravure signée Goya… Ni d’y inviter de petits bonshommes de neige, lapins roses et autres angelots rieurs, comme sortis d’un dessin animé ultra-sucré. Coutumier avec son frère Jake des œuvres horrifiques à base de sculptures en résine et de figurines mal en point (scènes de torture, massacres et mises en scène choc font leur signature), l’artiste travaille ici en solo à de touts petits formats, non moins provocants cela dit tant est fort le décalage entre l’univers pop convoqué aux crayons de couleurs et les gravures austères de Goya, représentations noir sur blanc de scènes de désolation. Ironique à souhait, et grinçant jusqu’au malaise… Il fallait oser. À voir sur le stand de la galerie Von Ammon, venue de Washington, à Paris internationale. M.C.-L.
Paris Internationale
Stand de la galerie Von Ammon
Maiko Kitagawa, Le Règne de l’hiver
Dermatographe sur papier washi monté sur panneau • 130 X 162 cm • © Galerie Taménaga
Dialogue puissant sur le stand tout en noir et blanc de la galerie Taménaga ! D’un côté, les toiles abstraites et exaltées du Chinois Chen Jiang-Hong (né en 1963), de l’autre les œuvres ultra-figuratives de la Japonaise Maiko Kitagawa (née en 1983). Diplômée de l’Université des Arts de Tokyo, cette illustratrice emploie un médium peu commun : le dermatographe, un crayon très gras employé habituellement en médecine sur la peau. D’un noir profond, ses œuvres sur bois présentées à Asia Now font défiler tout un carnaval des animaux entre folklore traditionnel japonais et fables occidentales. On y retrouve à la fois le mordant des caricatures animalières de Grandville, le grotesque étrange de Miyazaki et les atmosphères ténébreuses de Gustave Doré. Fabuleux ! F.G.
Asia Now
Stand de la galerie Taménaga
Pierre-Alain Poirier, Goutte (bout d’arbres / bout du ciel de Magny / bout du visage de L) et Sol pour / Chambre, 2023
assemblage de plaques métalliques vissées, images photographiques découpées, aimants • dimensions variables
Ce sont de toutes petites choses. Des boîtes de médicaments, récupérées auprès de proches ou gardées après un traitement personnel, utilisées comme supports minuscules pour des impressions d’images. Né en 1988 et diplômé de la Villa Arson à Nice, Pierre-Alain Poirier travaille l’infime, le petit format, pour mieux exorciser l’angoisse. En plus de ses boîtes de médicaments, de petites « boîtes-guillotines » sculptées en métal hébergent elles aussi des images imprimées, « reliquaires sentimentaux », nous dit le cartel, qui emprisonnent un visage, un morceau de ciel. Un dispositif discret mais violent, poétique et bouleversant, sur le devenir des souvenirs, des fragilités, des instants fugaces. M.C.L.
Emma Tholot, Le Marin et la sirène. Oro y manitas. Carmela, 2023
drap, portique, broderie. vidéo HD. transfert photographique sur cire, métal, bois. • Courtesy Emma Tholot
Emma Tholot (née en 1994), diplômée des Arts Décoratifs de Paris et Marseillaise d’adoption, arrête tous les regards au Salon de Montrouge. Elle investit un mur entier avec un grand drap brodé d’un récit en lettres blanches, de photographies mises en scène comme des bijoux et d’une vidéo. L’ensemble lui a été inspiré par un héritage peu commun, celui de sa grand-mère voyante, qui lui a donné envie de travailler à partir de mythologies transmises par la culture populaire et par les traditions orales. Entre l’ethnographie et la recherche plastique, l’artiste part sur les traces d’une certaine Carmela, nourrice de sa grand-mère qui évita un mariage forcé grâce à ses « ailes en cire », et interroge les clichés patriarcaux perpétués par les folklores et les rites de passage. M.C.L.
Asia Now 2023
Du 20 octobre 2023 au 22 octobre 2023
Monnaie de Paris • 11, quai de Conti • 75006 Paris
www.monnaiedeparis.fr
AKAA 2023
Du 20 octobre 2023 au 22 octobre 2023
Carreau du Temple • 4 Rue Eugène Spuller • 75003 Paris
www.carreaudutemple.eu
Paris Internationale 2022
Du 19 octobre 2022 au 23 octobre 2022
Studio de Nadar • 35 Boulevard des Capucines • 75009 Paris
67e Salon de Montrouge
Du 4 octobre 2023 au 29 octobre 2023
Beffroi de Montrouge • Avenue de la République • 92120 Montrouge
www.beffroidemontrouge.com
Offscreen
Du 18 octobre 2023 au 22 octobre 2023
Grand Garage Haussmann • 43 Rue de Laborde • 75008 Paris
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