Il vous faudra braver la foule, peut-être aussi la pluie et le prix d’entrée (40 euros en tarif plein) pour y parvenir… Mais une fois que vous serez au Grand Palais éphémère, bien au chaud parmi les œuvres d’art, vous ne le regretterez pas.
Avec les yeux, on achète tout ! Ou presque : un dessin d’Egon Schiele par-ci, la peinture d’un jeune diplômé des Beaux-Arts de Paris par-là, une vidéo hilarante dans le secteur des galeries émergentes… On vous dit tout de nos trouvailles favorites dans cette sélection en treize arrêts, comme autant de battements de cœur.
Sculptures de Lili Reynaud-Dewar sur le stand de Layr le stand de la galerie Layr, Paris+ 2023
Photo Maurine Tric pour BeauxArts.com
La foule qui piétine tout à coup s’écarte : par terre, sur le stand de la galerie autrichienne Layr, plusieurs figures à taille humaine sont assises. Toutes ont été sculptées en aluminium par l’artiste Lili Reynaud-Dewar (née en 1975), plasticienne marquée par sa pratique de la danse qui met volontiers en scène son propre corps. Autoportraits insolites, revêtant différents vêtements, coupes de cheveux et accessoires, ils incarnent les différentes métamorphoses d’une même personnalité… Le tout, devant un tableau recouvert de textes extraits de son journal. Vous aimez ? Alors foncez au Palais de Tokyo, qui consacre actuellement à l’artiste une exposition monographique ! M.C.-L.
Galerie Layr
Stand E4
Les œuvres d’Anna Zemánková à la galerie Christian Berst, Paris+ 2023
© Thomas Béhuret DR
Confectionnées dans un état de transe, les plantes imaginaires de l’artiste tchèque Anna Zemánková (1908–1986) envoûtent l’œil. Certaines s’enroulent en coquilles d’escargots, d’autres se déploient en halos ou en feux d’artifice aux coloris exquis, évoquant tantôt des chenilles, tantôt une colonne vertébrale sertie de pistils. Dessinées à l’encre, au pastel ou au crayon sur papier, ces floraisons intérieures sont minutieusement parées d’effets de gaufrage, de morceaux de soie ou de laine, et d’autres gris-gris texturés. Fille de coiffeur moravien, cette assistante dentaire, mère de famille et sans formation artistique, ne s’est lancée dans l’art qu’à l’âge de 50 ans, pour devenir aujourd’hui une figure consacrée de l’art brut. Un enchantement ! J.B.
Galerie Christian Berst
Stand E28
Les toiles d’Alicja Kwade à la 303 gallery, Paris+ 2023
Photo Maurine Tric pour BeauxArts.com
Dans ce secteur de la foire, c’est-à-dire le plus proche de l’entrée, bienvenue chez les mastodontes : Hauser & Wirth, Massimo De Carlo, Esther Schipper, Perrotin… Parmi eux, la 303 Gallery nous a immédiatement séduits par la finesse de son accrochage et de ses choix. Avec, par exemple, une sculpture ondulante en marbre et acier de la Germano-Polonaise Alicja Kwade (née en 1979), une toile couverte d’aiguilles de montres de la même artiste (qui tire la langue au temps qui passe pour en faire un ballet gracieux de lignes), la photographie d’un arc-en-ciel sur un paysage américain de Stephen Shore (né en 1947), une sculpture en céramique ultra-jouissive d’Eva Rothschild (née en 1971)… Et, dans un coin, un ballon de Jeppe Hein (né en 1974) qui s’envole, retenu par un minuscule pan de mur. Comme l’espoir d’une échappée, expression aérienne d’un grand besoin de légèreté. M.C.-L.
303 Gallery
Stand A14
Sarah Lucas chez Sadie Coles, Paris+ 2023
Photo Maurine Tric pour BeauxArts.com
Pas sûr que vous ayez laissé à l’entrée le capharnaüm du trafic parisien ! Chez Sadie Coles, la plasticienne Sarah Lucas (née en 1962) a garé l’une des œuvres les plus impressionnantes de la foire, une splendide Triumph jaune pétant, où deux silhouettes en boudins textiles disgracieux prennent le soleil, toutes sexy avec leurs talons hauts et leurs mini-shorts colorés. Sur le siège du conducteur, un livre de Mariella Novotny, mondaine et prostituée restée célèbre pour ses soi-disant relations avec John F. Kennedy. Autour, on s’arrêtera sur les toiles de Richard Prince, de Georgia Gardner Gray et de Laura Owens, sans ignorer les pans extérieurs du stand, consacrés à des peintures numériques d’Urs Fischer (également présent place Vendôme) et à un spectaculaire tableau de l’Allemande Kati Heck, où deux femmes d’âge mur, plumes de cabaret sur la tête, partagent goulûment un gâteau aussi rond qu’une planète… M.C.-L.
Galerie Sadie Coles
Stand B6
Vue du stand de la galerie 1900–2000, Paris+ 2023
Courtesy galerie 1900–2000, Paris-New York
À deux pas des trésors fin-de-siècle du stand de Richard Nagy [voir plus bas], le stand de la galerie 1900–2000 présente, lui aussi, bien des pépites. À commencer par un accrochage des plus réjouissants, consacré aux femmes du surréalisme (récemment célébrées sur les cimaises du musée de Montmartre). Aux côtés de Valentine Hugo sont ainsi rassemblées Jacqueline Lamba, Toyen, Dora Maar et même Marie-Laure de Noailles qui, le saviez-vous, s’est aussi essayée à la peinture… Sans oublier Claude Cahun, représentée par un sublime exemplaire sur papier japonais des Aveux non avenus accompagné de quatre dessins originaux, dont un envoûtant Éclipses dans l’œil. Autre trouvaille, et non des moindres, une aquarelle de 1936 signée Suzanne Duchamp (sœur de Marcel), parfait remède à la noirceur du monde. Son titre ? Fabrique de joie ! I.B.
Galerie 19000-2000
Stand B25
Les œuvres de Roberto Gil de Montes sur le stand de Kurimanzutto, Paris+ 2023
Photo Maurine Tric pour BeauxArts.com
Le galeriste a de quoi être fier : pile pour l’ouverture de la foire aux collectionneurs, le New York Times consacre à son artiste Roberto Gil de Montes, Mexicain de 73 ans, une pleine page dans son édition du 18 octobre. De fait, l’histoire est belle. Peintre confidentiel jusqu’à ses 70 ans, l’homme a été découvert par la galerie mexicaine en 2020, année maudite, et lui a consacré une exposition dans la foulée… Surprise, malgré la morosité ambiante, les masques et le Covid, tout s’est vendu ! Inclus par la commissaire italienne Cecilia Alemani dans la dernière édition de la Biennale de Venise, l’artiste touché par la grâce est ici honoré d’un très beau solo show de portraits d’anonymes : visage plongé dans l’eau, immergé parmi les fleurs, les yeux bandés de noir… M.C.-L.
Galerie Kurimanzutto
Stand D2
Les sculptures hybrides de Francis Upritchard chez Anton Kern, Paris+ 2023
Photo Maurine Tric pour BeauxArts.com
Belle mise en scène, se dira-t-on devant le solo show (ou presque) qu’accorde le galeriste new-yorkais Anton Kern à la sculptrice néo-zélandaise Francis Upritchard (née en 1976). Presque, car les murs sont couverts de pans de bois signés du designer Martino Gamper (né en 1971), époux et collaborateur de l’artiste. Mais c’est surtout le monde absurde, un peu triste et désenchanté de Francis Upritchard qui fascine, avec ses sculptures humaines et animales en tissu, en céramique ou en bronze héritées de mythes et de contes, l’ensemble formant un délire un peu circassien, un peu terrifiant aussi, dansant, grimaçant, tortillant. M.C.-L.
Galerie Anton Kern
Stand A6
Vue du stand Andrew Edlin Gallery, Paris+ 2023
Photo Julien Deceroi
Paulina Peavy (1901–1999), Karla Knight (née en 1958) : retenez bien leur nom ! C’est la première fois que ces deux artistes visionnaires sont exposées en Europe. Guidée par une entité spirituelle nommée Lacamo, la première se veut messagère et témoin de phénomènes extraterrestre depuis 1932 dans ses écrits, peintures et sculptures. Proche d’Hilma af Klint, cette artiste ésotérique imprégnée d’Égypte antique se révèle ici à travers d’hypnotiques kaléidoscopes de couleurs vives. Également connectée à des forces occultes, Karla Knight livre quant à elle d’étranges diagrammes dessinés et brodés qui mêlent symboles cryptiques et formes géométriques : stupéfiants ! Cachée dans une alcôve adjacente peinte en bleu électrique, s’observe à la loupe une œuvre récente du mythique Joe Coleman (né en 1955), ancien chauffeur de taxi devenu artiste prédicateur délirant, dont les peintures fourmillantes de détails sont de petits autels virtuoses et chaotiques. F.G.
Vidéo de Jenna Bliss pour la galerie Felix Gaudlitz, Paris+ 2023
Photo Maurine Tric pour BeauxArts.com
Dans le secteur des galeries émergentes, le Viennois Felix Gaudlitz dédie son stand à la plasticienne et cinéaste Jenna Bliss (née en 1984), laquelle se glisse parfaitement dans ce décor avec son court film True Entertainment (2023). Soit une immersion en vidéo façon télé-réalité dans une foire d’art (!), lieu de pouvoir et de séduction, où l’on discute pompeusement de concepts philosophiques et où, à tout moment, quelqu’un peut faire une crise de nerfs, jeter les œuvres à terre, gêner tout le monde… Mais laisser vite sa place, pour que la foire puisse reprendre son cours. On rit (jaune) ! Autour de la vidéo, quelques photographies rétroéclairées superposent différents images publicitaires de produits alimentaires à des photographies prises par l’artiste en 2020. M.C.-L.
Galerie Felix Gaudlitz
Stand C9
Les œuvres de Nohemí Pérez et de Bianca Bondi sur le stand de la galerie Mor Charpentier, Paris+ 2023
Courtesy Mor Charpentier, Paris
Côté émergence, notre cœur s’est aussi emballé sur le stand impeccable de Mor Charpentier qui fait habilement dialoguer savoir-faire ancestraux avec l’artisanat contemporain et sonde les liens entre nature et mémoire. On retient particulièrement l’onirique tapisserie de Bianca Bondi, conçue, dit-elle, comme un « talisman » avec le concours de la Manufacture d’Aubusson. Un subtil entrelacs de fils, de bois, de fleurs séchées et même de sel, auquel répondent avec une infinie délicatesse les sombres jungles de Nohemí Pérez et le luxuriant jardin d’agrumes de Rayan Yasmineh. I.B.
Les œuvres de Elladj Lincy Deloumeaux sur le stand de Cécile Fakhoury, Paris+ 2023
Photo Maurine Tric pour BeauxArts.com
Implantée à Abidjan, Dakar et Paris, la galerie Cécile Fakhoury ouvre une fenêtre passionnante sur les artistes contemporains d’origine africaine, comme le prouve une fois encore le merveilleux solo show qu’elle consacre à Elladj Lincy Deloumeaux. Guadeloupéen de 28 ans, tout juste diplômé des Beaux-Arts de Paris, le jeune homme présente ici un ensemble de portraits réalisés lors d’une résidence de trois mois en Côte d’Ivoire, durant laquelle il a revisité des souvenirs de voyages en Afrique de l’Ouest et dans les Antilles, (« chaque œuvre, nous a-t-il expliqué, est chargée de références culturelles issues de ces différents territoires »). En jouant de dispositifs tels qu’un paravent à ajuster devant l’œuvre, Elladj Lincy Deloumeaux invite le spectateur à interagir avec elle. Pour ce stand, il a travaillé avec sa sœur architecte d’intérieur, qui a conçu le mobilier à partir de raphia et de rotin. M.C.-L.
Galerie Cécile Fakhoury
Stand F18
Aquarelles et dessins de Klimt et Schiele chez Richard Nagy, Paris+ 2023
Photo Maurine Tric pour BeauxArts.com
Plaisir coupable chez le Londonien Richard Nagy, irrésistible avec son atmosphère de boudoir tamisé, ses aquarelles d’Egon Schiele, ses dessins érotiques de Gustav Klimt, sa toute petite peinture de Félicien Rops et son mobile d’Alexander Calder, dont les ombres lentes hantent les murs. De quoi nous rappeler que l’amour de l’art se vit (aussi) dans la contemplation et dans l’extase sensuelle — ce que l’on aura pu oublier à force de courir et d’éviter les coups de sacs à main. M.C.-L.
Galerie Richard Nagy
Stand B21
Joël Andrianomearisoa, Dans un souffle sur un songe conter un autre monde, 2023
Sculpture, acier, peinture noire • Courtesy Joël Andrianomearisoa / © Paul Lehr pour Diptyque
Après la frénésie ambiante du secteur émergent, c’est soudain une bouffée d’air parfumé. On respire ! Pour sa première invitation à Paris+, aux côtés de Ruinart et Guerlain, le parfumeur Diptyque a donné carte blanche à l’artiste d’origine malgache Joël Andrianomearisoa (né en 1977). Résultat : une œuvre multiforme intitulée Un autre monde, qui distille une douce poésie et promet un voyage onirique activé par des sensations. À travers, d’abord, une sculpture-poème dont les lettres métalliques, « Dans un souffle sur un songe / Conter un autre monde », forment comme un refuge. À deux pas, un palimpseste de feuilles de papier de soie noir ondoie légèrement, libérant les effluves du parfum L’Autre de Diptyque, aux notes épicées et boisées. Enfin, un manifeste mêlant dessins et récits a été publié pour l’occasion. F.G.
Stand Diptyque
Près du Collector's lounge
Paris+ par Art Basel 2023
Du 20 octobre 2023 au 22 octobre 2023
Grand Palais Éphémère • 2 Place Joffre • 75007 Paris
www.grandpalais.fr
Image à la une : les peintures de Elladj Lincy Deloumeaux sur le stand de la galerie Cécile Fakhoury © Maurine Tric pour BeauxArts.com
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