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Satellite dans la constellation surréaliste, l’artiste américain Joseph Cornell (1903–1972) est un inclassable. Inspiré par Max Ernst, Kurt Schwitters et Marcel Duchamp, Cornell est l’auteur de boîtes oniriques tenant à la fois de la technique du collage, de l’assemblage et du ready-made. L’artiste développe une approche poétique de l’objet, transcendant sa banalité. Il est aussi un cinéaste expérimental précurseur dans l’histoire de l’avant-garde américaine.
Michals Duane, Portrait de Joseph Cornell, 1972
Musée d’Art Moderne, Paris • © Duane Michals, courtesy of DC Moore Gallery / Photo © Paris Musées, musée d’Art moderne, Dist. RMN-Grand Palais
« Cornell semblait être une personne qui vivait dans sa tête plutôt que dans son corps. » Susan Sontag
Né dans l’État de New-York, Joseph Cornell a vécu une enfance heureuse, dans un milieu cultivé, jusqu’à la perte de son père, à l’âge de 12 ans. Sa famille déménage dans le Queens. Cornell entreprend des études d’art dans une académie du Massachussetts mais abandonne avant de passer son diplôme, préférant s’installer à New York et travailler comme vendeur. Dans les années 1920, Cornell se convertit à la Science chrétienne (une église qui connaît un grand succès à la fin du XIXe siècle), ce qui exercera une influence notable sur sa vie.
De manière tout à fait autodidacte, Cornell réalise ses premières créations. Il souhaite d’abord construire des jouets pour son frère, porteur d’un lourd handicap. Par la suite, Cornell élabore des boîtes, dispositifs scéniques qui lui permettent de créer des compositions astucieuses et originales. Ce sont des structures sophistiquées, généralement sous verre, contenant des objets du quotidien trouvés, naturels ou manufacturés, qu’il assemble, colle et peint, dans une logique purement poétique. Cornell les qualifie de « boîtes à mémoire » ou « théâtres poétiques ». Les thèmes sont généralement associés aux oiseaux, à l’univers du cinéma ou au voyage, et se présentent souvent sous la forme de série (Soap Bubble Set, Pharmacie, Médicis…).
Joseph Cornell est également une figure du cinéma expérimental américain. Dans les années 1930, il monte, suivant le principe du collage, le film Rose Hobar à partir d’un mélodrame exotique et d’images de sa collection. L’artiste aime en effet à travailler à partir d’images considérées comme déclassées, infantiles ou d’un moindre intérêt culturel. Le film est colorisé en bleu, ce qui lui donne un accent mélancolique, et accompagné d’une bande sonore. Le résultat relève tout à la fois du fétichisme hollywoodien et de la nostalgie du cinéma muet. Salvador Dalí, qui voit le film, accusera Cornell d’une forme de plagiat.
Chercheur infatigable, homme de culture, Cornell accumule quantités d’objets trouvés dans des friperies, des foires, chez des antiquaires. L’artiste les classe par thématique et leur attribue une histoire. Dans les années 1930, il côtoie les surréalistes new-yorkais. S’il reste en marge, il expose sporadiquement avec eux et prend part à la grande exposition organisée par le MoMA Fantastic Art, Dada, Surrealism en 1936.
Cornell se tient éloigné du marché de l’art. Sans les années 1960, il rencontre à New York la jeune Yayoi Kusama, de 26 ans sa cadette, et noue avec elle une relation passionnée bien que platonique, comme en témoigne leur abondante correspondance. La production artistique de Cornell connaît alors un fléchissement, plus encore après la mort de son frère et de sa mère dont il était resté très proche. Ses créations deviennent rares. Il disparaît en 1972.
Joseph Cornell, Nécessaire à bulles de savon, 1949
Musée national d’art moderne du Centre Pompidou, Paris • © MNAM – Centre Pompidou, MNAM-CCI / Dist. RMN-GP © The J. & R. Cornell Memorial Foundation/ Adagp, Paris
Nécessaire à bulles de savon, 1949–1950
Ce Nécessaire à bulles de savon est un montage onirique sous verre, dans la tradition du ready-made que Cornell admirait. Cette mise en scène nous plonge dans le monde de l’astronomie à travers une représentation fantasmée du cosmos, tel qu’il a pu être imaginé par Galilée puis par l’astronome Edwin Hubble. L’univers n’est-il pas comme une bulle de savon en expansion ? L’image porte en effet une réminiscence des jeux de l’enfance, un thème cher à Cornell.
Joseph Cornell, Museum, 1942
Boîte avec 20 flacons en verre
Bois, verre, papier, divers éléments • Musée national d’art moderne du Centre Pompidou, Paris • © Philippe Migeat – Centre Pompidou, MNAM-CCI / Dist. RMN-GP © The J. & R. Cornell Memorial Foundation / Adagp, Paris
Museum, 1942
Cette boîte qui contient vingt flacons en verre, recelant divers éléments, appartient à la série des Shadow Boxes. Elle illustre l’appétence, voire l’obsession, de Cornell pour la collection d’objets insolites. L’œuvre de l’Américain n’est pas sans évoquer la Boîte-en-valise de Marcel Duchamp réalisée en 1936. Il s’agit de deux formes de musées portatifs, et dans le cas de Cornell, d’un musée de sciences naturelles car les flacons contiennent des morceaux de pierre, de bois, des poèmes, des poudres et des insectes taxidermisés.
Joseph Cornell, Juan Gris Cacatoès n° 4, vers 1953–1954
Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid • © Musée Thyssen-Bornemisza / Scala, Florence
Juan Gris Cacatoès n° 4, 1953–1954
L’Homme au café du cubiste Juan Gris est cité par Joseph Cornell comme la source d’inspiration directe de cette boîte. L’artiste américain n’est pourtant ni cubiste, ni même peintre mais comme Gris, il fait usage du collage, jouant à révéler et invisibiliser certains motifs à l’intérieur de ses compositions. La série dans laquelle Cornell rend hommage à Gris, un profil marginal dans lequel il se reconnaît, compte une douzaine de boîtes, accueillant chacune une représentation d’oiseau.
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