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SÉRIE – ARTISTES ET SCIENTIFIQUES

Maurits Cornelis Escher, maître de l’illusion

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Publié le , mis à jour le
Dans le sillage de Léonard de Vinci, nombreux sont les créateurs qui ont eux-mêmes exploré les mystères du monde et ses phénomènes. Biologistes, médecins, ingénieurs, mathématiciens… Dans cette nouvelle série, Beaux Arts vous emmène à la rencontre de ces artistes-scientifiques, au fil des siècles. Aujourd’hui, pénétrons dans l’univers fou de Maurits Cornelis Escher, graveur virtuose dont les estampes n’ont pas fini de questionner nos certitudes !
Maurits Cornelis Escher, Drawings Hands
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Maurits Cornelis Escher, Drawings Hands, janvier 1948

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lithographie • © 2021 The M.C. Escher Company, Pays-Bas

La question n’est pas « qui de l’œuf ou de la poule ? », mais plutôt « qui de la première ou de la deuxième main ? » Qui dessine qui ? Où est le dessinateur ? Quid du signifié, du signifiant, du sens, du non-sens… Paradoxe graphique, casse-tête sémiologique exécuté avec un soin d’orfèvre, Drawing Hands ou Dessiner de Maurits Cornelis Escher est avec La Trahison des images de René Magritte de ces images de absurdes du XXe siècle qui satisfont tout le monde, de l’amateur d’art au psychologue, du philosophe au mathématicien. Et elle résume surtout merveilleusement bien le génie de son auteur.

Maurits Cornelis Escher, Main avec sphère réfléchissante (autoportrait dans un miroir sphérique)
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Maurits Cornelis Escher, Main avec sphère réfléchissante (autoportrait dans un miroir sphérique), janvier 1935

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Lithographie • © 2021 The M.C. Escher Company, Pays-Bas

Escher naît à Leeuwarden, aux Pays-Bas en 1898. Contrairement à son père, un ingénieur civil, il n’envisage pas la voie des sciences et techniques. Ce qu’il souhaite par-dessus tout, c’est dessiner ! Ses parents l’encouragent alors à devenir architecte mais il se forme finalement à l’École des Arts décoratifs de Haarlem en 1919, où Samuel Jessurun de Mesquita lui transmet sa maîtrise de la xylogravure. Malgré son choix de carrière, l’artiste en herbe est loin d’être allergique aux mathématiques, qui vont même bientôt devenir sa principale source d’inspiration.

En 1922, Escher renoue avec la grande tradition en achevant sa formation en Italie. Il y passera l’essentiel des treize années à venir. Devenu un illustrateur chevronné, il se consacre surtout à croquer la campagne romaine qui le fascine. Dans ses premiers paysages transparaît déjà son goût de l’étrange : perspectives spectaculaires, bâtiments aux volumes expressifs, insectes grossis à l’extrême… Avec le Château dans les airs (1928), Escher flirte avec les idées surréalistes qu’il suit de loin, précédent de trente ans, avec cette fantaisie, les Pyrénées de Magritte.

Maurits Cornelis Escher et René Magritte, « Le Château suspendu dans l’air » et « Le Château des Pyrénées »
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Maurits Cornelis Escher et René Magritte, « Le Château suspendu dans l’air » et « Le Château des Pyrénées », janvier 1928 et 1959

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Gravure sur bois et huile sur toile • 200 × 145 cm • Coll. The Israel Museum, Jérusalem • © 2021 The M.C. Escher Company, Pays-Bas. © Adagp, Paris, 2021 / © Bridgman Images

Escher a rencontré sa femme Jetta Umiker dans la péninsule, où naîtront les deux premiers de ses trois fils. Face à la montée du fascisme, la famille gagne la Suisse en 1935, puis s’installe à Bruxelles deux ans plus tard. C’est en Belgique, terre surréaliste par excellence, qu’Escher se consacre à des croquis d’imagination dans lesquels il laisse pleinement sa personnalité s’exprimer. En 1941, la famille Escher s’établit à proximité d’Utrecht d’où elle ne bougera plus.

Maurits Cornelis Escher, Un Autre monde
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Maurits Cornelis Escher, Un Autre monde, janvier 1947

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Gravure sur bois • © 2021 The M.C. Escher Company, Pays-Bas

Désormais, l’artiste porte son dévolu sur des énigmes graphiques, des images impossibles, des problèmes géométriques qui dans un premier temps vont arrêter la curiosité des scientifiques plutôt que des critiques d’art. Ce n’est que dans les années 1950 qu’il gagne durement sa reconnaissance dans le milieu artistique, avec notamment une exposition au Stedelijk Museum d’Amsterdam en 1954. Escher continue de s’intéresser à la perspective, pour mieux duper le spectateur, avec un Autre monde (1947). L’œuvre évoque le souvenir des prisons de Piranèse et lui assure, au début des années 1960, son adoubement par l’un des historiens de l’art les plus en vue, Ernst H. Gombrich, qui y voit un « univers vertigineux où les termes « haut » et « bas », « droite » et « gauche » ne veulent plus rien dire » (L’Art et l’Illusion, 1960).

Les souvenirs de voyages hantent l’œuvre d’Escher. En 1922 et 1936, il visite le palais de l’Alhambra à Grenade et est frappé par les structures complexes des mosaïques mauresques. Celles-ci l’ouvrent en effet sur le monde des fractales, ces figures se reproduisant à l’infini et à toutes les échelles, se retrouvant d’ailleurs tant dans la géométrie pure que dans la génétique et jusque dans l’économie ! Escher utilise alors le procédé dans l’une de ses planches les plus impressionnantes, où des lézards noirs, rouges et blancs se répètent et se réduisent à mesure qu’ils sont aspirés vers le centre, le tout avec une puissance graphique et décorative qui n’a rien à envier au modèle espagnol.

Maurits Cornelis Escher, Rencontre
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Maurits Cornelis Escher, Rencontre, mai 1944

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Lithographie • © 2021 The M.C. Escher Company, Pays-Bas

 « Les gens se souviennent d’Escher à cause de ses images, mais c’était un graveur de très grand talent. »

Sonia Del Re

Comme les surréalistes, Escher est fasciné par les objets mathématiques complexes. Il s’attaque à plusieurs reprises au ruban de Möbius, cet anneau vrillé résultant en une figure de trois dimensions à une seule face ! L’anneau, décrit sous forme de grille métallique, prend corps par un traitement virtuose des ombres à hachures vives. Des fourmis rouges aussi vivantes que géantes rendent le fonctionnement de la boucle évidente par le simple fait qu’elles la parcourent de bout en bout. Ce sens de l’anecdote non-dénué d’humour, il le tire d’une très bonne connaissance des corpus illustrés d’histoire naturelle, mais aussi des maîtres de la gravure qui l’ont précédé, d’Albrecht Dürer à William Hogarth.

Parmi les admirateurs du graveur, figure un jeune mathématicien : Roger Penrose. Inspiré par la puissance des dessins d’Escher, ce dernier veut à son tour matérialiser des formes impossibles, figures représentées par un biais de perspective mais dont la matérialisation est impossible. Le « triangle de Penrose » est un enchevêtrement de trois barres dont la représentation en deux dimensions est possible par un biais de perspective. Par reconnaissance auprès de son inspirateur, Penrose lui envoie un article illustré de sa découverte en 1958. En retour, Escher reprend deux ans plus tard la structure impossible de l’« escalier de Penrose », fonctionnant sur le même principe : il est impossible de déterminer si les personnages montent ou descendent de L’Escalier sans fin !

Maurits Cornelis Escher, Relativité
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Maurits Cornelis Escher, Relativité, juillet 1953

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Lithographie • © 2021 The M.C. Escher Company, Pays-Bas

Devenu une icône de son vivant, Escher assure sa postérité en créant une fondation en 1969, trois ans avant sa mort. Celle-ci passera de main en main avant de revenir à la ville de La Haye, qui ouvre le musée Escher en 2002. En plus d’y découvrir les estampes originales de l’artiste, on y est plongé dans un monde d’illusions ; un environnement immersif s’inspirant des jeux graphiques du maître.

Maurits Cornelis Escher est finalement l’un des rares artistes que l’on connaît dès l’école, tant ses dessins abondent des manuels. Scientifiques de toutes branches clament son génie à l’unisson. Escher a en effet su donner des images simples de problèmes mathématiques complexes. Dans sa lignée, d’autres ont voulu concilier art et science, de l’Op Art de Victor Vasarely à l’art fractaliste de Jean-Claude Meynard. Sonia Del Re, conservatrice à la Galerie nationale du Canada à Ottowa – institution très fournie en estampes d’Escher –, met pourtant en garde : « Les gens se souviennent d’Escher à cause de ses images, mais c’était un graveur de très grand talent. Il maîtrisait plusieurs techniques et opérait de façon extrêmement précise. Il a soigné la qualité de toutes ses estampes. » Avant d’être un artiste-scientifique, Escher est tout simplement l’un des plus grands graveurs du XXe siècle, dans la lignée des plus grands maîtres de l’estampe…

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La Magie de M.C. Escher

Par J.-L. Locher

Éd. Taschen • 2003 • 196 p. • 65,25 € 

Pour se plonger dans l’univers aussi merveilleux que déroutant du maître néerlandais, une belle édition régulièrement rééditée permettant de naviguer dans son œuvre complexe, riche de 480 gravures et plus de 2000 dessins. L’occasion de revenir sur les paysages romains des débuts avant de se plonger dans les expériences multiples en noir et blanc comme en couleur, des travaux sur la perspective à ceux sur les fractales en passant par les formes impossibles.

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L’art et l’illusion. Psychologie de la représentation picturale

Par Ernst Gombrich

Éd. Phaidon • 2002 (1960) • 400 p. • 22,97 €

Pourquoi ne pas en profiter pour se replonger dans la lecture d’un classique, et replacer l’art d’Escher dans une plus vaste… perspective ?

Retrouvez dans l’Encyclo : Surréalisme Cubisme

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