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Art contemporain

Au macLyon, Marilou Poncin ausculte les diktats qui pèsent sur le corps des femmes

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Publié le , mis à jour le
Le musée d’Art contemporain de Lyon fête ses quarante ans ! Pour l’occasion, l’institution revient sur quatre décennies d’acquisitions, et explore sa collection dans une exposition tournée vers le thème du corps intitulée « Incarnations ». Actuel, certes, mais déjà beaucoup vu. Heureusement, une carte blanche confiée à la jeune Marilou Poncin réveille l’ensemble…
Vue de la carte blanche à Marilou Poncin “Perfection is a lie to play with”
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Vue de la carte blanche à Marilou Poncin “Perfection is a lie to play with”

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© Marilou Poncin et la galerie Laurent Godin, Paris / Photo Juliette Treillet

Mine de rien, ça a été un défi. Orchestrer une exposition sur le corps à partir d’une collection dominée par des œuvres monumentales, et signées d’hommes (seules 17 % résultent du travail d’artistes femmes) : pas évident ! Le macLyon est donc allé un peu contre son histoire, et avec l’air du temps, en consacrant au sujet un accrochage riche de noms, tels que la performeuse serbe Marina Abramović, la plasticienne au visage retouché ORLAN et la vidéaste finlandaise Eija-Liisa Ahtila, où sont explorés le rapport à l’autre, la chirurgie, la famille, le travestissement ou encore le tatouage. Un ensemble intéressant, certes, mais qui pourrait légèrement laisser sur leur faim les amateurs d’art contemporain habitués à de telles réflexions… S’il ne s’ouvrait pas sur une phénoménale carte blanche accordée à la jeune mais déjà géniale Marilou Poncin, juste trente-et-un ans.

Nous l’avions d’ailleurs repérée il y a quatre ans à la Grande Halle de La Villette, où elle faisait partie des jeunes plasticiens sélectionnés par l’exposition « 100 % ». Autrice de vidéos autour des cam-girls, ces travailleuses du sexe qui montrent et vendent leur corps sur Internet, l’artiste diplômée en 2017 des Arts décoratifs nous avait séduit par sa réflexion féministe et piquante, qui interrogeait aussi bien l’empowerment possible pour ces anonymes dénudées que l’influence de la technologie sur nos sexualités. À Lyon, ville où elle a débuté ses études aux Beaux-Arts, elle a donc retrouvé Matthieu Lelièvre, commissaire de cette précédente édition de « 100% » et ici de l’exposition « Incarnations », lequel lui a laissé carte blanche pour s’emparer de l’immense hall d’entrée du musée.

Vue de la carte blanche à Marilou Poncin « Perfection is a lie to play with » au macLYON du 22 septembre 2023 au 7 janvier 2024
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Vue de la carte blanche à Marilou Poncin « Perfection is a lie to play with » au macLYON du 22 septembre 2023 au 7 janvier 2024

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© Marilou Poncin et la galerie Laurent Godin, Paris / Photo Juliette Treillet

L’espace, entièrement nimbé de bleu, apparaît ainsi comme un vaste bassin…

« Quand je suis arrivée, nous explique Marilou Poncin, j’ai constaté que ce n’était pas du tout un white cube mais un espace fonctionnel, très chargé visuellement avec ses casiers, son carrelage un peu abîmé, les sons qui résonnent… Plutôt que d’essayer d’aller à l’encontre de ça, j’ai préféré penser à ce que cela m’évoquait : des vestiaires de piscine. » Où l’on se dénude, donc, et où les corps sont exposés aux regards des autres.

Friande d’ambiances aquatiques, l’artiste a tâché de renforcer l’illusion en installant dans les casiers des claquettes en céramique, et en couvrant les vitres de vitrophanies (de grands autocollants) mettant en scène des baigneuses artificielles. L’espace, entièrement nimbé de bleu, apparaît ainsi comme un vaste bassin où se croisent différentes images, photographiques, artificielles ou vidéo ; avec, notamment, des paysages de villes et des photos de corps maquillés aux ongles longs, aux seins enveloppés de prothèses et aux dents couvertes de strass.

Vue de la carte blanche à Marilou Poncin « Perfection is a lie to play with »
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Vue de la carte blanche à Marilou Poncin « Perfection is a lie to play with »

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© Marilou Poncin et la galerie Laurent Godin, Paris / Photo Juliette Treillet

« Aussi, je trouvais intéressant de jouer avec les échelles, entre les villes qui apparaissent très lointaines et ces corps dont on est très proche. »

Ensemble, ces corps décorés et ces villes vues à distance racontent ce moment où les femmes se parent d’accessoires pour pénétrer la nuit, moment de grande vulnérabilité où toutes dévoilent les coulisses de l’aliénation supposée par les codes de la séduction. « Aussi, je trouvais intéressant de jouer avec les échelles, entre les villes qui apparaissent très lointaines et ces corps dont on est très proche. » Mises en réseau par des « formes à la fois organiques et industrielles », ces images sont associées à des photographies de morceaux de visage en silicone, qui convoquent encore une fois cette idée des corps normés par d’exigeants canons de beauté.

Vue de l’oeuvre « Être belle comme elles » de Marilou Poncin, au sein de l’exposition « Incarnations, Le corps » dans la collection du macLYON, Acte 2 au macLYON du 22 septembre au 7 janvier 2023.
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Vue de l’oeuvre « Être belle comme elles » de Marilou Poncin, au sein de l’exposition « Incarnations, Le corps » dans la collection du macLYON, Acte 2 au macLYON du 22 septembre au 7 janvier 2023., 2023

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© Marilou Poncin et la galerie Laurent Godin © Juliette Treillet

Une vidéo attire le regard : elle fait défiler, en scrollant comme sur un téléphone, de (vraies) photographies de jeunes femmes que l’artiste a trouvées sur Internet. Un texte s’y superpose : celui d’un journal intime fictif. « Je crée souvent des monologues pour mes vidéos, des textes qui digèrent des choses que je peux lire en ligne, sur des forums de témoignages, des expériences personnelles aussi, des anecdotes intimes… J’imagine ce que c’est d’être une jeune femme aujourd’hui. »

Le fantasme ultime

Et ce n’est pas une moindre affaire. En témoigne la série de photographies que Marilou Poncin expose à l’étage, au milieu des autres artistes d’« Incarnations » : de gauche à droite, cinq images d’elle-même, la première grimée en Kim Kardashian, puis petit à petit délestée de ses prothèses, faux cils, perruque et maquillage, jusqu’à redevenir elle-même. « Je me suis demandé : qui est, de nos jours, la personne qu’on doit imiter ? Kim Kardashian. Quel serait le fantasme ultime ? Devenir Kim Kardashian. J’ai voulu le vivre avec mon propre corps, et ça a demandé beaucoup d’implication, avec sept heures de maquillage. »

Vue de la carte blanche à Marilou Poncin « Perfection is a lie to play with »
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© Marilou Poncin et la galerie Laurent Godin, Paris / Photo Juliette Treillet

Entre l’idéal néocapitaliste de beauté et la jeune femme de trente ans, les étapes successives mettent en évidence un gouffre nourri de névroses, où chaque partie du corps et du visage doit subir une douloureuse transformation. Ainsi, si le féminisme n’a jamais eu autant la cote, le travail tout-terrain de Marilou Poncin met en évidence les terribles diktats qui demeurent à l’œuvre pour les jeunes femmes d’aujourd’hui. Captivant, et précieux. À suivre donc : l’artiste, actuellement résidente d’Artagon Pantin, sera exposée à la Chapelle XIV en janvier 2024.

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Incarnations, le corps dans la collection

Du 24 février 2023 au 9 juillet 2023

www.mac-lyon.com

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