Quand les peintres subliment notre vie quotidienne
Quand les peintres subliment notre vie quotidienne
Ils sont les fils de Bosch, Bruegel et des frères Le Nain. Leurs tableaux sont habités de ces détails qui nous rapprochent et révèlent des moments d’intimité, de joie, d’ennui ou de rêve en partage. De la jeune française Louise Sartor à la star américaine Dike Blair, Beaux Arts vous dit tout sur le style et les désirs d’une vingtaine d’artistes hors du commun.
Ils sont les fils de Bosch, Bruegel et des frères Le Nain. Leurs tableaux sont habités de ces détails qui nous rapprochent et révèlent des moments d’intimité, de joie, d’ennui ou de rêve en partage. De la jeune française Louise Sartor à la star américaine Dike Blair, Beaux Arts vous dit tout sur le style et les désirs d’une vingtaine d’artistes hors du commun.
TENDANCE
1. La jouissance des jours heureux
La peinture saisit et affiche ces moments de la vie, devenus trop rares, où tout est permis. Où chacun s’en donne à coeur joie, festoie, batifole, s’enivre, se délasse dans les profondeurs cotonneuses d’un canapé bleu. C’est le temps des vacances et de la paresse, sur des plages de sable blond, où les corps alanguis se repaissent de soleil et de l’air chaud qui caresse leur peau huilée. Les peintres ont les outils et un don manifeste pour figurer ces scènes et ces mondes-là, l’ailleurs, l’indolence, l’évanescence, les réjouissances.
Sous leur pinceau, la peinture travaille alors à inonder la toile de lumières et de couleurs afin de la teinter d’un éclat moite ou diaphane venant faire frémir de plaisir les silhouettes des personnages. Et rendre compte de toutes les sensations qui les traversent. Les tableaux du Brésilien Antônio Obá regorgent ainsi de la saveur et des parfums de la végétation luxuriante au milieu de laquelle posent ses modèles. Lesquels semblent d’ailleurs entrer en communication de manière presque sacrée avec la nature qui les environne, dans des scènes à la fois chaleureuses et un brin mystiques.
C’est une autre chaleur qu’exhalent les sportifs dépeints dans une touche nébuleuse par l’Américain Reggie Burrows Hodges. Ils suent l’effort par tous leurs pores au point, dirait-on, de mouiller les lignes du paysage autour d’eux. Leurs propres contours s’évanouissent dans la jouissance spectaculaire qu’ils prennent à se dépasser. Mais on peut aussi faire du sport en préférant le temps du réconfort. Les femmes que Danielle Orchard représente systématiquement avec des formes anguleuses, dénudées et en train de s’étirer langoureusement peuvent ainsi volontiers troquer leur raquette de tennis contre une bouteille de bière. Ici, les modèles abandonnent la partie. Ce n’est pas un hasard : dans ces scènes cool, les personnages s’abandonnent eux aussi littéralement. Et, avec eux, la peinture, qui s’autorise quelques écarts par rapport au réalisme.
C’est le cas chez Louise Sartor, qui, malgré l’apparente exactitude de son trait, prête à ses tranquilles sujets des corps aux proportions légèrement aberrantes. Cette manière d’oser faire un pas de côté par rapport au réel pour gagner des sphères plus oniriques est aussi celle qu’adopte la jeune Madelynn Green quand elle fixe dans une toile intitulée Zenith le concert d’un groupe de soul et son public conquis, dansant en rythme, sous le halo rose des projecteurs. Comme si la peinture ne renonçait jamais à faire le show.
Reggie Burrows Hodges – La peinture en forme olympique
Né en 1965 à Compton (Californie), vit et travaille à Lewiston (Maine).
Silhouettées d’un pinceau épais qui semble charrier la matière picturale avec une énergie bouillonnante, les sportives mises en scène par cet artiste afro-américain sont comme emportées dans leur élan, bousculant tout sur leur passage, contours, lumière, couleurs, jusqu’à leurs visages… Le thème du sport se fait rare sur les toiles, comme si la photographie et la télévision s’en étaient approprié la représentation. De ce point de vue, Reggie Burrows Hodges remet la peinture dans la course.
Représenté par les galeries Dowling Walsh (Rockland, Main) et Karma (New York).
Reggie Burrows Hodges, On Your Mark: Lean In, 2020
Courtesy Reggie Burrows Hodges et Karma, New York
Antônio Obá – Le temps de l’amitié
Né en 1983 à Ceilândia (Brésil), vit et travaille à Brasilia.
Comme cette toile fait chaud au coeur ! Ne respire-t-elle la franche amitié ? Ces trois garçons qui se tiennent soudés les uns contre les autres, posant sans aucune forfanterie, affichant cette mine réjouie qui dit les bons moments passés ensemble et l’intention de ne jamais se séparer. Même la nature autour d’eux et la lumière, rosâtre, semblent jalouses de leur bonheur, s’incrustant dans le portrait avec une délicatesse finalement chaleureuse. Antônio Obá, jeune peintre brésilien déjà présent dans la collection Pinault, fait battre au cœur de ses tableaux quelque chose qui ressemble au paradis perdu des sentiments entiers.
Représenté par la galerie Mendes Wood DM (São Paulo – New York – Bruxelles).
Antonio Obá, Quando dois ou mais…, 2019
Courtesy Antonio Obá et Mendes Wood DM, São Paulo- Bruxelles-New York / Photo Diego Bresani. © Antonio Obá / Courtesy Mendes Wood DM, São Paulo-Bruxelles-New York / Photo Bruno Leão
Danielle Orchard – Odalisques à la bouteille de bière
Née en 1985 à Michigan City (Indiana), vit et travaille à Brooklyn.
Pensives et lascives, passives et inexpressives, les joueuses de tennis peintes par cette jeune artiste américaine montent pourtant au filet pour occuper tout le cadre du tableau. La palette est pop, qui met en valeur leur peau légèrement hâlée. Les contours anguleux, picassiens en diable, accentuent la manière dont les corps s’abandonnent ostensiblement à la paresse, indifférents, semble-t-il, à leur pouvoir de séduction.
Représentée par la galerie Jack Hanley (New York).
Danielle Orchard, Tennis Lesson, 2018
Courtesy Danielle Orchard et Jack Hanley Gallery, New York
Louise Sartor – Aberrations romaines
Née en 1988 à Paris, où elle vit et travaille.
Le plus souvent, Louise Sartor peint à la gouache sur des petits supports en carton ou en papier qui lui tombent sous la main, notamment des pelles à crottes de chien (jetables, donc). Ses paysages et portraits restent, quant à eux, d’une virtuose et chaleureuse tenue. Résidente à la Villa Médicis ces derniers mois, elle en a dépeint les majestueux pins centenaires. Elle y a également réalisé le portrait de ce jeune homme dont la tenue estivale, les pieds nus et la lecture d’un album de Reiser disent la bienheureuse insouciance. Louise Sartor le fait comme sortir de lui-même et des limites de la réalité : son corps, aux proportions aberrantes, s’est échappé de ce monde confiné.
Représentée par la galerie Crèvecœur (Paris).
Louise Sartor, Vive les vacances !, 2019
Courtesy Louise Sartor & Crèvecoeur, Paris / © Jean Christophe Lett. © Naoki Sutter-Shudo.
Les Vies Minuscules au Festival ¡ VIVA VILLA !
Jusqu’au 14 mars 2021
Collection Lambert en Avignon • 5 Rue Violette • 84000 Avignon
www.collectionlambert.fr
Madelynn Green – Au rythme du funk et de la soul
Née en 1993 à Milwaukee (Wisconsin), vit et travaille à Londres.
Des scènes de danse et de liesse où les fêtards rythment la toile de leurs corps alertes et gracieux… Le thème et la tonalité enjouée de la peinture de cette jeune artiste américaine rappellent ceux des impressionnistes. Mais Madelynn Green change le décor, les protagonistes et la musique. Ses tableaux, où le pinceau moutonne en taches roses, noires, blanches, pleines d’air et d’électricité, plongent au cœur de la soul ou du funk pour se mettre au diapason d’une culture noire qui fait rayonner ses rythmes et sa fièvre dans tous les coeurs. Let’s entertain all together.
Représentée par Almine Rech (Paris – Londres – New York – Bruxelles – Shanghai).
Madelynn Green, Zenith, 2020
© Madelynn Green / Photo Rebecca Fanuele / Courtesy Madelynn Green et Almine Rech, Paris-Bruxelles-Londres-New York-Shanghai. Photo Melissa Castro Duarte.
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