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Vue de l’exposition”Perspective”, une rétrospective de Richard Peduzzi au Mobilier national, 2024
© Simon d’Exea
Richard Peduzzi nous a donné rendez-vous à deux pas du Mobilier national, dans un restaurant basque où l’idée de l’exposition est née. Le grand scénographe ne voulait pas d’un regard figé dans le rétroviseur. Ce qu’il a fait jusqu’à ce jour s’inscrit dans un continuum où une création engendre d’autres créations dans un renouvellement perpétuel. Il a ainsi voulu rendre perceptible cette dynamique sur les deux étages de la galerie des Gobelins où se déploie, de manière protéiforme, la cohérence de son univers.
Mobilier, dessins, peintures, maquettes de décors sont autant de variations d’une même recherche qui vise à donner forme à ce qui travaille intérieurement. Dans le cadre vide de la scène, Richard Peduzzi s’est employé, au cours de plus de quatre décennies de compagnonnage avec Patrice Chéreau, à organiser le chaos pour construire des « paysages » en équilibre entre le quotidien et le mythe, toujours attentif à ce « qu’on y sente la vie s’écouler ». « Je dois voir l’émotion », dit-il en guise de fil conducteur.
Le Mobilier national accueille les « paysages » de Richard Peduzzi, 2024
©Simon d’Exea
L’évidence qui se dégage de sa production est le fruit d’un long cheminement qui a bravé bien des obstacles. La ligne claire de son travail a triomphé des forces destructrices qui auraient pu l’empêcher d’advenir. En premier lieu, un début d’existence marqué par le désordre. « L’inquiétude est née en même temps que moi. » Pendant la guerre, ses parents qui s’aiment trop tôt se séparent très vite. Le père fonde une autre famille tandis que la mère est emprisonnée après une liaison avec un officier allemand.
On est frappé de constater combien Richard Peduzzi aura mis de lui dans ce qu’il a conçu pour servir l’univers d’un autre.
Le jeune Richard va devoir inventer sa place. En attendant, il déambule dans les ruines du Havre où il passe ses étés chez ses grands-parents maternels. L’errance dans ce décor apocalyptique a un goût d’évasion face à l’horizon mouvant de la mer et le spectacle des bateaux sous la lumière changeante du ciel normand. Des motifs et des couleurs qui scanderont plus tard son imaginaire. C’est la découverte de la peinture qui fera basculer son destin du bon côté. Mais, tout de suite, il comprend que l’isolement de la création lui sera insupportable. « J’avais besoin de sentir la vie s’agiter autour de moi. »
Le décorateur, designer, peintre et scénographe Richard Peduzzi au Mobilier national, 2024
© Simon d’Exea
En 1967, la rencontre presque inespérée avec Patrice Chéreau à l’aube de sa carrière sonnera comme un salut. « Son regard a provoqué l’élan que j’attendais. » Richard Peduzzi trouve dans le théâtre une dimension collective dont il a besoin pour vaincre ses inquiétudes et s’adonner à sa façon à la peinture. Sans y avoir été formé, il découvre le métier de scénographe et s’impose comme décorateur attitré du metteur en scène. Ensemble, ils créeront une vingtaine de pièces et une dizaine d’opéras. Des spectacles qui feront date tel leur célèbre Ring à Bayreuth entre 1976 et 1980.
En parcourant l’exposition, on est frappé de constater combien Richard Peduzzi aura mis de lui dans ce qu’il a conçu pour servir l’univers d’un autre. Dans ses décors, la difficulté d’accéder au monde s’incarne tantôt par la vision d’une maison tremblant comme un rêve englouti au cœur du réel, tantôt par l’image implacable d’une forteresse dressant ses hauts murs devant la fragilité des corps et leur conscience aiguë.
Les maquettes de décors de Richard Peduzzi exposées au Mobilier national, 2024
© Simon d’Exea
Le sentiment métaphysique d’être prisonnier d’une condition sans issue pousse Richard Peduzzi à sonder en artiste les possibilités d’atteindre une forme d’apaisement, ou d’envol, dans la « boîte » de nos existences. En 1988, de nouveaux chemins s’ouvrent à lui. À l’occasion de sa première collaboration avec Luc Bondy, il crée sa première chaise pour la pièce Contes d’hiver de Shakespeare. La même année, le Mobilier national lui passe une première commande de meubles et le Grand Palais l’invite à scénographier l’exposition Degas.
Les chaises de Richard Peduzzi en lévitation au Mobilier national, 2024
© Simon d’Exea
Deux ans plus tard, il devient directeur de l’École nationale supérieure des arts décoratifs sans jamais y avoir été reçu. Ainsi va l’errance de l’autodidacte qu’elle se transforme en véritable chemin par la liberté de sa trajectoire. Des dessins deviennent des décors ou des objets qui, à leur tour, se muent en peintures. Le regard se démultiplie en diverses réalisations sans se préoccuper des frontières. Comme Rembrandt partait de l’obscurité pour aller vers la lumière, Richard Peduzzi est parti du vide pour sculpter d’autres lieux à l’intérieur de l’espace commun.
Richard Peduzzi. Perspective. Mobilier, décors, dessins
Du 16 octobre 2024 au 31 décembre 2024
www.mobiliernational.culture.gouv.fr
Mobilier national • 1 Rue Berbier du Mets • 75013 Paris
www.mobiliernational.culture.gouv.fr
À lire :
Percussion Discussion. Conversation entre Richard Peduzzi et Arnaud Laporte
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Au centre, « Rocking-chair »
Réalisation Atelier de Recherche et de création, 1992
Mobilier national