Paris

Avec ses installations textiles en lévitation, Olga de Amaral nous envoûte à la fondation Cartier

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Publié le , mis à jour le
À 92 ans, jamais Olga de Amaral n’avait bénéficié d’une rétrospective en Europe. C’est désormais chose faite à la fondation Cartier, qui présente jusqu’au 16 mars prochain toute la richesse de l’œuvre de cette créatrice aux doigts d’or, pionnière du fiber art et icône de la scène artistique colombienne. Une révélation envoûtante.
Vue de l’exposition d’Olga de Amaral à la Fondation Cartier
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Vue de l’exposition d’Olga de Amaral à la Fondation Cartier

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Brumas, 2014–2018

Lin, gesso, acrylique, papier japonais et bois • © Marc Domage

À peine a-t-on franchi le seuil de la fondation Cartier que l’on est envoûté par ce qui ressemble à une pluie fine tombant inexorablement dans l’écrin de verre de Jean Nouvel, telles des gouttelettes en suspension dessinant dans l’espace des formes géométriques colorées. Quel est donc ce fabuleux phénomène, que le plus brillant des météorologues ne saurait expliquer ?

Comment interpréter ce mystérieux langage tissé de cercles, de rectangles ou de losanges ? Une magicienne nous aurait-elle jeté un sort ? C’est tout comme… Intitulée Brumas, cette installation ensorcelante est l’œuvre d’Olga de Amaral, artiste aux doigts de fée qui, à 92 ans passés, se voit enfin honorée d’une rétrospective parisienne. Une première en Europe.

Une pionnière du fiber art

Portrait de l’artiste Olga de Amaral
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Portrait de l’artiste Olga de Amaral, 2024

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Casa Amaral, Bogota, Colombie • © Juan Daniel Caro

On peut donc parler ici de découverte, sinon de révélation, et ce même si les visiteurs assidus de la fondation avaient déjà pu admirer une poignée de ses Brumas dans l’exposition « Géométries Sud, du Mexique à la Terre de Feu » (2018–2019).

Presque inconnue en France, Olga de Amaral est dans son pays natal, la Colombie, comme aux États-Unis, considérée comme une pionnière du fiber art – un mouvement dont les artistes (Magdalena Abakanowicz, Sheila Hicks…) se sont emparés de toutes sortes de fibres textiles naturelles ou synthétiques, pour créer à partir des années 1960 des œuvres aux dimensions souvent monumentales, défiant les lois de la sculpture et de l’installation.

Inspirée par le Bauhaus

Nourries de son intérêt pour les mathématiques, la couleur mais aussi la matière, ses œuvres s’affranchissent de la planéité du textile.

Tandis que la Colombie fait face à une période de troubles politiques, Olga de Amaral s’installe, au milieu des années 1950, aux États-Unis, où elle étudie à l’Académie Cranbrook des arts. De retour à Bogota, elle développe une pratique imprégnée des idéaux du Bauhaus, qui dans la lignée du mouvement Arts & Crafts, né en Angleterre à la fin du XIXe siècle, abolit toute hiérarchie entre art et artisanat. Nourries de son intérêt pour les mathématiques – la géométrie en particulier –, la couleur mais aussi la matière, ses œuvres s’affranchissent de la planéité du textile. Avec une minutie et une dextérité remarquables, Olga de Amaral tisse, tresse, entrelace, noue, enroule inlassablement la laine, mais aussi des fils de lin, du crin de cheval, et même de fines chutes de plastique qu’elle peut aussi peindre ou couvrir de gesso (un enduit fabriqué à base de plâtre et de colle).

Installation d’Olga de Amaral à la Fondation Cartier
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Installation d’Olga de Amaral à la Fondation Cartier

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De gauche à droite : Farallón al ocaso, 1972 ; Paisaje de calicanto y rocas, 1981 ; Muro en rojos, 1982 ; Riscos en bruma 2, 1988

© Marc Domage

À la fondation Cartier, ses œuvres s’émancipent des cimaises et semblent léviter, flotter dans l’espace comme des paysages apparus en rêve. La scénographie, conçue par l’architecte franco-libanaise Lina Ghotmeh, traduit d’ailleurs merveilleusement l’attachement de l’artiste pour la nature et les panoramas de la Colombie. Au rez-de-chaussée, ses structures textiles les plus monumentales, qui se dressent face aux visiteurs telles de hautes falaises de laine et de crin de cheval aux tons terreux, semblent émerger des rochers qui jalonnent le parcours.

Forces mystiques

Vue de l’exposition d’Olga de Amaral à la Fondation Cartier
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Vue de l’exposition d’Olga de Amaral à la Fondation Cartier

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© Cyril Marcilhacy

Certains des grands panneaux, comme Entorno quieto 2 et Riscos en Sombra, réalisés à partir de strates de textiles superposées (comme autant de couche géologiques), évoquent directement les reliefs rocailleux de Colombie, en particulier ceux de la région de Medellín, d’où est originaire la famille de l’artiste.

Au niveau inférieur de la fondation, ses œuvres sont suspendues dans les airs et scintillent dans la pénombre tels de précieux bijoux. Le visiteur peut ainsi librement déambuler parmi ces joyaux somptueux, tressés de mille et un fils colorés, dorés ou argentés, et s’abandonner tout entier à leur aura magnétique. Si la couleur est dès ses débuts omniprésente dans l’œuvre d’Olga de Amaral, elle cède peu à peu sa place à la feuille d’or, que l’artiste applique par petites touches, presque timidement, sur quelques fils de coton. À partir des années 1980, l’or devient finalement son matériau de prédilection, et recouvre entièrement la surface de ses œuvres rigidifiées par le gesso.

Les œuvres suspendues d’Olga de Amaral à la Fondation Cartier
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Les œuvres suspendues d’Olga de Amaral à la Fondation Cartier

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© Cyril Marcilhacy

Autant inspirée par les flamboyants autels des églises baroques de Bogota que par l’orfèvrerie précolombienne, Olga de Amaral débute dans les années 1990 une série éblouissante intitulée « Estelas » et composée de 70 stèles tissées de coton très rigide, aussi robustes que des mégalithes ou des menhirs. Entièrement habillée d’or, leur surface éclatante évoque tantôt les mosaïques de l’art byzantin, tantôt la peau d’une créature fantastique sortie d’un conte… Leur puissance mystique stoppe net toute tentative d’interprétation. « Une pierre, nous dit l’artiste, recèle le secret de l’univers. »

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Olga de Amaral

Du 12 octobre 2024 au 16 mars 2025

www.fondationcartier.com

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