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Scène du Bauhaus : inconnue dans un fauteuil tubulaire de Marcel Breuer portant un masque d’Oskar Schlemmer en 1926
© Bauhaus-Archive Berlin
Repérée sur les vidéos TikTok, les posts Instagram, dans les lookbooks de mode, les clips de K-pop… Depuis 2020, la chaise Wassily fait fureur sur la Toile et les réseaux sociaux ! Avec son style architectural, ses bandes de cuir tendues sur des tubes en acier style transat de luxe, elle incarne l’esprit lounge et chic à l’état pur, séduit les adeptes de vintage et de design minimaliste. Dans le magazine lifestyle américain Town & Country, une journaliste confie même avoir nourri une obsession pour l’objet, renforcée par le confinement qui « n’a fait qu’accroître son amour pour la perfection de la chaise longue Bauhaus ».
@thedigitalcowboycouldn’t be me tho♬ Tweakin’ Together – Bktherula
Inimaginable pour une chaise vieille de près d’un siècle ! Pensée par le jeune Marcel Breuer (1902–1981), elle voit le jour en 1925 dans les enceintes du Bauhaus, cette extraordinaire école d’arts appliqués fondée quelques années plus tôt à Weimar qui révolutionne le monde du design et de l’architecture. Tout juste formé en ébénisterie, Breuer y est professeur à seulement 24 ans…
Marcel Breuer assis sur la chaise Wassily
© Heritage Images / Contributeur
Un jour, il s’achète un de ces vélos au guidon formé de tubes d’acier. Un jeune architecte tente alors de lui expliquer comment se compose son cadre de bicyclette : « on le courbe comme un macaroni ! » C’est le déclic. L’image est si étonnante qu’elle inspire le jeune créateur. Dans le plus pur esprit Bauhaus mêlant simplicité, fonctionnalité et esthétique, il commence par concevoir des couverts en acier tubulaire pour la cantine de l’école, puis des tables et des fauteuils, dont la chaise B3, la future Wassily…
C’est une révolution. Avant cela, l’acier tubulaire n’était utilisé que dans les hôpitaux ou pour l’armée, mais personne n’avait pensé à exploiter son potentiel pour le mobilier ! Plus facile à courber que le bois, il se tord prodigieusement sous la volonté de Breuer, qui en fait une « véritable sculpture dans l’espace » selon ses propres mots. Quant à l’assemblage, pas de soudure, le designer raisonne à la manière d’un ébéniste, juxtaposant les tubes pour les visser. Il y ajoute ensuite sept pièces de tissus tendus. On s’y sent comme dans un hamac !
Pourtant, l’industrie refuse de la produire, la jugeant froide et laide. En 1925, les fauteuils sont plutôt en bois, marquetés, décorés, rembourrés de tissu à motifs. Rien à voir avec l’esprit fonctionnel et épuré du fauteuil B3 ! Seule l’intrépide maison Thonet accepte d’en commercialiser certains exemplaires, sans grand succès. Il faudra bel et bien attendre que les goûts évoluent, que de nouveaux matériaux surgissent et que les modes de vie soient chamboulés. En somme, les bouleversements de la Seconde Guerre mondiale.
Marcel Breuer, Fauteuil Wassily (Chaise modèle B3), 1927
Structure en tube d’acier chromé, assise, dossier et accoudoirs en cuir • © Ulrich Fiedler / Photo Martin Müller
« C’est bien un hommage à Kandinsky, mais presque 35 ans plus tard. »
Marcel Breuer
Cap sur les États-Unis : dès 1933, les nazis ferment définitivement l’école du Bauhaus, incitant les esprits créatifs à fuir vers de nouveaux horizons. Marcel Breuer ne déroge pas à la règle : il part enseigner à l’école d’architecture de Harvard, et devient un architecte incontournable du mouvement moderniste, concevant entre autres le Whitney Museum à New York. En 1950, coup de chance : le fabricant italien Dino Gavina souhaite rééditer sa chaise B3. Il fait remplacer le tissu par du cuir, diminue ses dimensions et la rebaptise Wassily en l’honneur du peintre abstrait Wassily Kandinsky, premier admirateur du fauteuil. Breuer se souvient encore de sa surprenante visite dans son studio, dès les années 20, lorsque ce dernier enseignait la peinture murale au Bauhaus. Il s’était tant exalté devant le prototype de la B3… « C’est bien un hommage à Kandinsky, mais presque 35 ans plus tard », déclare le designer dans une interview pour France Culture. Un bel hommage certes, mais surtout un nom bien plus accrocheur !
Édition limitée de la chaise Wassily par Knoll
Courtesy Knoll / Photo Federico Cedrone
« C’est une innovation dans le design moderne. On peut la comparer à la première automobile, au premier ordinateur Apple ou au premier smartphone parce qu’elle a changé la donne », déclare Mateo Kries, le directeur du Vitra Design Museum, à propos de la Wassily. Pour s’offrir cette icône d’élégance et de simplicité tant convoitée, il faut compter minimum 2000 euros ! Attention cependant aux copies qui pullulent : pour les éviter, il faut repérer sur le fauteuil le logo de la maison Knoll qui l’édite, la signature de Breuer et son numéro de série. Aucun boulon ou vis ne doit dépasser. Les dimensions sont exactes. Et il faut que le cuir en croûte de bœuf soit impeccable… Pour un objet d’art intemporel.
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