Léonide Bourges, Autoportrait (détail), XIXe siècle
Huile sur toile • Coll. Musée Daubigny, Auvers-sur-Oise • © Musée Daubigny
En 1890, Vincent van Gogh passe les derniers mois de sa vie à Auvers-sur-Oise, un village paisible du Val-d’Oise qui devient le théâtre d’une intense production artistique. Il y peint pas moins de 70 toiles. Tout l’inspire : le docteur Paul Gachet, les champs de blé ondulant sous le vent, les racines d’arbres à demi arrachées, et, bien sûr, l’église d’Auvers, qu’il immortalise dans une œuvre emblématique, aujourd’hui conservée au musée d’Orsay. Son cadrage audacieux en légère contre-plongée, son ciel tourmenté et ses touches expressives font de cette toile l’un des sommets de son œuvre.
Mais en 2024, une découverte inattendue vient bouleverser cette image : un tableau signé Léonide Bourges (1838–1909), reprend exactement le même angle. Repérée lors d’une vente aux enchères par Wouter van der Veen, spécialiste reconnu de Van Gogh, cette peinture trouée et couverte des stigmates du temps, était tombée dans l’oubli. Conscient de sa valeur historique et artistique, le curateur en a fait don au Département du Val-d’Oise pour qu’elle soit restaurée et montrée au public.
Rien n’indique une rencontre entre les deux artistes.
À travers cette représentation plus sereine, Léonide Bourges propose une vision contrastée de ce même édifice. Si Van Gogh impose un style nerveux, aux tons bruts et juxtaposés, Bourges préfère les touches fondues. La scène est paisible, le format horizontal ouvre l’espace… Pourtant une similitude troublante subsiste : comme chez Van Gogh, une silhouette solitaire traverse le tableau. Deux regards, deux sensibilités, mais une même émotion face à l’église.
À gauche, “Église d’Auvers” de Léonide Bourges. À droite, “L’Eglise d’Auvers-sur-Oise, vue du chevet” de Vincent van Gogh, 1890, Huiles sur toile
64 x 55 cm / 93 x 74,5 cm • Coll. château d'Auvers-sur-oise. Coll. musée d'Orsay, Paris • DR
Reste une énigme que les historiens de l’art n’ont pas encore tranchée : Bourges a-t-elle vu la toile de Van Gogh, ou l’a-t-elle précédé ? Le tableau de Léonide Bourges n’est pas daté, et rien n’indique une rencontre entre les deux artistes, bien qu’ils aient fréquenté les mêmes lieux et les mêmes figures, à commencer par le docteur Gachet, grand soutien des peintres de l’époque.
Née en 1838, formée à Écouen auprès de Pierre-Édouard Frère, Léonide Bourges rejoint le foyer artistique d’Auvers en 1871. Influencée par Camille Corot, elle pratique la peinture de paysage en plein air et réalise, à travers une multitude de petits formats, un véritable reportage sur le village. En 1894, elle publie Daubigny, souvenirs et croquis, un recueil de gravures et de textes qui témoigne de l’effervescence artistique de la commune.
Longtemps invisibilisée, cette peintre retrouve aujourd’hui la place qu’elle mérite. Restaurée avec soin, tout en laissant visibles certaines altérations, son œuvre est désormais exposée au château d’Auvers, dans le cadre de l’exposition « Van Gogh, les derniers voyages ». Elle vient enrichir les collections du Département et redonner corps à une histoire de l’art plus fidèle à la diversité des talents qui ont marqué ce territoire. Une précieuse redécouverte !
Van Gogh, les derniers voyages
Du 7 octobre 2023 au 2 novembre 2025
Château d'Auvers-sur-Oise • chemin des Berthelées • 95430 Auvers-sur-Oise
www.chateau-auvers.fr
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