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Quai Branly

Créer sous hallucinogènes : une pratique ancestrale encore énigmatique explorée au quai Branly

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On le sait, nombre d’artistes, surtout dans les années 1960, ont consommé des substances hallucinogènes pour trouver l’inspiration. Actuellement, une exposition au musée du quai Branly nous rappelle que cette pratique est bien plus lointaine, en révélant l’art méconnu d’un peuple autochtone d’Amazonie, les Shipibos-Konibos, adepte d’un breuvage désormais très prisé par les Occidentaux : fascinant.
Anderson Debernardi, Iniciación shamanica
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Anderson Debernardi, Iniciación shamanica, date inconnue

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acrylique sur toile • 128,5 × 103,5 cm • Coll. particulière • Courtesy Anderson Debernardi

« Dans le nord-ouest de l’Amérique du Sud, il existe une drogue magique dont les Indiens pensent qu’elle libère l’âme du corps de façon qu’elle puisse errer librement et regagner son enveloppe charnelle lorsqu’elle en a envie », écrivent en 1979 le botaniste Richard Evans Schultes et le chimiste Albert Hofmann (dans l’ouvrage intitulé Les Plantes des dieux).

Le nom de ce puissant psychotrope : l’ayahuasca, qui signifie en quechua « liane des morts », une liane originaire d’Amazonie fortement psychoactive, dont la consommation (le plus souvent obtenue en faisant bouillir des bouts de son écorce) aurait débuté vers l’an 1500.

Chonon Bensho, Moatian jonibo
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Chonon Bensho, Moatian jonibo, 2022

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Broderie sur tissu • 165 × 132 cm • Courtesy Chonon Bensho / © The Shipibo- Conibo Center, New York / © W-Galería, Buenos Aires

Confrontation de tons chauds et froids, foisonnement de personnages et de reliefs, végétation luxuriante, êtres hybrides…

Pendant le rituel (car pas question de la boire seul dans son coin, sans assistance), le chaman multiplie les chants traditionnels pour guider les buveurs dans leurs visions fantastiques et parfois horrifiques où peuvent se manifester des esprits, des serpents géants ou de féroces jaguars. Les hallucinations durent entre six et huit heures. Au début, on est souvent pris de vertiges, de nausées ou de vomissements… Le corps se purifie pendant que surgissent des motifs géométriques, des lignes labyrinthiques qui font penser aux réseaux neuronaux : ce sont d’eux que les femmes de la tribu Shipibo-Konibo, vivant principalement en Amazonie péruvienne, s’inspirent pour tatouer les corps, orner les céramiques, les textiles ou les bijoux.

Un « patrimoine culturel de la nation » au Pérou

Cet art qui se nomme Kené (qui signifie « conception », « dessin » ou aussi « maillage ») s’élève au rang de « patrimoine culturel de la nation » au Pérou. Le musée du quai Branly en expose de merveilleux exemples : une jarre en terre cuite dont le visage en relief est recouvert de tracés anguleux ou une jupe brodée de milliers de vaguelettes. Mais aussi des œuvres d’artistes contemporaines Shipibo tels que Sara Flores (née en 1950, elle est également à l’honneur à la galerie parisienne de White Cube pour sa première exposition personnelle en Europe) qui trace ses motifs à l’aide de pigments végétaux sur des toiles de coton.

Sara Flores, Untitled (Maya Kené 2)
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Sara Flores, Untitled (Maya Kené 2), 2021

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teintures végétales sur toile de coton sauvage, • 134 × 235 cm • Coll. Justin Nelson • Courtesy de l’artiste / © The Shipibo-Conibo Center, New York

Dans les années 1980, l’artiste-chamane Pablo Amaringo (1938–2009) commence même à peindre sur toile ses propres hallucinations, en pionnier d’un art visionnaire venu d’Amazonie péruvienne. Exposée pour la première fois dans un grand musée européen, sa gouache intitulée Cosmología amazónica de 1987 figure le rituel chamanique dans un paysage orné de scènes ahurissantes (dont quelques aliens débarquant d’un ovni !) : confrontation de tons chauds et froids, foisonnement de personnages et de reliefs, végétation luxuriante, êtres hybrides…

L’ayahuasca, une pratique thérapeutique

Il nous précise qu’avec le « tourisme chamanique » en forte croissance depuis les années 1990, les artistes occidentaux se laissent tenter par l’expérience…

De ce breuvage hallucinogène, il ne découle rien de terne, ni d’inconsistant. Les œuvres exposées détonnent et, à défaut de nous plonger dans la culture psychédélique des années 1960 (comme avait pu le faire l’exposition « Sous influences » à la Maison rouge en 2013), reflètent le rôle central de cette drogue au sein de certaines populations autochtones d’Amérique. L’ayahuasca est à la fois une pratique thérapeutique, un moyen de communiquer avec les esprits et les dieux, en plus d’être une source d’inspiration artistique – à l’image des champignons psilocybes qui seraient probablement à l’origine des motifs présents dans les fresques rouges des pyramides mexicaines de Teotihuacan, il y a des milliers d’années. Au sujet de cette utilisation ancestrale, les recherches scientifiques se poursuivent encore, et c’est ici un captivant état des lieux que propose le commissaire de l’exposition David Dupuis, docteur en anthropologie.

Pablo Amaringo, Cosmología amazónica
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Pablo Amaringo, Cosmología amazónica, 1987

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Gouache sur toile • 90 × 158 cm • Coll. L. E. Luna • Courtesy Pablo Amaringo / © Pioneeri Production oy

Il nous précise qu’avec le « tourisme chamanique » en forte croissance depuis les années 1990, les artistes occidentaux se laissent tenter par l’expérience, la consommation d’ayahuasca étant formellement interdite dans de nombreux pays (en France, depuis 2005). L’un d’entre eux est bien connu : le cinéaste français Jan Kounen qui a produit toute une série de dessins colorés à l’aquarelle, et même un film en réalité virtuelle retraçant ses visions et sensations. Disponible à la fin du parcours, il faut toutefois redoubler de patience pour pouvoir le visionner, car nombreux sont les curieux de ce voyage spirituel, créatif et libérateur, capable d’ouvrir des horizons insoupçonnés.

Visions chamaniques. Arts de l'Ayahuasca en Amazonie péruvienne

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