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REPORTAGE

Dans les coulisses de l’exposition « Pastels » au musée d’Orsay

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Publié le , mis à jour le
La préparation de l’exposition « Pastels. De Millet à Redon » au musée d’Orsay a été l’occasion d’une importante campagne de conservation-restauration du fonds exceptionnel conservé dans les sous-sols de l’ancienne gare des bords de Seine. Nous nous sommes glissés dans les réserves pour comprendre ces opérations délicates réalisées par des expertes, restauratrices du patrimoine graphique, durant quatre mois. Entre passion et grande maîtrise technique, ces mains d’or n’ont eu qu’un objectif : que vous puissiez admirer la beauté veloutée des 95 pastels, exposés depuis hier !

1. L’état des lieux

À gauche : « Procession au crépuscule », André Devambez (1902) ; à droite : Ève Menei procède au dépoussiérage du revers de la toile du pastel de Devambez, très encrassé faute de protection du dos.
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À gauche : « Procession au crépuscule », André Devambez (1902) ; à droite : Ève Menei procède au dépoussiérage du revers de la toile du pastel de Devambez, très encrassé faute de protection du dos.

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Cette campagne de conservation-restauration a été pilotée par Nadège Dauga, mandatée par le musée d’Orsay, avec le concours d’Éve Menei et le renfort de Sophie Chavanne, restauratrices indépendantes.

Pastel sur toile • 81 × 130 × 5 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris. © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Sophie Crépy. © Photo Simon Lerat.

Avant d’être restauré, le pastel encadré fait l’objet d’un examen attentif avec constat d’état et d’un diagnostic avant de formuler une proposition de traitement avec un protocole adapté. Après cela, les interventions de conservation-restauration – qui peuvent s’étaler sur des dizaines d’heures pour une seule œuvre – commencent. On attaque par l’ouverture du cadre et le retrait du pastel, un dépoussiérage du revers, un démontage éventuel, un nettoyage des résidus de montage antérieur puis, le cas échéant, le dégagement de mycéliums de micro-organismes, la consolidation des zones fragiles du papier, un comblement des lacunes et une mise au ton si nécessaire, et enfin une rehausse du verre dans un conditionnement dit de « conservation » avec ou sans l’aménagement et/ou la restauration du cadre.

2. Restaurer c’est avant tout conserver

À gauche : Nadège Dauga montre le dos de l’encadrement vétuste d’une récente acquisition d’un pastel de Marguerite Carpentier avant intervention de l’équipe de restauratrices ; à droite : Ouverture de la boîte de conditionnement temporaire d’où l’on extrait le pastel restauré et monté de Gustave Caillebotte, “Le Nageur” (1877)
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À gauche : Nadège Dauga montre le dos de l’encadrement vétuste d’une récente acquisition d’un pastel de Marguerite Carpentier avant intervention de l’équipe de restauratrices ; à droite : Ouverture de la boîte de conditionnement temporaire d’où l’on extrait le pastel restauré et monté de Gustave Caillebotte, “Le Nageur” (1877)

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Pastel sur papier (à droite) • 69 x 88,5 cm (à droite) • © Photo Simon Lerat.

Comme pour toutes les œuvres d’art, l’exigence se porte sur le contrôle de l’environnement climatique et lumineux où sera présenté le pastel encadré, afin d’éviter les risques d’altération des matériaux constitutifs de l’œuvre : on parle là de conservation préventive. D’autant qu’un pastel est particulièrement fragile et ne saurait être montré dans un musée comme il a pu être accroché avant dans une résidence privée. En réserve, il est conservé à plat ou accroché sur grille, à l’abri de la lumière, car le papier et certains pigments du pastel souffrent de leur fréquence d’exposition et d’être soumis aux rayons UV et qui vont altérer leur teinte et les fragiliser. Pour cela, l’exposition d’un pastel, comme tout art graphique, ne peut être exposé à une intensité lumineuse de plus de 50 lux.

3. Des moisissures à bannir

Nadège Dauga procède au dégagement des moisissures par microaspiration sur ce pastel.
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Nadège Dauga procède au dégagement des moisissures par microaspiration sur ce pastel.

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© Photo Simon Lerat.

La singularité du pastel consiste en un médium poudreux et velouté dont le composant crayeux de la charge mêlé au pigment auquel il s’agglomère disperse la réfraction de la lumière et modifie de facto la perception des couleurs. La couche picturale du pastel est constituée par une stratification alternant poudre sèche et application humide, qui agit comme une éponge au contact de l’humidité. Par exemple, avant leur entrée dans les collections du musée d’Orsay, certains pastels ont pu subir un dégât des eaux, son pire ennemi, et le pastel va en absorber les résidus et produits de dégradation, ce qui crée des tâches et/ou des auréoles. Une autre source d’humidité est plus sournoise : les variations hygrométriques de l’atmosphère produisent une condensation de microgouttes sous le verre de protection. Cette humidité latente va favoriser un confinement provoquant le développement de microorganismes, qui peuvent coloniser la surface du pastel lorsque les conditions favorables sont réunies : forte humidité, chaleur et poussières. Ce sont les mycéliums (moisissures), qui vont se nourrir du substrat de la couche picturale et provoquer in fine des taches brunes à noirâtres. Pour prévenir leur prolifération et les éliminer en surface, Nadège Dauga les aspire délicatement, à l’aide d’un ingénieux système fabriqué par l’équipe des restauratrices : une pipette Pasteur surmontée de poils extrêmement fins d’un pinceau.

4. Les altérations du papier

Vue du pastel sur papier de Redon, « Fleur de sang » (1895) remis à plat par une tension sur carton.
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Vue du pastel sur papier de Redon, « Fleur de sang » (1895) remis à plat par une tension sur carton.

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33,1 × 44,2 cm • © Photo Simon Lerat.

L’hygrométrie peut également modifier la structure physique du support du pastel. Une coulure accidentelle pourra aussi réduire l’adhésion du papier de l’œuvre à son support toile ou papier en réactivant une partie de la colle. L’alternance humidité/sécheresse va créer des tensions, ce qui fait gondoler le papier (comme c’est le cas de ce Redon), et à terme peut favoriser la chute et la perte des pigments poudreux, ou créer, au pire, des déchirures ou son éclatement, que l’on pourra toutefois consolider avec du papier japonais et une colle cellulosique. Pour résorber les ondulations du papier, les restauratrices peuvent agir en les retendant. Bien sûr, dans le respect de l’œuvre originale.

5. Le verre au centre des attentions

Sophie Chavanne fixe la rehausse augmentée sur le verre de conservation qui sera utilisé pour le nouveau conditionnement du pastel du Caillebotte.
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Sophie Chavanne fixe la rehausse augmentée sur le verre de conservation qui sera utilisé pour le nouveau conditionnement du pastel du Caillebotte.

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© Photo Simon Lerat.

Le pastel est très sensible aux vibrations lors de ses déplacements, ce qui provoque la chute des pigments superficiels et leur dispersion, en modifiant l’aspect de surface du pastel et, par conséquent, sa lecture. La poudre du pastel se dépose alors sur le verre de protection ou en fond de rehausse de l’encadrement. Après le nettoyage de ces matériaux, il s’agit de mieux conserver l’œuvre dans son encadrement : la meilleure protection consiste en un conditionnement de conservation étanche avec une rehausse sous un verre feuilleté aux propriétés antireflets, qui restera hors de contact avec l’œuvre.

6. Et les cadres retrouvent leur éclat

À gauche : Infiltration d’adhésif au pinceau sous les écailles d’apprêt fragile ; à droite : Fers à reparer servant à sculpter les apprêts.
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À gauche : Infiltration d’adhésif au pinceau sous les écailles d’apprêt fragile ; à droite : Fers à reparer servant à sculpter les apprêts.

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© Photo Simon Lerat.

Une vingtaine de cadres ont aussi fait l’objet de traitements dans l’atelier d’Élise Lopez, où cette professionnelle du patrimoine travaille en permanence au sein du musée d’Orsay. Parfois, la restauration ou le conditionnement d’un pastel modifie le format de l’œuvre et, dans ce cas, les dimensions du cadre doivent être réajustées. Mais la restauratrice intervient aussi sur la surface décorative des cadres : après le dépoussiérage, elle consolide les zones fragiles et comble les lacunes au niveau des dorures. Pour ces comblements, elle utilise un mastic traditionnel fait de colle organique animale et de carbonate de calcium (comme pour le pastel !), lequel va légèrement durcir tout en restant souple, telle une pâte à modeler, le temps de sa mise en œuvre. Une fois secs, les comblements sont ensuite dorés à la feuille d’or ou retouchés dans le respect de l’intégrité du cadre originel et de sa patine, le but est ici de valoriser ces cadres historiques et de les intégrer harmonieusement à la présentation des pastels.

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Pastels du musée d'Orsay

Du 14 mars 2023 au 2 juillet 2023

www.musee-orsay.fr

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