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De Giotto à Corot, 10 pépites du musée des Beaux-Arts de Troyes

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Le musée des Beaux-Arts de Troyes a dévoilé le 15 mars ses nouvelles galeries de peinture. Un parcours entièrement repensé pour mettre en valeur une collection impressionnante, qui s’est construite au fil des siècles. L’occasion pour le spectateur d’entreprendre un voyage dans le temps, allant de la pré-Renaissance avec Giotto di Bondone, jusqu’au cœur du XIXe siècle avec Jean-Baptiste Camille Corot. Voici un avant-goût de la visite, à travers dix chefs-d’œuvre méconnus.
Giotto di Bondone, Calvaire avec Saint François d’Assise
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Giotto di Bondone, Calvaire avec Saint François d’Assise, 1315-1330

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La Renaissance en gestation

Cité par Dante, célébré plus tard par Giorgio Vasari, Giotto di Bondone (vers 1267–1337) amène, au seuil du Trecento, la peinture vers la Renaissance. Le fond d’or, les pigments précieux comme le lapis-lazuli et la composition appartiennent encore au Moyen Âge. Mais les drapés antiquisants, la suggestion d’une troisième dimension dans la pose de Saint François et, plus encore, la figuration de la douleur sont autant de prémices d’une nouvelle ère : celle de l’humanisme.

Peinture à tempera et fond d’or sur bois de peuplier • 31 x 23 cm • Coll. musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, Troyes / Photo C. Bell

Atelier de Quentin Metsys, Vierge à l’Enfant endormi ou Vierge au raisin
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Atelier de Quentin Metsys, Vierge à l’Enfant endormi ou Vierge au raisin, 1510-1520

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Les raisins de la tendresse

Maître de la guilde des peintres d’Anvers, Quentin Metsys (1465/1466–1530) brille dans la maîtrise de l’huile, qu’il applique en fins glacis. Cette Vierge à l’Enfant endormi étonne par son humanité : Jésus dort paisiblement contre le sein dénudé de sa mère, dont la tête inclinée et posée contre celle de l’enfant inspire calme et douceur. Le décor de siège à colonnettes tapissé et le traitement sculptural des drapés trahit l’influence italienne, à la suite d’un voyage effectué par Quentin Metsys dans les années 1510. La grappe de raisins au premier plan préfigure le sacrifice du Christ commémoré par l’Eucharistie.

Huile sur bois parqueté • 54 x 39 cm • Coll. musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, Troyes / Photo C. Bell

Damien Lhomme, dit le "Maître de l’Almanach" (attr. à), Vanité à l’Almanach
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Damien Lhomme, dit le "Maître de l’Almanach" (attr. à), Vanité à l’Almanach, 1641

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Memento mori

On ne sait pratiquement rien de ce peintre troyen (actif entre 1640 et 1660), sinon qu’il a réalisé plusieurs natures mortes, dont cette Vanité à l’Almanach. En vogue au XVIIe siècle, ce type de natures mortes souligne la fragilité de la vie et l’inéluctabilité de la mort. Chaque élément vient nous les rappeler : le crâne bien sûr, mais aussi le sablier, la bougie consumée, l’illustration de l’almanach et jusque dans la reliure de cuir élimée. Le tout dans un style austère avec un sens appuyé du détail.

Huile sur bois • 51 x 73 cm • Coll. musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, Troyes / Photo C. Bell

Pierre Mignard, dit Le Romain, Autoportrait avec Saint Luc peignant la Vierge
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Pierre Mignard, dit Le Romain, Autoportrait avec Saint Luc peignant la Vierge, 1695

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La peinture mise en abîme

Au XVIIe siècle, Pierre Mignard (1612–1695) est l’un des principaux rivaux de Charles Le Brun, premier peintre du roi Louis XIV. Dirigeant l’Académie de Saint Luc, Pierre Mignard – né à Troyes – rend ici hommage au patron des peintres. La composition tient de la mise en abîme avec deux scènes religieuses – Saint Luc peignant la Vierge et La Vierge à l’Enfant – et un autoportrait, l’artiste tenant d’une main un croquis de la même Madone. Celle-ci reprend une composition de Raphaël, qu’a pu admirer Pierre Mignard pendant ses vingt-deux ans passés à Rome.

Huile sur toile • 123 x 102,5 cm • Coll. musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, Troyes / Photo C. Bell

François Girardon, Buste du roi Louis XIV
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François Girardon, Buste du roi Louis XIV, 1685-1690

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Un « Roi-Soleil » de chair

Voici l’un des plus fameux portraits de Louis XIV, réalisé par le sculpteur favori de la cour, également originaire de Troyes, François Girardon (1628–1715). Le monarque, déjà d’âge mûr, est représenté de façon réaliste avec le front marqué. Des détails, comme les rides et la commissure des lèvres, le mouvement de la chevelure et de la cravate, donnent vie au marbre. Si le buste s’éloigne des conventions classiques, c’est surtout parce qu’il s’agit d’une commande privée, faite par un cousin de Jean-Baptiste Colbert.

Marbre • 96 x 80 x 37 cm • Coll. musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, Troyes / Photo J.-M. Protte

Charles-Joseph Natoire, Danaé recevant Jupiter métamorphosé en pluie d’or
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Charles-Joseph Natoire, Danaé recevant Jupiter métamorphosé en pluie d’or, vers 1731

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Divine volupté

Premier prix de Rome en 1721, la renommée de Charles-Joseph Natoire (1700–1777) a largement dépassé le périmètre de Troyes, dont il est originaire. Très populaires dans le siècle libertin, les scènes d’amours des dieux sont l’occasion de représenter des nus sensuels. Ici, Danaé, faite prisonnière par son père, reçoit la visite de Jupiter sous forme d’une pluie de pièces d’or. C’est un motif à l’érotisme allusif, mais réel, et servi par un style coloré en pleine veine rocaille.

Huile sur toile ovale • 122 x 106 cm • Coll. musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, Troyes / Photo C. Bell

Jean-Baptiste Greuze, Portrait d’Esprit de Baculard d’Arnaud
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Jean-Baptiste Greuze, Portrait d’Esprit de Baculard d’Arnaud, 1776

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L’âge tendre

Dans ce même siècle, le portrait d’enfant prend enfin sa juste place dans l’histoire de l’art, comme en témoigne cette touchante représentation de petit garçon par Jean-Baptiste Greuze (1725–1805), grand portraitiste de sa génération. Le peintre vise à l’épure dans ce format ovale, disposant le modèle sur un fond sombre uni. Toute l’attention porte sur l’enfant au regard rêveur mais déjà assuré, dans sa posture nonchalante. C’est le chat noir, son complice à l’air farouche, qui se charge de fixer les yeux du spectateur.

Huile sur toile ovale • 65 x 54 cm • Coll. musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, Troyes / Photo J.-M. Protte

Hubert Robert, Pont romain
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Hubert Robert, Pont romain, vers 1787

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Vue de l’esprit

De ses voyages à Rome, Hubert Robert (1733–1808) retient les « caprices architecturaux » de Piranèse et crée à son tour des paysages imaginaires. Ici, la vue romaine est une fantaisie faite d’un ensemble composite de ruines, sur lequel un pont de bois a été posé. On devine à droite une statue de vestale tandis que la nature a repris ses droits. Le ciel chargé, l’eau agitée associés à des éléments anecdotiques comme la charrette de foin et les lavandières donnent pourtant au paysage la plus grande vraisemblance.

Huile sur toile • 252 x 281 cm • Coll. musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, Troyes / Photo C. Bell

Jacques-Nicolas Paillot de Montabert, Diane venant visiter Endymion
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Jacques-Nicolas Paillot de Montabert, Diane venant visiter Endymion, 1817

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La tradition remise au goût du jour

Troyen, Jacques-Nicolas Paillot de Montabert (1771–1849) défend la peinture à l’encaustique. Cette technique à la cire issue de l’Antiquité offre selon lui un rendu des couleurs et une durabilité bien supérieurs à ceux de l’huile. La scène d’amour est l’occasion de peindre un jeune éphèbe en plein songe. Un caractère onirique encore accentué par l’emploi des bleus, évoquant la poésie d’Ossian. Élève de David, l’artiste illustre un courant de retour orthodoxe à l’art des anciens.

Peinture à l’encaustique sur toile • 211 x 254 cm • Coll. musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, Troyes / Photo C. Bell

Jean-Baptiste Camille Corot, Le Christ au jardin des Oliviers
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Jean-Baptiste Camille Corot, Le Christ au jardin des Oliviers, 1849

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La nature sur le devant de la scène

À l’époque de Jean-Baptiste Camille Corot, la peinture de paysage est encore considérée comme un genre inférieur, et un paysagiste a alors tout intérêt à fournir un prétexte historique à sa composition. C’est le cas ici, puisque, dans ce paysage méditerranéen, on peut observer le Christ recroquevillé au premier plan et trois apôtres endormis en bas à droite. Pourtant, ces figures paraissent secondaires par rapport à l’ampleur que prennent les arbres et la terre, dans une vue mouvementée, sombre et étouffante.

Huile sur toile • 248 x 161 cm • Coll. musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, Troyes / Photo C. Bell

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Six siècles de peinture de Giotto à Corot - ouverture des Galeries de peinture rénovées

Du 15 mars 2019

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