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Giotto di Bondone, Calvaire avec Saint François d’Assise, 1315-1330
Peinture à tempera et fond d’or sur bois de peuplier • 31 x 23 cm • Coll. musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, Troyes / Photo C. Bell
Atelier de Quentin Metsys, Vierge à l’Enfant endormi ou Vierge au raisin, 1510-1520
Les raisins de la tendresse
Maître de la guilde des peintres d’Anvers, Quentin Metsys (1465/1466–1530) brille dans la maîtrise de l’huile, qu’il applique en fins glacis. Cette Vierge à l’Enfant endormi étonne par son humanité : Jésus dort paisiblement contre le sein dénudé de sa mère, dont la tête inclinée et posée contre celle de l’enfant inspire calme et douceur. Le décor de siège à colonnettes tapissé et le traitement sculptural des drapés trahit l’influence italienne, à la suite d’un voyage effectué par Quentin Metsys dans les années 1510. La grappe de raisins au premier plan préfigure le sacrifice du Christ commémoré par l’Eucharistie.
Huile sur bois parqueté • 54 x 39 cm • Coll. musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, Troyes / Photo C. Bell
Damien Lhomme, dit le "Maître de l’Almanach" (attr. à), Vanité à l’Almanach, 1641
Memento mori
On ne sait pratiquement rien de ce peintre troyen (actif entre 1640 et 1660), sinon qu’il a réalisé plusieurs natures mortes, dont cette Vanité à l’Almanach. En vogue au XVIIe siècle, ce type de natures mortes souligne la fragilité de la vie et l’inéluctabilité de la mort. Chaque élément vient nous les rappeler : le crâne bien sûr, mais aussi le sablier, la bougie consumée, l’illustration de l’almanach et jusque dans la reliure de cuir élimée. Le tout dans un style austère avec un sens appuyé du détail.
Huile sur bois • 51 x 73 cm • Coll. musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, Troyes / Photo C. Bell
Pierre Mignard, dit Le Romain, Autoportrait avec Saint Luc peignant la Vierge, 1695
La peinture mise en abîme
Au XVIIe siècle, Pierre Mignard (1612–1695) est l’un des principaux rivaux de Charles Le Brun, premier peintre du roi Louis XIV. Dirigeant l’Académie de Saint Luc, Pierre Mignard – né à Troyes – rend ici hommage au patron des peintres. La composition tient de la mise en abîme avec deux scènes religieuses – Saint Luc peignant la Vierge et La Vierge à l’Enfant – et un autoportrait, l’artiste tenant d’une main un croquis de la même Madone. Celle-ci reprend une composition de Raphaël, qu’a pu admirer Pierre Mignard pendant ses vingt-deux ans passés à Rome.
Huile sur toile • 123 x 102,5 cm • Coll. musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, Troyes / Photo C. Bell
François Girardon, Buste du roi Louis XIV, 1685-1690
Un « Roi-Soleil » de chair
Voici l’un des plus fameux portraits de Louis XIV, réalisé par le sculpteur favori de la cour, également originaire de Troyes, François Girardon (1628–1715). Le monarque, déjà d’âge mûr, est représenté de façon réaliste avec le front marqué. Des détails, comme les rides et la commissure des lèvres, le mouvement de la chevelure et de la cravate, donnent vie au marbre. Si le buste s’éloigne des conventions classiques, c’est surtout parce qu’il s’agit d’une commande privée, faite par un cousin de Jean-Baptiste Colbert.
Marbre • 96 x 80 x 37 cm • Coll. musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, Troyes / Photo J.-M. Protte
Charles-Joseph Natoire, Danaé recevant Jupiter métamorphosé en pluie d’or, vers 1731
Divine volupté
Premier prix de Rome en 1721, la renommée de Charles-Joseph Natoire (1700–1777) a largement dépassé le périmètre de Troyes, dont il est originaire. Très populaires dans le siècle libertin, les scènes d’amours des dieux sont l’occasion de représenter des nus sensuels. Ici, Danaé, faite prisonnière par son père, reçoit la visite de Jupiter sous forme d’une pluie de pièces d’or. C’est un motif à l’érotisme allusif, mais réel, et servi par un style coloré en pleine veine rocaille.
Huile sur toile ovale • 122 x 106 cm • Coll. musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, Troyes / Photo C. Bell
Jean-Baptiste Greuze, Portrait d’Esprit de Baculard d’Arnaud, 1776
L’âge tendre
Dans ce même siècle, le portrait d’enfant prend enfin sa juste place dans l’histoire de l’art, comme en témoigne cette touchante représentation de petit garçon par Jean-Baptiste Greuze (1725–1805), grand portraitiste de sa génération. Le peintre vise à l’épure dans ce format ovale, disposant le modèle sur un fond sombre uni. Toute l’attention porte sur l’enfant au regard rêveur mais déjà assuré, dans sa posture nonchalante. C’est le chat noir, son complice à l’air farouche, qui se charge de fixer les yeux du spectateur.
Huile sur toile ovale • 65 x 54 cm • Coll. musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, Troyes / Photo J.-M. Protte
Hubert Robert, Pont romain, vers 1787
Vue de l’esprit
De ses voyages à Rome, Hubert Robert (1733–1808) retient les « caprices architecturaux » de Piranèse et crée à son tour des paysages imaginaires. Ici, la vue romaine est une fantaisie faite d’un ensemble composite de ruines, sur lequel un pont de bois a été posé. On devine à droite une statue de vestale tandis que la nature a repris ses droits. Le ciel chargé, l’eau agitée associés à des éléments anecdotiques comme la charrette de foin et les lavandières donnent pourtant au paysage la plus grande vraisemblance.
Huile sur toile • 252 x 281 cm • Coll. musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, Troyes / Photo C. Bell
Jacques-Nicolas Paillot de Montabert, Diane venant visiter Endymion, 1817
La tradition remise au goût du jour
Troyen, Jacques-Nicolas Paillot de Montabert (1771–1849) défend la peinture à l’encaustique. Cette technique à la cire issue de l’Antiquité offre selon lui un rendu des couleurs et une durabilité bien supérieurs à ceux de l’huile. La scène d’amour est l’occasion de peindre un jeune éphèbe en plein songe. Un caractère onirique encore accentué par l’emploi des bleus, évoquant la poésie d’Ossian. Élève de David, l’artiste illustre un courant de retour orthodoxe à l’art des anciens.
Peinture à l’encaustique sur toile • 211 x 254 cm • Coll. musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, Troyes / Photo C. Bell
Jean-Baptiste Camille Corot, Le Christ au jardin des Oliviers, 1849
La nature sur le devant de la scène
À l’époque de Jean-Baptiste Camille Corot, la peinture de paysage est encore considérée comme un genre inférieur, et un paysagiste a alors tout intérêt à fournir un prétexte historique à sa composition. C’est le cas ici, puisque, dans ce paysage méditerranéen, on peut observer le Christ recroquevillé au premier plan et trois apôtres endormis en bas à droite. Pourtant, ces figures paraissent secondaires par rapport à l’ampleur que prennent les arbres et la terre, dans une vue mouvementée, sombre et étouffante.
Huile sur toile • 248 x 161 cm • Coll. musée des Beaux-Arts et d'Archéologie, Troyes / Photo C. Bell
Six siècles de peinture de Giotto à Corot - ouverture des Galeries de peinture rénovées
Du 15 mars 2019
Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Troyes • Rue de la Cité • 10000 Troyes
www.musees-troyes.com
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La Renaissance en gestation
Cité par Dante, célébré plus tard par Giorgio Vasari, Giotto di Bondone (vers 1267–1337) amène, au seuil du Trecento, la peinture vers la Renaissance. Le fond d’or, les pigments précieux comme le lapis-lazuli et la composition appartiennent encore au Moyen Âge. Mais les drapés antiquisants, la suggestion d’une troisième dimension dans la pose de Saint François et, plus encore, la figuration de la douleur sont autant de prémices d’une nouvelle ère : celle de l’humanisme.